«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski
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lundi 4 mai 2009

Madrassas et Terrorisme au Pakistan

Le New York Times revient ce matin sur la prolifération des madrassas (écoles coraniques) au Pakistan, et plus particulièrement au Penjab. Peu de choses nouvelles dans cet article, mais cela vaut quand même de souligner (une fois de plus) que le problème de la violence et de la radicalisation n'est pas tant lié à la pauvreté qu'à la non gouvernance. Voici l'extrait le plus intéressant:

But if the state has forgotten the children here, the mullahs have not. With public education in a shambles, Pakistan’s poorest families have turned to madrasas, or Islamic schools, that feed and house the children while pushing a more militant brand of Islam than was traditional here.
Les familles dans cette région ont toujours été pauvres, mais les madrassas n'étaient pas aussi populaires et ne le sont que parce que les autorités étatiques sont totalement absentes.

L'article fait ensuite le lien entre madrassas et terrorisme. J'ai toujours été assez prudent sur les connexions trop directes entre ces deux éléments. En effet, les terroristes ne viennent pas toujours d'une éducation islamiste radicale dès l'enfance. Bien sûr, la socialisation joue un rôle très important, comme souligné de nombreuses fois dans ce blog. Mais il n'y a à cet égard pas de déterminisme. Islamisme radical n'est pas terrorisme. Et le terrorisme (même islamiste) n'a pas forcément besoin d'une structure d'éducation radicale. Le terrorisme repose en fait plutôt sur des structures informelles.

Ayant dit tout cela, et sachant qu'il existe des études statistiques montrant l'absence de lien entre terrorisme et madrassas, je suis tout de même frappé par le constat suivant, fait par la police pakistanaise:

In an analysis of the profiles of suicide bombers who have struck in Punjab, the Punjab police said more than two-thirds had attended madrasas.

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mercredi 14 janvier 2009

Gangs et Djihad (Yo man)

La police britannique annonce craindre une pénétration des recruteurs djihadistes au sein des gangs de jeunes délinquants. Apparemment, plusieurs membres ou anciens membres de ces gangs sont convertis à l'islam et en défendent une vision radicale et violente.

La crainte de la police est cependant fondée sur une mauvaise logique. En effet, il est peu probable que les recruteurs d'al-Qaïda aillent eux-mêmes convertir ces gangsters. Ce sont plutôt ces gangsters qui se convertissent pour diverses raisons (recherche d'identité, se donner un style, etc.) et ensuite réintègrent le gang et aident à propager le phénomène de conversion. Le problème de ces individus est évidemment qu'ils sont déjà préparés et entraînés à la violence. Ils présentent donc une menace réelle.

De manière plus générale, cette connexion entre djihad et gangs relève de ce qu'on pourrait qualifier de "culture du djihad hip-hop", c'est-à-dire ces jeunes qui chantent des chansons au message haineux et reproduisent des dialogues et des scènes vues à la télé ou sur internet. En Allemagne, il y a quelques mois, deux jeunes montaient une embuscade contre des policiers pour faire comme dans une vidéo de propagande circulant sur le net. Le djihad deviendrait-il un "phénomène de mode"? Pour certains, peut-être...

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mardi 16 décembre 2008

Arrestations dans le Milieu Jihadiste Belge: Distinguer le Vrai du Faux

Les Faits

Le matin du jeudi 11 décembre, la police belge lance un énorme coup de filet dans 16 endroits différents (à Bruxelles et à Liège) de manière quasi simultanée, et arrête 14 individus suspectés d’être liés à al-Qaïda et de préparer un attentat. Néanmoins, aucun matériel explosif ni aucun arme (sauf une arme de poing) ne sont retrouvés. Seuls 6 des 14 individus sont inculpés in fine, tous de nationalité belge.

Parmi eux, Hicham Beyayo, un Anderlechtois qui était revenu en Belgique le 4 décembre après un séjour de plusieurs mois dans la zone frontalière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Beyayo aurait reçu le feu vert du leadership d’al-Qaïda pour commettre un attentat suicide, une information apparemment fournie aux autorités belges par les services de renseignement américains. En outre, une vidéo d’adieu – typique dans le cas de jihadistes perpétrant une attaque kamikaze – aurait été retrouvée.

Deux autres inculpés étaient également rentrés récemment d’un séjour dans les zones frontalières du Pakistan et de l’Afghanistan.

