«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski
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jeudi 30 juillet 2009

Sur les Excès du Contre-Terrorisme

Ainsi donc, selon le New York Times, le président Bush avait considéré déployer des troupes militaires sur le sol américain pour arrêter d'éventuels terroristes. Cela aurait été bien évidemment totalement illégal, inutile, inefficace et contre-productif...

Au-delà, cela permet de soulever rapidement le rôle des militaires dans le contre-terrorisme qui doit être diviser en 2 catégories. D'une part, dans nos sociétés occidentales (et par là je veux dire sur notre territoire), le rôle des militaires devrait être limité à la gestion de crise (c'est-à-dire contribuer aux efforts de secours après un attentat) et éventuellement à de l'assistance en cas de niveau d'alerte élevé (par exemple, utilisation de moyens de défense anti-aériens ou d'avions de surveillance type AWACS ou drones comme lors de la coupe du monde en Allemagne) mais toujours sous le contrôle des autorités civiles.

D'autre part, le rôle des militaires dans le contre-terrorisme est accru dans le cadre d'opérations en déploiement à l'étranger en ce qui concerne les opérations de contre-insurrection (Afghanistan) et parfois de contre-terrorisme (Irak bien que contre-terrorisme et contre-insurrection s'y soient mêlés). Certes, la contre-insurrection est différente du contre-terrorisme, mais dans le cadre afghan, cela ne saurait être entièrement différencier puisque ces opérations sont liées au niveau d'alerte terroriste en Europe et aux Etats-Unis.

Evidemment, même lors d'opérations à l'étranger, les militaires ne devraient pas se voir attribuer tous types de mission. Dans le cadre d'opérations purement contre-terroristes, il devrait être accordé une plus grande place aux autorités civiles (police, autorités judiciaires) en coopération avec les instances locales et les autorités civiles occidentales (déploiement de personnel civil, formateurs, etc...). Ce type de missions civ-mil est non seulement souhaitable, mais aussi essentiel. Et à ce niveau, l'Europe a une longueur d'avance sur les Etats-Unis.

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vendredi 24 juillet 2009

Oui, l'Afghanistan est Important...

...du moins c'est ce que Tanguy Struye de Swielande et moi-même tentons d'expliquer dans cette carte blanche parue dans La Libre Belgique du 26 juin...

Désolé à tous pour le ralentissement d'activités. Activités professionnelles obligent!

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mardi 26 mai 2009

Les Soviétiques et l’Otan en Afghanistan: des différences qui importent


Le 15 février dernier marquait le 20ème anniversaire du retrait soviétique d’Afghanistan. A tort ou à raison, le conflit actuel est souvent comparé à l’expérience de l’URSS dans les années 1980. Une telle comparaison est par essence teintée de pessimisme, et sert généralement à soutenir la thèse d’un retrait urgent des troupes otaniennes d’Asie du sud, sous prétexte qu’aucune forme de succès ne peut être atteinte et que l’échec est inévitable. Pourtant, s’il est intéressant de souligner les points communs entre les deux opérations en Afghanistan, afin d’apprendre des erreurs du passé, il est tout aussi primordial d’insister sur les différences qui peuvent laisser entrevoir une (légère) touche d’optimisme.

Au rayon des comparaisons, on notera que l’URSS considérait dès 1985, comme les Etats-Unis aujourd’hui, que les objectifs initiaux ne pourraient jamais être atteints, que « le temps n’était pas de notre côté [soviétique] » pour citer Gromyko en 1986 (via les National Security Archives de la George Washington University), alors président du Soviet Suprême, et qu’un retrait s’imposait. Côté américain aujourd’hui, le rêve d’établir une démocratie occidentale à Kaboul s’est effacé, mais l’ambition d’installer un régime stable (quitte à négocier avec les Taliban « modérés ») et d’atteindre une certaine forme de « victoire » revue à la baisse demeure (plus de bannière « Mission Accomplished » cette fois-ci).

Le retrait soviétique planifié dès 1985 était empêché par la peur d’une retraite humiliante vis-à-vis de l’ennemi américain. Aujourd’hui, les Etats-Unis on également peur d’une retraite humiliante, mais davantage vis-à-vis d’al-Qaïda que de n’importe quelle autre puissance rivale.


En outre, les Soviétiques posaient comme condition préalable à leur retrait la mise en place d’un gouvernement stable, reposant sur un large soutien populaire, et disposant d’une armée et d’une police équipées pour faire face aux moudjaheddines. La similarité avec l’objectif annoncé de la mission des forces de la coalition en Afghanistan aujourd’hui est évidente. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’échec est inévitable.

Le point commun fondamental entre les deux expériences, comme le souligne Bruce Riedel dans le dernier numéro de CTC Sentinel, tient dans le rôle joué par le Pakistan. En effet, dans les deux cas, le Pakistan constitue la « zone de sécurité » (safe haven, en anglais) à partir de laquelle les insurgés opèrent et s’approvisionnent. Les Soviétiques n’avaient jamais réussi à convaincre le Pakistan (et donc les Américains) de mater l’insurrection (et pour cause : l’objectif américain était d’affaiblir l’URSS en finançant les insurgés via les services secrets pakistanais). Aujourd’hui, les Américains sont pris à leur propre piège : les connections qu’ils ont contribué à créer entre renseignements pakistanais et djihadistes et Taliban empêchent tout engagement crédible du Pakistan (lequel qui plus est table sur un retrait des Américains, et donc préfère garder une forme de contrôle sur l’Afghanistan).

L’autre point commun essentiel tient sans doute dans cette phrase de Gorbatchev, prononcée en novembre 1986 (toujours via les National Security Archives) : « Nos généraux n’apprennent pas leurs leçons. (…) Nous avons eu des expériences passées en Angola, en Ethiopie, au Mozambique. Il doit y avoir une courbe d’apprentissage. (…) Nous devons trouver les clés de cette guerre ». Le récent remplacement du général McKiernan en Afghanistan ne fait qu’illustrer ce même problème.

Malgré ces quelques similitudes, des différences majeures persistent qui laissent entrevoir une meilleure issue au conflit. Tout d’abord, la raison de l’intervention américaine (défense nationale, sécurité collective) est bien plus légitime que celle qui avait poussé l’invasion russe (installer un régime communiste, sécuriser la frontière sud). Résultat : la mission de l’Otan bénéficie d’un bien plus large soutien international que celle de l’URSS. En outre, cela offre une plus grande marge de manœuvre à la coalition. En effet, le type de régime mis en place importe peu (du moins en théorie) et seul compte désormais le besoin d’éviter de créer un nouveau havre de paix pour al-Qaïda ou d’autres organisations terroristes. Enfin, les opérations contre-insurrectionnelles soviétiques étaient extrêmement brutales et non adaptées à ce type de conflit asymétrique, ce qui rendait toute victoire impossible.

