«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mercredi 8 octobre 2008

ONG et COIN: Acronymes Antithétiques?

Le 5 octobre dernier, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, déclarait: "Officiellement, nous n'avons aucun contact avec le Hamas mais officieusement, il y a des organisations internationales qui entrent dans la bande de Gaza, en particulier des ONG françaises qui nous donnent des informations". Sans surprise, les ONG, Médecins Sans Frontières (MSF) en tête, se sont cabrées et ont accusé le ministre dans un communiqué de "semer la confusion" et "nuire à leurs activités".

La phrase de M. Kouchner, remettant officiellement en cause l'indépendance des ONG, était bien entendu maladroite, voire même dangereuse pour le personnel humanitaire présent en Palestine et ailleurs dans le monde. La réaction des ONG était donc attendue.

Cependant, cet incident ne devrait pas obscurcir le rôle important joué par les ONG, de manière générale, en contre-insurrection (COIN) et contre-terrorisme (CT). En effet, sur le terrain, entités humanitaires et unités militaires viennent souvent à cohabiter dans des zones instables. Ce qui a entraîné depuis toujours une coopération minimale, mais débouchant parfois sur davantage.

La coopération minimale et essentielle a été brillament synthétisée dans ce petit document de 2 pages, co-rédigé par les représentants de grandes ONG, des militaires américains, et des membres du gouvernement US. Concrètement, ces "guidelines" consiste à établir des lignes de contact entre ONG et militaires pour que chacune des deux institutions puisse mener au mieux ses activités dans un maximum de sécurité.

Néanmoins, ce que le document ne dit pas, c'est que les ONG jouent un rôle bien plus important en COIN. D'une part, les ONG sont présentes sur le terrain avant les militaires et partent longtemps après. Dès lors, leurs efforts pour le développement (composante intégrale de la COIN) sont bien plus durables. D'autre part, la présence des ONG et leur connaissance du terrain constituent une source d'intelligence inestimable pour les militaires. Une grande partie de ces renseignements sont donnés spontanément par les ONG sans compromettre leur indépendance (détails sur culture, terrain, besoins de la populations, tensions...). Une autre partie des renseignements (par exemple, la location d'une cache terroriste) sont parfois connus du personnel humanitaire mais transmis de manière inégale, non pré-établie aux militaires. Dans ce dernier cas, la transmission de l'information dépend surtout de la qualité de la relation s'étant établie entre humanitaires et militaires.

Certaines ONG sont également plus engagées en COIN que d'autres. Alors que beaucoup d'ONG clament leur "neutralité" (passons le débat sur ce terme, de même que le fait que certaines ONG finissent par involontairement faire perdurer les conflits et aider les forces rebelles), d'autres ONG choisissent de soutenir ouvertement un camp. C'est le cas, notamment, de WorldWide Impact Now, dont le directeur est un colonel à la retraite mais qui enseigne dans un collège militaire. WIN (les initiales sont révélatrices!) est notamment engagée dans le soutien de l'insurrection bouddhiste en Birmanie.

Notons, d'autre part, que les insurgés et les terroristes ont également recours aux ONG pour soutenir leur cause. Il existe de nombreux cas d'organisations humanitaires qui sont en réalité des vitrines pour le financement d'organisations terroristes. D'autres organisations humanitaires servent parfois de couverture pour le fonctionnement même d'une organisation, comme ce fut le cas en Bosnie dans les années 1990, lorsque plusieurs ONG islamiques étaient en réalité des groupes terroristes. Enfin, les terroristes n'hésitent pas à usurper des symboles mondialement connus (croix-rouge, ambulances...) pour perpétrer des attentats.

En conclusion, les ONG se trouvent souvent prises en tenaille au milieu d'un champs de bataille qui les dépasse. D'un côté, les militaires cherchent à obtenir un maximum d'eux, c'est-à-dire à compromettre leur indépendance. D'autre part, les insurgés prennent souvent le personnel humanitaire pour cible, et ont même développé leurs propres ONG, semant ainsi davantage de confusion. Dans le nouveau paradigme de "guerre globale contre le terrorisme", les ONG sont bien plus au centre de ce conflit qu'elles ne le réalisent.

1 commentaire:

Frédéric a dit…

J'avait fait un petit article sur l'IIRO, une ONG Saoudienne pas très claire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/International_Islamic_Relief_Organization

Lisez la fiche plus complète de l'Observatoire de l'Action Humanitaire en lien externe, les liens de cette ONG avec les autorités saoudiennes et la famille Ben Laden sont assez serrés.