Parmi les inculpés figurait une seule femme : Malika el-Aroud. Veuve de l’un des deux assassins du leader tribal afghan Massoud, et ayant été décerné le titre de « l’une des femmes jihadistes les plus influentes sur internet » par l’International Herald Tribune, Malika était dans le collimateur des services de sécurité belges. Elle avait déjà été interpellée, notamment en lien avec ses activités sur la toile, mais elle avait toujours été relâchée. Son second – et actuel – mari est considéré comme étant l’un des leaders de la cellule d’al-Qaïda en Belgique. Moez Garsallaoui est toujours dans la zone pakistano-afghane. Il servirait d’agent de liaison entre les recrues belges et le leadership d’al-Qaïda.

Deux Français auraient aussi été mis en garde à vue par la police française sur demande des autorités belges.

Ce coup de filet a été le fruit d’une longue investigation débutée il y a plus d’un an, notamment à la suite de la présumée tentative d’évasion de Nizar Trabelsi à la fin 2007. L’enquête aura monopolisé plusieurs centaines de personnes.

Les Hypothèses


Les arrestations ont été menées sur base de la croyance d’une attaque imminente, hypothèse justifiée par l’existence d’une vidéo d’adieu. Cependant, le lieu et la cible de l’attaque demeurent inconnus. Certains affirment que la cible aurait logiquement été le sommet européen qui se tenait à Bruxelles ce même 11 décembre (voir Moniquet ou Guetta). Cette hypothèse repose sur les arguments suivants : 1) De nombreux leaders européens étaient présents, offrant une cible de choix. 2) Viser l’Union Européenne dans son ensemble revient à frapper un symbole fort de l’Occident. 3) Le 11 est un jour symbolique chez les jihadistes, un jour qui porte chance (11 septembre 2001 aux USA, 11 mars 2004 en Espagne, 11 décembre 2007 en Algérie, etc.). 4) Hicham Beyayo était revenu en Belgique, donc il allait s’en prendre à la Belgique. 5) La Belgique avait récemment été menacée dans une vidéo jihadiste envoyée à plusieurs médias belges.

Cette hypothèse, solide au premier abord, est pourtant facilement démontable. En réalité, rien ne permet d’affirmer que l’attaque potentielle allait viser la Belgique. Tout d’abord, aucun explosif ou arme n’ont été retrouvés lors des perquisitions, ce qui met déjà fortement en doute la possibilité d’un attentat (les explosifs se préparent à l’avance, ou du moins les composants sont rassemblés longtemps à l’avance et assemblés quelques jours avant l’attentat). Ensuite, si les services de renseignement pensaient que le sommet était visé et que l’attaque allait avoir lieu le 11 décembre, n’auraient-ils pas réagi le 10 au plus tard ? Finalement, on pourrait discuter de l’importance de l’Union Européenne comme cible pour les jihadistes. En effet, alors que les attentats de Madrid avaient permis d’assurer le retrait des troupes espagnoles d’Irak, il est difficile d’imaginer un tel impact lors d’un attentat contre l’UE. Par contre, comme ce serait le premier et que cela touche l’ensemble des pays européens, l’impact émotionnel et propagandiste serait certainement important. Donc, on ne peut exclure l’UE comme cible potentielle ni la dresser comme cible prioritaire.

Si la cible n’était pas en Belgique, pourquoi Hicham était-il revenu ? Difficile à expliquer, bien évidemment. Peut-être a-t-il voulu voir sa famille une dernière fois et la mettre à l’abri…

Autre hypothèse martelée sous forme affirmative dans tous les médias : les personnes inculpées faisaient partie de la « branche belge d’al-Qaïda ». Or, d’un point de vue sémantique, cette description est tout simplement erronée et trompeuse. D’une part, le mot « branche » généralement utilisé pour faire référence par exemple à al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) ou al-Qaïda en Irak (AQI), ne correspond pas à la réalité. Le processus est toujours le résultat d’éléments exogènes se rapprochant par échanges, interpénétrations et fusions. Les liens avec al-Qaïda existent, certes, mais ils sont lâches et non institués. Al-Qaïda n’a d’ailleurs jamais reconnu aucun groupe en Europe, à l’inverse d’AQMI ou d’AQI. Il serait donc plus judicieux de parler d’une cellule, voire d’un groupe, aux affinités idéologiques proches d’al-Qaïda et entretenant des relations avec cette dernière organisation.

Quelques Constats


Les arrestations soulignent tout d’abord, une fois de plus, qu’aucun pays n’est immunisé contre le terrorisme. La Belgique ni plus, ni moins que ses voisins.