En conclusion, retenons qu’il y a au moins autant de différences que de similarités entre les expériences soviétiques et otaniennes en Afghanistan. Dès lors, il est erroné d’élaborer des comparaisons hâtives entre les deux conflits, même s’il est intéressant et important de tirer des enseignements des erreurs du passé pour ne pas les répéter. Une victoire reste possible en Afghanistan, même si cette victoire n’est en rien semblable à celle qui était espérée à la genèse du conflit.

Cet article est simultanément crossposté sur Alliance Geostratégique.

Image 1: Retrait soviétique d’Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.
Image 2: Hélicoptères et tanks russes en Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.

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mardi 10 mars 2009

Recommendations pour de Futures Négociations avec les Taliban en Afghanistan

Alors que le Pakistan a signé un accord de paix avec les Taliban dans la vallée du SWAT, offrant à ces derniers l'entièreté du pouvoir sans demande de contrepartie, ce sont maintenant les Américains qui songent de plus en plus à passer des accords avec les Taliban. Cela fait un certain temps que les alliés européens suggéraient cette idée, mais il aura fallu attendre l'arrivée combinée d'Obama à la présidence et du Général Petraeus au commandement des forces en Afghanistan pour prendre cette mesure au sérieux.

Comme souligné ici lors de l'accord pakistanais, il y a un danger inhérent à signer un accord avec les Taliban: c'est un signe de défaite contre les insurgés, ce qui risque d'encourager et de renforcer les forces rebelles; il y a un risque de créer un "terroristan", surtout lorsque cet accord ne comprend aucune contrepartie; il y a un dilemme éthique à remettre le pouvoir à un groupe dont le non respect des valeurs humanistes et démocratiques est évident; enfin cela envoie un signal clair aux populations locales, à savoir que le gouvernement n'est pas capable d'assurer leur protection.

D'un autre côté, il faut bien reconnaître que dans la situation de chaos actuelle, et étant donné la faible probabilité d'un accroissement considérable des forces internationales en Afghanistan, il est inévitable de collaborer avec les acteurs de pouvoir locaux. Sans l'aide de ces derniers, jamais les forces de la coalition n'arriveront à stabiliser l'Afghanistan et à gagner "le coeur et les esprits" des populations locales. Ces acteurs locaux ne sont généralement pas les gouverneurs ou les policiers (souvent corrompus et ne bénéficiant d'aucune légitimité locale) mais plutôt les chefs tribaux et, dans certains cas, les Taliban.

Dès lors, il convient d'étudier plus en profondeur les structures tribales de l'Afghanistan et les différents courants présents au sein des Taliban. En effet, comme très bien expliqué dans cet article, les Taliban ne forment pas un groupe homogène. Evidemment, même le Taliban le plus modéré a des valeurs complètement antagonistes aux nôtres, et ils considèrent même sans doute l'occident comme un ennemi. Mais en offrant de négocier à certains groupes tribaux et à certains Taliban modérés, tout en exigeant des garanties fortes et en assurant un suivi poussé (contrairement à ce qu'ont fait les Pakistanais), il est encore possible d'éviter une faillite totale de l'état afghan.

En d'autres mots, il s'agit d'encourager les forces modérées tout en continuant de chasser les extrémistes. Au fond, que cela nous plaise ou non, avons-nous encore d'autre choix?

Cet accord devra également se faire sur une base régionale, au risque, sinon, de ne faire que repousser les problèmes. En effet, si les Pakistanais signent des accords avec les Talibans anti-Américains et que les forces internationales négocient avec les Taliban anti-Pakistais, on risque de créer non pas un, mais deux "terroristan". Il convient donc d'inclure les puissances régionales voisines dans toute stratégie de négociation afin de trouver un deal solide et durable.

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mardi 17 février 2009

Sur la Prise de Pouvoir des Taliban au Pakistan

Alors que tout le monde attendait la défaite américaine en Afghanistan, c'est le Pakistan qui le premier a dû déclarer forfait...Le gouvernement a annoncé hier qu'il laissait les régions tribales à la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan aux mains des Taliban, après de longues négociations entre les deux parties. Ces régions, et leurs populations, tomberont donc désormais sous le coup de la Shariah, la loi coranique, appliquée de main de fer par les Talibans, ce qui inclut sévices physiques, violation des droits les plus élémentaires, et mises à mort publiques. Selon le Pakistan, la loi des Taliban n'entre pas en contradiction avec la Constitution pakistanaise...de quoi s'interroger sur cette constitution...

Cet accord est clairement une victoire des Taliban puisqu'ils gagnent sur tous les tableaux. Ils deviennent maîtres des régions tribales, pouvant ainsi étendre leur domination, bénéficient d'une relative impunité vis-à-vis des forces pakistanaises (bien que c'était déjà en partie vrai depuis longtemps), et ne doivent rien donner en contrepartie. Quand on pense que la guerre en Afghanistan avait commencé pour chasser les Taliban qui hébergaient al-Qaïda, on ne peut que constater l'échec dans la mesure où ces mêmes Taliban n'ont fait que se déplacer vers l'Est, et qu'ils sont toujours de mêche avec les membres d'al-Qaïda (c'est-à-dire les derniers cadres survivants, ainsi que certains groupes affiliés comme le groupe ouzbek de l'Union du Djihad Islamique).

La légitimité du Pakistan comme allié des Etats-Unis dans la (défunte) "guerre contre la terreur" (dites aujourd'hui "lutte en cours contre le terrorisme et l'extrémisme") n'en est que davantage remise en cause. Le Pakistan affirme ne pas être capable de mener une guerre de guérilla...et pourtant, ces Taliban et al-Qaïda, ainsi que d'autres groupes extrémistes basés au Pakistan comme Lashkar-e-Taiba à l'origine des attaques de Mumbai/Bombay, n'en veulent pas seulement aux Etats-Unis ou à l'Inde. Ils s'en prennent ausi directement au Pakistan, pays à la fois créateur, hôte, facilitateur et victime du terrorisme islamiste. En renforçant les Taliban, c'est sa propre sécurité que le Pakistan met à mal...sans compter les risques de dérapages avec l'Inde si les Taliban venaient à héberger les groupes anti-Indiens...

Avec cette nouvelle annonce, la guerre américaine en Afghanistan semble encore à la fois plus mal embarquée, mais aussi d'autant plus nécessaire qu'il faut empêcher les Taliban de contrôler une région plus grande encore. Pas seulement parce que les Taliban prônent des valeurs complètement antagonistes aux nôtres, mais parce que le risque de voir l'Afghanistan redevenir un sanctuaire pour terroristes est une menace directe pour l'Europe. Il est donc grand temps que les Européens s'investissent davantage en Afghanistan.

