«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 23 septembre 2008

L'Islamisme Peut Défaire al-Qaïda, pas les Etats-Unis

The Counterterrorism Foundation et New America Foundation co-organisaient une conférence extrêmement intéressante aujourd'hui dans les bâtiments du Congrès (que c'est gai d'habiter Washington et de pouvoir assister à des tels événements!). Les invités n'étaient autres que des noms aussi prestigieux comme Peter Bergen (qui avait notamment interviewé Ben Laden peu avant le 11 septembre) et Evan Kohlmann (peut-être LE spécialiste du jihad en ce moment). La discussion abordait les dissenssions au sein d'al-Qaïda, surtout en Irak et au sein du leadership central.

Pour Peter Bergen, auteur du célèbre article sur l'effondrement d'al-Qaïda (article qui a ensuite entraîné de nombreux débats et une série interminable d'articles sur le même sujet), "l'Islam peut défaire al-Qaïda, mais l'Amérique non". Par cette phrase choc, Bergen suggère que le déclin d'al-Qaïda viendra de l'intérieur, et non des tentatives américaines de susciter des dissenssions. En d'autres mots: laissons-faire, et regardons la bête mourir.

Car la bête est belle et bien mourante, selon Evan Kohlmann, de la NEFA Foundation. Du moins en Irak. "Al-Qaïda en Irak est un monstre couché, à l'agonie, et respirant bruyamment", dit-il. "La bête n'est pas encore morte, et pourrait se rétablir. Mais elle est dans un état critique".

Peter Bergen mentionne un certain nombre de raisons pour l'écroulement de l'idéologie qaïdiste. Deux semblent sortir du lot. Premièrement, al-Qaïda ne parvient pas à justifier la mort de civils musulmans, comme notamment indiqué par le chat internet avec le numéro 2 d'al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, ou encore en Algérie, comme mentionné dans mon dernier article paru dans Terrorism Monitor. Deuxièmement, un nombre grandissant de membres d'al-Qaïda critiquent l'erreur stratégique post-9/11. Selon eux, il aurait fallu concentrer les forces sur l'"ennemi proche", non sur l'"ennemi lointain", ce qui a causé la perte d'al-Qaïda.

Paul Cruickshank, chercheur à la New York University et co-auteur de l'article avec Bergen, confirme ce deuxième point en citant Norman Benotman, un ancien leader d'al-Qaïda en Libye et proche de Ben Laden qui s'est retourné contre ce dernier après le 11 septembre parce que "le jihad contre les Etats-Unis était contre-productif pour la lutte qu'il menait en Libye".

C'est en Irak que la situation est la pire, selon Kohlmann qui vient de publier deux déclarations d'Ansar al-Sunnah défiantes à l'égard d'al-Qaïda sur le site de la NEFA. Kohlmann cite des membres de HAMAS en Irak, qui avaient un temps collaboré avec al-Qaïda en Irak, déclarant: "les actions d'al-Qaïda en Irak rendent les Américains humains et miséricordieux", ou encore "al-Qaïda a un agenda qui ne correspond pas aux attentes de la société irakienne". Quant aux dernières déclarations d'Ansar al-Sunnah, elles sont cruciales, selon Kohlmann, parce que le groupe était le dernier allié d'al-Qaïda en Irak, désormais isolé.

Paul Cruickshank conclut que toutes ces dissenssions au sein d'al-Qaïda sont extrêmement importantes parce qu'elles ont une réelle influence sur les développements futurs du jihad. Selon lui, ce sont ces "jihadistes convertis" plutôt que les imams modérés qui ont le plus de chance de dissuader les jeunes de rejoindre le jihad, surtout en Europe.

Une introduction idéale pour Maajid Nawaz, ancien membre d'Hizb al-Tahrir "reconverti" et désormais président de la Quilliam Foundation, dont on a déjà parlé dans ce blog. Je reviendrai sur la personne de Nawaz dans un prochain post.

1 commentaire:

Frédéric a dit…

Infos très intéressante comme toujours, mais c'est au moment ou la bête est blessée qu'elle est la plus dangereuse; Et les multiples attentats à travers le monde démontre que l'arme de la terreur est désormais utilisé par nombre d'utilisateurs, AQ ne sera que l'un des plus symboliques mais maintenant même les cartels Mexicains font des dégâts.