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mardi 10 février 2009

Le Guide Insurrectionnel de la CIA

Le blog de la Federation of American Scientists (FAS), Secrecy News, nous offre une nouvelle fois une petite merveille, découverte et rendue publique grâce aux lois d'information américaines. Ce document rédigé par la CIA, sans doute dans les années 1980 selon la FAS, s'intitule "Guide pour l'analyse des insurrections", et propose, comme son nom l'indique, une trame théorique pour comprendre mais surtout analyser les insurrections.

Le lecteur avisé sera évidemment frappé de déjà retrouver dans ce document un grand nombre des choses qui n'ont fait qu'être répétées dans la littérature depuis des années, notamment le besoin de gagner la population qui se trouve au coeur des conflits asymétriques. Bien sûr, il ne faudrait pas exagérer la vision de l'analyste de la CIA, puisque tous les éléments d'analyse existaient déjà, entre autres dans les écrits de Mao Zedong, Che Guevara, ou encore T.E. Lawrence et David Galula. Sans compter l'expérience interne de la CIA elle-même!

Néanmoins, on appréciera le détail de la typologie qui préfigure des ouvrages classiques sur la question, comme "War of the Flea" de Taber, ou bien "Insurgency and Counterinsurgency" de Bard O'Neill (véritable référence pour tout analyste des insurrections).

Etant donné que ce document est à la fois court et extrêmement dense, je préfère laisser à chacun le soin de le parcourir. Je ne peux me résoudre à en synthétiser quelque partie, étant donné qu'il s'agit déjà d'un concentré de théorie. Passionant!

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mardi 11 novembre 2008

Sur le Recrutement des Groupes Insurgés

"Les mouvements armés recrutent souvent insidieusement, affirme José Luis Campo. L'enfant ou l'ado accepte d'abord de jouer les messagers, de passer des colis ou des informations. Puis on lui confie des responsabilités plus importantes. Finalement, la situation devient trop dangereuse pour lui et il n'a d'autre choix que de prendre le maquis." Le départ est d'autant plus facile qu'un frère, un cousin ou un fiancé y attend souvent le jeune.

Source: Le Monde

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mercredi 5 novembre 2008

Scandale en Colombie

En Colombie, le Général Mario Montoya a dû démissionner dans un scandale accusant l'armée d'avoir pris part à des massacres de civils pour amplifier la menace terroriste. Ce nouveau tournant replonge évidemment la Colombie dans les pages les plus sombres de son histoire et, plus largement, vient alimenter toutes les thèses conspirationnistes accusant les régimes du monde entier de fomenter eux-mêmes les insurrections pour servir leurs propres politiques. Si ce scandale se voyait confirmé, il ne s'agirait pas seulement d'un drame pour la Colombie, mais également d'un coups dur pour la lutte contre le terrorisme de manière globale (au sens de partout dans le monde). La crédibilité américaine, en temps qu'allié de la Colombie, en pâtira aussi.

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mardi 4 novembre 2008

Le Kidnapping à l'Heure des Guerres Asymétriques

En Afghanistan, des hommes armés ont kidnappés un membre français d'une organisation humanitaire. Les Taliban affirment ne pas être impliqués.

Cette nouvelle implique plusieurs commentaires. Tout d'abord, ceci remet en évidence la complexité du champs de bataille moderne où les troupes militaires font face à plusieurs ennemis irréguliers, où les civils sont au centre de la guerre (ils en sont l'enjeu autant que les victimes), et où criminels de longue date et criminels d'opportunité prennent avantage du chaos régnant pour tirer des profits personnels.

Ensuite, bien que ce kidnapping soit sans doute l'oeuvre d'une groupe criminel avec des objectifs purement financiers, la technique du kidnapping est de plus en plus utilisée par les groupes terroristes afin soit de satisfaire des demandes soit de financer leurs activités. Un récent rapport classifié de la Defense Intelligence Agency (DIA)a montré que le nombre de kidnappings organisés par des groupes terroristes et insurgés dans le monde s’est considérablement accru ces dernières années, passant de 342 en 2004 à plus de 1500 en 2007, et l’on peut sans doute en attendre encore davantage cette année… Ces kidnappings ont essentiellement lieu en Afghanistan et en Irak, mais d'autres fronts ne sont pas non plus épargnés, notamment en Afrique du Nord.

En fait, le problème des kidnappings devient tellement important et préoccupant qu'il est désormais totalement intégré dans le principe de "guerre contre le terrorisme" côté américain, mais devrait plus généralement être intégré dans les théories des tactiques asymétriques. En effet, un rapport de 168 pages produit par l'US Army à usage officiel uniquement, mais obtenu et mis en ligne par la Federation of American Scientists (FAS), est consacré à l'usage du "kidnapping et de la terreur dans l'environnement opérationnel contemporain". Ce rapport, faisant partie d'une large série, dit qu'il est important de comprendre les motivations et les tactiques des terroristes/kidnappeurs pour mieux les combattre, et propose donc une définition du fléau ainsi que plusieurs études de cas.

Il est à souligner que le problème croissant des kidnappings est un indicateur supplémentaire d'une forme d'adaptation des groupes terroristes qui copient des méthodes qui ont démontré leur efficacité par ailleurs. Dans la grande majorité des cas, il ne s'agit pas d'une alliance entre terroristes et criminels, mais vraiment d'une évolution des tactiques par mimétisme. La multiplication des kidnappings est le résultat de plusieurs phénomènes, incluant le mimétisme, la création de précédent, l'existence de terrains propices (Irak et Afghanistan), etc.

Le ciblage du personnel humanitaire comme dans l'exemple de ce Français kidnappé en Afghanistan ou des nombreux membres d'ONG déjà tués en Afghanistan, bien que sans être des phénomènes nouveaux, constituent également un symptôme de l'asymétrisme contemporain où les organisations humanitaires deviennent des cibles soit parce qu'elles sont vues comme un symbole de l'Occident, soit parce qu'elles sont accusées (à tort ou à raison) d'avoir choisi un camps, soit pour leur cargaison.

Le prisme actuel de "guerre contre le terrorisme", s'il est poursuivi par la prochaine administration, même de manière édulcorée, va sans doute requérir d'autres interventions militaires à l'avenir. De même, le changement climatique pourrait bien nécessiter plus d'interventions humanitaires, encadrées ou non par les militaires. Dans tous les cas, le kidnapping et le ciblage de l'humanitaire constitueront des problèmes croissants.

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mercredi 15 octobre 2008

Allah Responsable pour la Crise Economique

Le journaliste que j'apprécie beaucoup, Stephen Farrell, publie un article intéressant dans le blog du NY Times, Baghdad Bureau. Il mentionne le fait que les jihadistes irakiens commencent à mentionner la crise économique américaine dans leur propagande. Il n'est pas clair, pour moi, si les jihadistes établissent un lien direct entre la guerre et la crise économique. Mais je ne doute pas que certains le fassent et qu'ils le feront. Voici un extrait de l'article:

The Islamic Army in Iraq issued a written statement rejoicing in what it termed its enemy’s “stagnant and moribund economy,” before throwing hurricanes and floods into the apocalyptic mix as further evidence of what it proclaimed to be divine intervention to bring about superpower decline.

The announcement was put out on Sept. 23, 2008 by the emir — leader –- of the I.A.I. according to IntelCenter, an intelligence organization which monitors terrorist groups, their broadcasts and statements.

He wrote: “The United States of America is experiencing a very difficult situation where tragedies are frequent and disasters are numerous at every level and in every sphere… its stagnant and moribund economy; and the successive losses which have put U.S. banks and insurance companies in the eye of the storm that ruined Lehman Brothers Bank, which has filed for bankruptcy along with many other banks.

“The U.S. Government was forced to pump tens of billions of dollars in order to bail out the biggest insurance company in the world a day before its bankruptcy.”

He added: “God causes His winds, hurricanes, torrential rain and floods to harm the United States,” before piling simile upon metaphor to round off the gloat: “The United States has become like a tower which is about to collapse and like a channel which is about to crack. Its pillars are shaky and its strings are undone: It is a cursed country that is doomed to destruction.”

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Nouvelle Publication: Insurrections Dynamiques

Stéphane Taillat et moi venons de publier un nouvel article (version traduite en anglais, retravaillée et mise à jour de l'article qui était paru dans DSI) dans le Small Wars Journal, une revue créée par des anciens membres des US Marines (rappel: les Marines aux Etats-Unis est historiquement LE corps militaire spécialisé dans les "petites guerres"), essentiellement destiné à un public militaire mais qui depuis quelques temps déjà atteint un public bien plus large, notamment dans les communautés politiques et académiques.

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mercredi 8 octobre 2008

ONG et COIN: Acronymes Antithétiques?

Le 5 octobre dernier, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, déclarait: "Officiellement, nous n'avons aucun contact avec le Hamas mais officieusement, il y a des organisations internationales qui entrent dans la bande de Gaza, en particulier des ONG françaises qui nous donnent des informations". Sans surprise, les ONG, Médecins Sans Frontières (MSF) en tête, se sont cabrées et ont accusé le ministre dans un communiqué de "semer la confusion" et "nuire à leurs activités".

La phrase de M. Kouchner, remettant officiellement en cause l'indépendance des ONG, était bien entendu maladroite, voire même dangereuse pour le personnel humanitaire présent en Palestine et ailleurs dans le monde. La réaction des ONG était donc attendue.

Cependant, cet incident ne devrait pas obscurcir le rôle important joué par les ONG, de manière générale, en contre-insurrection (COIN) et contre-terrorisme (CT). En effet, sur le terrain, entités humanitaires et unités militaires viennent souvent à cohabiter dans des zones instables. Ce qui a entraîné depuis toujours une coopération minimale, mais débouchant parfois sur davantage.

La coopération minimale et essentielle a été brillament synthétisée dans ce petit document de 2 pages, co-rédigé par les représentants de grandes ONG, des militaires américains, et des membres du gouvernement US. Concrètement, ces "guidelines" consiste à établir des lignes de contact entre ONG et militaires pour que chacune des deux institutions puisse mener au mieux ses activités dans un maximum de sécurité.

Néanmoins, ce que le document ne dit pas, c'est que les ONG jouent un rôle bien plus important en COIN. D'une part, les ONG sont présentes sur le terrain avant les militaires et partent longtemps après. Dès lors, leurs efforts pour le développement (composante intégrale de la COIN) sont bien plus durables. D'autre part, la présence des ONG et leur connaissance du terrain constituent une source d'intelligence inestimable pour les militaires. Une grande partie de ces renseignements sont donnés spontanément par les ONG sans compromettre leur indépendance (détails sur culture, terrain, besoins de la populations, tensions...). Une autre partie des renseignements (par exemple, la location d'une cache terroriste) sont parfois connus du personnel humanitaire mais transmis de manière inégale, non pré-établie aux militaires. Dans ce dernier cas, la transmission de l'information dépend surtout de la qualité de la relation s'étant établie entre humanitaires et militaires.

Certaines ONG sont également plus engagées en COIN que d'autres. Alors que beaucoup d'ONG clament leur "neutralité" (passons le débat sur ce terme, de même que le fait que certaines ONG finissent par involontairement faire perdurer les conflits et aider les forces rebelles), d'autres ONG choisissent de soutenir ouvertement un camp. C'est le cas, notamment, de WorldWide Impact Now, dont le directeur est un colonel à la retraite mais qui enseigne dans un collège militaire. WIN (les initiales sont révélatrices!) est notamment engagée dans le soutien de l'insurrection bouddhiste en Birmanie.

Notons, d'autre part, que les insurgés et les terroristes ont également recours aux ONG pour soutenir leur cause. Il existe de nombreux cas d'organisations humanitaires qui sont en réalité des vitrines pour le financement d'organisations terroristes. D'autres organisations humanitaires servent parfois de couverture pour le fonctionnement même d'une organisation, comme ce fut le cas en Bosnie dans les années 1990, lorsque plusieurs ONG islamiques étaient en réalité des groupes terroristes. Enfin, les terroristes n'hésitent pas à usurper des symboles mondialement connus (croix-rouge, ambulances...) pour perpétrer des attentats.

En conclusion, les ONG se trouvent souvent prises en tenaille au milieu d'un champs de bataille qui les dépasse. D'un côté, les militaires cherchent à obtenir un maximum d'eux, c'est-à-dire à compromettre leur indépendance. D'autre part, les insurgés prennent souvent le personnel humanitaire pour cible, et ont même développé leurs propres ONG, semant ainsi davantage de confusion. Dans le nouveau paradigme de "guerre globale contre le terrorisme", les ONG sont bien plus au centre de ce conflit qu'elles ne le réalisent.

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lundi 22 septembre 2008

Publication: Le Changement Tactique d'AQMI

Je viens de publier un nouvel article dans Terrorism Monitor sur al-Qaïda au Maghreb Islamique. Les lecteurs fidèles de ce blog y retrouveront à la fois les arguments déjà avancés dans mon op-ed pour Le Soir, ainsi que le concept d'insurrection dynamique et d'adaptation tactique. La dernière partie, sur la prise d'initiative de la contre-insurrection est l'argument le plus innovant de cet article par rapport à mes autres écrits. Le lien permanent est ici. Dans une semaine, j'aurai l'occasion de m'exprimer sur l'insurrection algérienne lors d'une conférence organisée par Harvard avec, entre autres, Bruce Hoffman, David Kilcullen et autres. Je suis prêt!

AQIM’s Offensive Reveals Shift from Insurgency to Terrorist Tactics in Algeria
By Thomas Renard

August was one of Algeria’s bloodiest months in recent history. In total, 12 attacks carried out across the country by jihadi terrorists – including three suicide bombings – killed 80 and injured over 140. This murderous wave of violence confirmed a major shift by al-Qaeda in the Islamic Maghreb (AQIM) in terms of strategy, tactics, and media efforts. AQIM’s offensive brought the Algerian insurgency back to the international agenda and forced the Algerian regime to take back the initiative, both on the battlefield and in the media arena.

It took AQIM only four days to demonstrate the absurdity of the daily announcements of al-Qaeda’s end by Algerian officials. On August 17, a score of armed men ambushed a patrolling convoy in Skikda, in northeast Algeria, after detonating two roadside bombs, killing 12 and injuring 13. On August 19, a suicide bomber detonated a car laden with explosives outside a gendarmerie (paramilitary police) school in Issers, Kabylia, where young applicants were waiting in line to register for the entry exam. The attack killed 43 and wounded 45, including passerby civilians. One day later, on August 20, two explosives-packed cars parked on the streets of Bouira, Kabylia, were detonated, killing 12 and injuring 31. The first car targeted a local military office, while the second car targeted a bus transporting employees of a Canadian company (Magharebia, August 19; AFP, August 24).

The local and international press was quick to mistakenly depict the “recrudescence” of violence, which would imply that it followed a lull in terrorist activities. In fact, violence never stopped in Algeria. According to data gathered through newspaper databases and local press archives, there was a steady level of terrorist activities since the beginning of 2008 (an average of four attacks per month), with a first peak in February (eight attacks, although most of small scale). [1] Therefore, August was no “recrudescence”, but a carefully prepared terror offensive, constituting a peak in violence.

It is obvious that AQIM is still alive, and its ability to carry out operations remains unaffected, despite continuous internal feuds and alleged difficulties in recruiting new members (see Terrorism Focus, August 5). However, one should be cautious before asserting that the Algerian insurgency is growing in size. Indeed, despite last month’s tragedy, violence has not resumed to its early 1990s level when the Groupe Islamique Armé (GIA) was controlling entire regions and decimating resisting villages.

The history of the Algerian insurgency is one of decline in terms of insurgent numbers, as it started with thousands of combatants – as many as 27,000 in 1993, according to General Mohamed Touati – before it dramatically decreased to approximately 4,000 fighters among the ranks of the Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) in 2002 (see Terrorism Focus, November 14, 2005). [2] Today, the number of AQIM jihadi fighters is estimated somewhere between 300 (a figure often repeated by Algerian authorities) and over 1,000. [3]

AQIM’s Transformation

Recent developments, including the latest bombings, are a reminder of the changing nature of the Algerian insurgency. When the GSPC started its merging process with al-Qaeda – through a communiqué of support to Osama Ben Laden on September 11, 2003 – it was more than a mere media coup. It was the beginning of a long transformation process, which would involve a strategic, tactical and propaganda shift.

Strategically, the Algerian insurgency evolved from a local struggle to part of a global conflict – which means that AQIM has global objectives but acts locally. The GIA and the GSPC were typical national insurgencies, with a local agenda. The first article of the 1998 GSPC Charter claims that the objective of the group is to “fight the Algerian regime.” [4] Although the GIA had an important network in Europe and even carried out terrorist operations in France, these attacks did not target France because it was a Western or an apostate country, but because the support of Paris was essential to the Algerian regime. Although the internationalization of the Algerian insurgency was arguably initiated in 2003, the strategic shift – from local to global – really started under the leadership of Abdelmalek Droukdel, who was appointed leader of the GSPC in 2004 and became leader of the newly created AQIM in January 2007.

The strategic shift is most apparent through attacks against foreign targets in Algeria, such as the infamous bombing of the United Nations office in Algiers on December 11, 2007. The “international” strategy was illustrated again last month when AQIM targeted a bus used by employees of the Canadian company SNC-Lavalin, although all the victims were Algerian workers (CanWest, August 22). AQIM’s international focus translates into a greater ratio of attacks against foreign targets and a growing emphasis on international issues – including threats against Western countries – in AQIM statements. [5]

Tactically, the insurgency evolved from guerrilla-oriented operations such as armed assaults to terror-oriented operations such as bombings. In a recent study, based on her own data collection, Anneli Botha shows that the GSPC traditionally resorted to a balanced use of explosives and firearms. However, in 2007, the use of firearms by AQIM plummeted while the use of explosives more than doubled. [6] This year, according to the data of this author, bombings outnumbered basic assaults by four to one.

On April 11, 2007, Algerian insurgents resorted to suicide bombings for the first time since the beginning of the insurgency – except for one incident in January 1995. This year, AQIM has already carried out seven suicide operations, the one on August 19 being the deadliest.

This tactical shift – from guerrilla operations to terrorism – is essentially inspired by al-Qaeda’s modus operandi elsewhere, mainly in Iraq. It can be explained by a copycat effect, as well as by the return of several Iraqi veterans who can teach their know-how. However, it can also be a consequence of a decreasing amount of fighters, as terror tactics require fewer combatants than guerrilla operations.

If the use of explosives, especially suicide bombings, has proven effective in conducting the “propaganda of the deed,” the increasing use of indiscriminate violence can potentially further alienate the population and reinforce AQIM’s isolation. Conscious of this, AQIM’s leadership has felt compelled to publish several communiqués after their attacks in order to outline their intentions and defuse criticisms, including those from their own ranks (Liberté, September 4; El Watan, August 23). After the bombing of the Canadian bus, for instance, a communiqué stated: “we are choosing our targets carefully and we are always careful with your blood. We do not target the innocent [Muslims]” (CanWest, August 22).

The last major shift made by AQIM is on the propaganda front. Inspired by al-Qaeda’s model, AQIM is putting much effort into its propaganda. On the battlefield, recent spectacular actions demonstrate AQIM’s attempt to look more appealing to young sympathizers – locally and globally – through the “propaganda of the deed.” AQIM also evolved toward a centralization of propaganda production, based on the model of al-Qaeda’s al-Sahab Media Center, in order to improve the reputation of the group among international jihadi supporters and to offer a more unified image of the group. A few months ago, Droukdel reached a whole new propaganda level when he was interviewed by the New York Times. In a master media coup, he was instantly granted international credibility and publicity, while simultaneously emphasizing AQIM’s new international agenda (New York Times, July 1).

Taking Back the Initiative

In the last few months, insurgents and counterinsurgents have been engaged in a tit for tat campaign. However, AQIM’s August offensive, and the international attention it received, broke the routine and left Algerian authorities with no choice but to react. The latest attacks seem to have triggered the “awakening” of the government, as the daily Liberté titled its editorial (Liberté, August 26).

The discourse of the government towards AQIM has radically changed. First, after almost two years, officials have finally recognized that AQIM is more than a national insurgency, but a transnational threat affiliated to al-Qaeda. After the bombings of Issers and Bouira, Minister of the Interior Mohamed Zerhouni recognized that the insurgency “serves foreign interests” (Liberté, August 26; La Tribune, September 3). Official condemnations of terrorism have also become firmer and more credible. Local media underscored that recent declarations of Prime Minister Ahmed Ouyahia to “fight terrorists to the last one” recall his harsh policy against GIA in the 1990s (El Watan, September 3).

Unofficially, the government is also starting to recognize that AQIM might count more than 300 fighters. Indeed, official sources told L’Expression that there are about 400 fighters solely in the Batna-Jijel-Skikda triangle in northeast Algeria (L’Expression, September 9).

Beyond the rhetoric, Algeria launched a massive military operation across the country and heightened security in strategic points. The army announced that it has deployed 15,000 soldiers in the regions of Batna, Jijel and Skikda (L’Expression, September 9). Other operations are also ongoing in the so-called “triangle of death” in the provinces of Bouira, Boumerdes and Tizi Ouzou (Liberté, September 2). In its operations, the army is increasingly using air power, and more specifically its helicopters, which have been recently outfitted with infrared equipment, indispensable for carrying out night operations. Helicopters have been used both for reconnaissance and to attack insurgent positions (L’Expression, September 7). Their use is expected to increase in the immense and lawless Sahel region (Magharebia, August 27).

According to the military, the current operation is a “combing operation,” not a military raid. The difference between the two, according to an Algerian military source, is that “a military raid is limited in time and space. On the contrary, a combing operation, composed itself of several military raids, can last for months” (L’Expression, September 9).

In Algiers, the number of police personnel is increasing as 14 new police were opened last month. Hundreds of such offices are planned to be built soon across the country. According to Ali Tounsi, director of the Sûreté Nationale (domestic intelligence), this expansion of the police “will continue until we reach a ratio between security forces and population that allow us to control the situation and every form of criminality” (El Watan, August 31). As security tightens, opportunities for terrorists diminish. In early September, security forces thwarted a terrorist plot allegedly planning several suicide bombings in El Oued, east of Algiers (L’Expression, September 10).

Conclusion

August will undoubtedly be remembered as one of the bloodiest months in Algeria’s recent history. The modus operandi of the attacks and the selection of targets confirmed AQIM’s transformation from a local to a global insurgency, with connections to al-Qaeda. Although the offensive demonstrated AQIM’s continuous capacity to hit hard, it also triggered a massive reaction from the government. In the short term, the military counteroffensive seems to bear some successes as the month of Ramadan goes by without any significant attack. In the long term, however, Algeria will need to take some serious measures locally, but also regionally – in collaboration with its European and Maghreb neighbors – if it is determined to undermine AQIM’s strength.

Notes:

1. This author used a restrictive definition of terrorist attack, excluding robberies and kidnappings.


2. Luis Martinez, “La sécurité en Algérie et en Libye après le 11 septembre,” EuroMeSCo (Euro-Mediterranean Study Commission) Papers, No. 22 (2003).

3. See for instance Olivier Guitta, “Algeria fooling itself over al-Qaida,”,Middle East Times, September 1; and the interview of Mathieu Guidère in “Mathieu Guidère: L’Algérie doit craindre le pire pour le Ramadan,” Paris Match, August 19.

4. Mathieu Guidère, Al-Qaïda à la conquête du Maghreb: le terrorisme aux portes de l’Europe, Monaco, Editions du Rocher, 2007.

5. See Andrew Black, “AQIM’s expanding internationalist agenda,” CTC Sentinel 1(5), April, 2008.

6. Anneli Botha, Terrorism in the Maghreb: The Transnationalisation of Domestic Terrorism, ISS Monograph Series no.144, June, 2008.

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jeudi 18 septembre 2008

Philippines: Prochain Front Jihadiste?

Dans une interview avec la chaîne de télévision arabe al-Jazeera, le chef du Mouvement Islamique de Libération Moro (MILF), Haji al-Murad Ebrahim, a déclaré qu'il ne voulait pas créer un "autre Irak" en Asie du sud-est, mais que si le MILF était poussé "au pied du mur", il n'aurait pas d'autre choix que de rétalier. Ebrahim a ensuite dénié tout lien avec al-Qaïda, tout en soulignant que n'importe quel mouvement pourrait infiltrer la région de Mindanao en raison de "l'absence de contrôle".

Pour plus d'information sur le MILF, y compris la relation entre MILF et le jihad international, je vous invite à relire ma série spéciale.

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mardi 26 août 2008

Publication: Changement Climatique et Terrorisme

Dans une étude publiée dans les Cahiers du RMES de ce semestre, j'étudie les impacts probables du changement climatique sur le terrorisme. Cette étude est la première du genre, à ma connaissance, bien que divers rapports américains (notamment un rapport confidentiel du National Intelligence Committee) se sont vaguement penchés sur le sujet et ont atteint des conclusions similaires.

Après un passage en revue approfondi des causes du terrorisme, l'étude regarde comment les effets probables du changement climatique pourront affecter ces causes. L'étude conclut que le changement climatique aura un effet multiplicateur sur la menace terroriste. Non seulement le réservoir des "terroristes potentiels" (wannabe terrorists, selon l'expression de Marc Sageman) va se remplir suite aux effets du changement climatique, mais l'environnement va également devenir plus permissif (migrations, prolifération de l'instabilité), et les "événements déclencheurs" de violence politique (precipitant events, selon l'expression de Martha Crenshaw) vont se multiplier.

D'ailleurs, on aurait tort de croire que les terroristes n'utilisent pas déjà le changement climatique à leur avantage. Dans son discours lors du 6ème anniversaire du 11 septembre, Oussama Ben Laden a mentionné le changement climatique pour blâmer les Etats-Unis et l'occident, et recruter de nouveaux membres. Dans un discours daté du 17 avril, Ayman al-Zawahiri utilise la crise alimentaire globale pour recruter des combattants, et mentionne "la contamination de l'air et de la terre" par l'Occident.

Mais le changement climatique va au-delà de la simple influence sur les causes du terrorisme. En effet, la salience et la vulnérabilité de certaines cibles du terrorisme seront aussi affectées. Ainsi, l'étude prédit que le risque de quatre formes de terrorisme particulières (et rares) va augmenter:

  1. Terrorisme environnemental: Soit l'utilisation de l'environnement comme moyen (empoisonnement de l'eau potable) ou comme cible (destruction d'une forêt). Plus l'environnement devient un sujet sensible, plus sa "valeur" augmente aux yeux des terroristes. Cette forme de terrorisme est presque inexistante aujourd'hui, mais pas totalement, et pourrait devenir plus fréquente si cela se montrait efficace.
  2. Eco-terrorisme: Soit l'usage du terrorisme en défense des animaux et de l'environnement. Cette forme de terrorisme, beaucoup moins rare, pourrait bien se multiplier à mesure que le changement climatique menace l'environnement et les espèces naturelles, surtout si ces groupes attribuent le changement climatique aux actions (et inactions) de l'Homme.
  3. Terrorisme nucléaire: Changement climatique ou pas, le débat qui existe aujourd'hui a pour conséquence de faciliter la prolifération de l'énergie nucléaire. Dès lors, le nombre de cibles potentielles s'accroît (les terroristes du 11 septembre avaient inclus dans leur plan originel une centrale nucléaire), et la probabilité de voir du matériel nucléaire volé ou revendu également. Notons toutefois que le risque de terrorisme nucléaire demeure toujours extrêmement faible.
  4. Terrorisme humanitaire: On l'a vu encore récemment en Afghanistan et en Somalie, le personnel humanitaire est de plus en plus la cible d'attaques d'insurgés. Or, comme le changement climatique risque d'accroître l'instabilité mondiale, et de créer une plus grande nécessité pour des opérations humanitaires, cette forme de terrorisme pourrait devenir plus fréquente.

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dimanche 24 août 2008

Série Spéciale (7/7): Insurrection Moro aux Philippines

Ce dernier billet termine la série sur le Front Moro aux Philippines. Il est consacré au soutien externe, un point particulièrement important pour les leaders du MILF. Aperçu des liens avec la Jemaah Islamiya (JI) en Indonésie, et la question du lien avec al-Qaïda.
Je souligne ici que Romain Lalanne s'attarde également sur l'insurrection philippine dans son blog.

Précédemment: 1- Background, 2- La nature de l'insurrection, 3- La stratégie, 4- L'environnement, 5- Le soutien populaire, 6- L'organisation
Aujourd'hui: Le soutien externe

The MILF has always devoted major efforts to secure external support from the outside Muslim world. Salamat Hashim travelled a lot at the early times of the existence of the MILF and developed both overt and covert support networks in Egypt, Pakistan and elsewhere in the Muslim world . Many members of MILF received training in Libya, Malaysia, Syria, Palestine and Pakistan in the 1970-80s.

The most interesting and substantial support comes from the Jemaah Islamiyah (JI), and the potential connection with al-Qaeda. In the 1980s, many Moro Jihadis were trained by Indonesian commanders and fought alongside in Afghanistan. They created lasting ties. In the 90s, MILF offered Indonesians to take advantage of their camps’ structure and asked them some help in building military academies. Indonesians became instructors for young Indonesian Jihadis and for young Moro separatists.

The JI-MILF connection precedes JI’s emergence as a terror organization, but continued after the Bali bombings in 2000. It is hard to tell what the relationships between MILF and al-Qaeda are. Although MILF commanders publicly condemn Jihad and terror attacks since 2003, some experts suggest that they have mounted deadly attacks in collaboration with JI since 2000, and continue enjoying MILF camps facilities, although those have diminished in quality .

The connexion with al-Qaeda is very uncertain. However, it seems that Muhamad Jamal-Khalifa, brother-in-law of Osama Bin Laden had some relationships with MILF in the early 1990s .

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samedi 23 août 2008

Série Spéciale (6/7): Insurrection Moro aux Philippines

Avant-dernier billet de cette série sur l'insurrection Moro. Aujourd'hui, je traite de l'organisation: nombre de membres, structure, personnages-clés, ...

Précédemment: 1- Background, 2- La nature de l'insurrection, 3- La stratégie, 4- L'environnement, 5- Le soutien populaire
Aujourd'hui: 6- L'organisation
Demain: 7- Soutien externe

Philippines Army intelligence figures estimate the number of active members in the MILF at 12,000 . A majority of them are simple guerrillas; a minority is part of the leadership. The MILF is organized according to a very hierarchical structure. Hashim Salamat was the top leader until his death in 2003. On the top of the organization, there is the Central Committee. Just below, military and political affairs are separated in different committees. Lower in the structure are the internal security forces, the intelligence network, internal brigades, commanders of camps…At the very bottom of the structure lies the local commanders and their personal small units .

Before 2000, the MILF possessed with its camps structure a very clear and efficient organization. The central committee had its headquarters in camp Abu Bakar. There was an academy to form warriors and schools to form future leaders. There was a real shadow government ready to take over power once the independence was reached. In those camps, troops ensured security through multiple checkpoints, and self-sustainability was ensured thanks to the support of local population. The large autonomy enjoyed by the MILF made them look to the population as a real alternative to the rule of Manila.

However, it all changed after 2000 and the offensive of the AFP against the camps. Now, the central committee and the leaders are forced to hide again. The shadow governments are only locals, and the MILF rules only small areas. Hence, they lost an important part of their credibility to the eye of the population. Moreover, the succession to Hashim Salamat has not been smooth.

Apparently, Salamat had designated Alim Abdulazziz Mimbantas, commander of the Internal Security Force and intelligence network, as his natural successor. But after three weeks, Mimbantas gave up the leadership to his rival, Al-Haj Murad Ebrahim, former vice-chairman for military affairs. Beyond the difficulties to maintain the succession smooth, Murad was facing two problems: he was even less good at unifying the different Moros ethnies than Salamat; and he seems to have lost a lot of power on local commanders. The gain of autonomy by local leaders started under Hashim’s authority in the aftermath of the 2000 offensive.

It took Murad two years to consolidate his power to the point where he had enough support to negotiate an agreement with the government. However, a new generation of hard-liners starts to question the legitimacy of the old leadership and their capacity to win the revolution . If the MILF had to accept a compromise with Manila, offering more autonomy but no independence to Mindanao, it is possible that a new splinter group will appear, eventually with deeper ties with Jihadi groups.

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vendredi 22 août 2008

Série Spéciale (5/7): Insurrection Moro aux Philippines

Aujourd'hui, dans la série sur le Front Moro et l'insurrection philippine, j'analyse le support populaire dont bénéficie les insurgés.

Précédemment: 1- Background, 2- La nature de l'insurrection, 3- La stratégie, 4- L'environnement
Aujourd'hui: Le soutien populaire
Demain: L'organisation


As the MILF opted for a strategy of protracted popular war, popular support is very important to them. They enjoy a good deal of support in the rural areas, but also in the cities. MILF adopted a strategy very similar to Mao’s. Hence, the research for active popular support in rural areas is the group’s priority. It is very hard to estimate the extent of the support to the insurgency – if not impossible – due to the lack of datas available. Hashim Salamat pretended once in an interview that 85% of the Moros actively support the MILF . It is very likely to be much less.

The active members and the masses are very poor Muslims, with little or no education. The leadership, on the contrary, is more educated. The leadership of the newly created MILF in the 1970s was composed of religious scholars and former students in Islamic schools in the Philippines, Pakistan, Saudi Arabia, Kuwait, Egypt and Sudan . Hashim Salamat attended Al-Azhar University in Cairo from 1959 to 1969, leaving with an “all but dissertation” doctorate . In Egypt, he was very much influenced by the ideas of Muslim Brotherhood radical Syed Qutb. He was also contemporary at Al-Azhar with Burhanuddin Rabbani and Abdul Rasuf Sayyaf, later leaders of anti-Soviets mujahidin in Afghansitan.

In order to gain popular support, MILF uses several techniques. They resort to an Islamic call; they emphasize social, economic and political grievances against the Christian Filipino government; finally, through their system of camps, they demonstrated to the people their ruling capacity (offering administrative, social and security services).

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Série Spéciale (4/7): Insurrection Moro aux Philippines

Ajourd'hui, dans la série spéciale sur l'insurrection philippine, j'adresse l'environnement. Par là, j'entends l'environnement au sens large, c'est-à-dire la géographie, les ressources et la démographie.

Précédemment: 1- Background, 2- La nature de l'insurrection, 3- La stratégie
Aujourd'hui: 4- L'environnement
Demain: 5- Le soutien populaire


The MILF guerrilla takes place on islands and archipelagos. Hence, their operations are highly restricted to local areas. At first glance, this might look as an advantage for a separatist movement. Nevertheless, the geography has become a concern for the MILF. Indeed, their relative disregard for non-Maguindanao Moros, did not only cost them the support of other ethnies, but it also cost them support from some entire islands. The group is essentially composed of Maguindanao ethnics, as opposed to the MNLF which was mainly Tausung but had a broader nationalistic approach and tried to unify the Moros.

Concerning the geography of the islands, it is essentially made of jungle and mountains; a terrain very favorable for guerrilla operation. Most of the freed areas are in the countryside. The Abu Bakar camp, for instance, enjoyed an ideal situation, protected from the AFP by the mountains, and from the Air Force by the thick forest. The guerrillas take advantage of the jungle for their hit-and-run operations.

The Environmental factor

It should be mentioned here that the environment itself exacerbate the tensions in southern Philippines. Mindanao is the country’s richest region in oil and gas. It has also very fertile soils that provide food for the entire country. The strategic importance of Mindanao explains partly why Manila does not accept Muslim separatism.

The exploitation of Mindanao’s resources increases tensions between Muslims and Christians. As the region depends almost exclusively on agriculture, environmental degradation (mainly due to energy exploitation and deforestation) causes loss of livelihoods among the poor rural Muslim population and eventually exacerbates grievances against the central government.

Human environment

Muslims represent only 20% of the total population of Mindanao, and are a majority in only five provinces. Moreover, Muslims do not constitute one single unified group. Instead, Moros are divided along 13 different ethnolinguistic groups . Another characteristic of the demography in Mindanao is that Muslim population is essentially rural and very scattered, separated by Christian communities. The Sulu Archipelago is mainly Muslim. Nevertheless, it is almost exclusively populated by Tausung Moros, which were closer to the MNLF. Hence, MILF group finds only a relative support in Sulu.

Southern Philippines’ human environment favored a rural insurgency with very local bases. However, the divisions among a slight and scattered Muslim community restrict the mobilization’s capacity and appear to be an obstacle for reaching the last phase of guerrilla: conventional warfare.

The Muslim areas are the poorest in the Philippines. The Autonomous Region in Muslim Mindanao (ARMM) ranks in last position according to the regional GDP and GDP/capita . The economic disparities are even more striking when taking into account that the GDP also reflects the incomes of the richest Christian community leaving in the region.

In fact, the inequalities between Christians and Muslims in Mindanao go back to the 1950s when Mindanao and the surrounding islands were seen as a new Eldorado and attracted a massive influx of new migrants. The population in Mindanao grew from 0.7 million in 1948 to 2.3 million in 1970 . Competition for the land turned in favor of Christian Filipinos, backed by the state. The demographic change provoked a tightening of clanic, ethnic and religious ties. As the migrations accelerated in the 1960s, growing inequalities triggered interconfessional tensions, unknown until then, between Christians and Muslims.

However, no separatist Muslim movement was created until the press and politicians made public some summary executions of Muslim (Tausung) soldiers within the Filipino army. Those revelations produced massive indignation among the Muslim community and gave birth to the MNLF.

Regarding the political system, MILF widely enjoyed the democratic transition after Marcos left power in the 1980s to get stronger . It is well-known that transition regime are very fertile for terrorism and insurgencies . Until recently, the Philippines were a country very unstable with no counterinsurgency strategy. Moreover, the South remains largely lawless and out of the control of Manila .

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mercredi 20 août 2008

AQMI update

Après la double explosion de Bouira aujourd'hui et l'attentat suicide d'hier, j'aimerais revenir une fois de plus sur l'insurrection algérienne, alors que la presse internationale souligne en coeur la "recrudescence" de la violence et la montée en force d'al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

Comme je l'avais déjà souligné, j'ai un peu du mal avec le terme "recrudescence" qui signifie littéralement "accroissement après une période de calme". Alors y avait-il une accalmie en Algérie jusqu'au début du moi? Pas sûr... En fait, un rapide regard aux statistiques montrent que les violences ont été continues tout au long de l'année 2008, avec un premier pic en février et un deuxième en août. Ensuite, derrière le terme "recrudescence", une bonne partie des médias voient franchement un retour en force d'al-Qaïda en Afrique du Nord. Or, ici encore, cette conclusion est prématurée. En effet, un pic de violence n'est pas synonyme de regain de force. En outre, les méthodes utilisées dans les dernières attaques (suicide) et les cibles (canadiens aujourd'hui) démontrent clairement une orientation propagandiste des ces attaques, qui a visiblement fait mouche.

Je propose, en réalité, une lecture alternative de ces événements. Premièrement, AQMI n'est pas en "recrudescence", mais plutôt en déclin, comme indiqué par leurs difficultés à recruter et à remplir leurs caisses. Deuxièmement, AQMI a clairement basculé dans le pôle terrorisme bien qu'encore en partie dans le pôle guérilla (les attaques aux explosifs sont maintenant bien plus nombreuses que les assauts armés, et les attentats suicide se multiplient). Troisièmement, AQMI se rapproche encore davantage du mode opérationnel d'al-Qaïda tant au niveau stratégique, que tactique et médiatique.

Est-ce que j'ai déjà mentionné que j'ai été invité à m'exprimer sur le sujet lors d'une conférence organisée par Harvard University?

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