Ensuite, les connections entre la cellule belge et le Pakistan/Afghanistan sont évidentes. Le rôle du leadership central d’al-Qaïda demeure essentiel à cet égard. En effet, nous n’avons pas affaire ici à un jeune auto-radicalisé via internet, mais bien à une cellule organisée en réseau bénéficiant de liens étroits avec al-Qaïda. En outre, il semble que plusieurs des inculpés aient été radicalisés au contact d’autres éléments islamistes et se soient rencontrés dans les mosquées. Le rôle de l’internet demeure central et ne peut être nié (ce qu’a d’ailleurs bien compris Malika el-Aroud), mais les réseaux sociaux demeurent bel et bien au centre du processus de radicalisation d’al-Qaïda.

Et puis, on entend enfin reparler de cette fameuse affaire Trabelsi et de l’annulation du feu d’artifice l’année dernière au nouvel an qui seraient lié à cette affaire. Comme quoi il ne faut jamais désespérer…même si plusieurs interrogations subsistent (notamment : si les mesures de sécurité du nouvel an ont réellement dissuadé les terroristes, pourquoi alors n’ont-ils pas agi plus tard lorsque la sécurité avait baissé ?)

La Scène Islamiste en Belgique

Pour conclure, cette affaire jette un peu de lumière sur une scène islamiste fort active en Belgique. Un rapport de la NEFA Foundation avait déjà mis à jour les activités des Frères Musulmans en Belgique. Plus récemment, une enquête du magazine flamand Knack à Anvers (disponible en anglais ici puis ici) démontrait qu’il existe bel et bien un milieu islamiste radical en Belgique qui prône la violence au nom de Dieu (voire vidéo ci-après, obtenue par la VRT dans une mosquée d’Anvers) et qui organise des camps d’entraînement jihadistes en Ardennes pour des jeunes individus lobotomisés par des discours radicaux, boostés par les exploits de leurs « frères » en Irak et en Afghanistan, et qui rêvent d’une chose : faire « comme sur les vidéo internet », et devenir des héros. Des martyres comme ils disent.

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vendredi 5 décembre 2008

Oui, les Etats-Unis ont aussi un Problème avec leurs Musulmans (Non, l'"Eurabie" n'est pas une exception)

Selon un agent du FBI, des islamistes recruteraient au sein de la communauté somalienne aux Etats-Unis pour rejoindre les combattants islamistes en Somalie. Entre 20 et 40 Somaliens auraient déjà disparus à Minneapolis, dans le Minnesota, sans qu'il soit précisé si ces disparitions étaient en rapport avec des cas de terrorisme. Les nouvelles recrues rejoindraient d'abord des camps d'entraînement en Somalie avant de se battre là-bas ou, peut-être, de retourner aux Etats-Unis. Récemment, le FBI a facilité le retour d'une dépouille d'un Somalien aux Etats-Unis lié à un attentat, sans précisé s'il s'agissait d'une victime ou d'un suspect.

Cette nouvelle pourrait secouer un peu les médias et la communauté contre-terroriste américaine qui considère souvent le problème de l'islamisme en Occident comme uniquement limité à l'Europe.

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lundi 22 septembre 2008

Et Si l'Islamisme Avait Quelque Chose à voir avec (l'absence) de Capitalisme?

In his old life in Cairo, Rami Galal knew his place and his fate: to become a maintenance man in a hotel, just like his father. But here, in glittering, manic Dubai, he is confronting the unsettling freedom to make his own choices.

Here Mr. Galal, 24, drinks beer almost every night and considers a young Russian prostitute his girlfriend. But he also makes it to work every morning, not something he could say when he lived back in Egypt. Everything is up to him, everything: what meals he eats, whether he goes to the mosque or a bar, who his friends are.

“I was more religious in Egypt,” Mr. Galal said, taking a drag from yet another of his ever-burning Marlboros. “It is moving too fast here. In Egypt there is more time, they have more control over you. It’s hard here. I hope to stop drinking beer; I know it’s wrong. In Egypt, people keep you in check. Here, no one keeps you in check.”

Source: New York Times

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jeudi 26 juin 2008

Offensive de Propagande d'al-Qaida

Je voudrais attirer votre attention sur cet article paru dans le Washington Post de mardi sur la machine de propagande d'al-Qaida. L'auteur souligne quelque chose que j'avais déjà souligné moi-même précedemment pour la Jamestown Foundation: al-Qaida a développé son outil de propagande tant au niveau quantitatif que qualitatif.

Au niveau quantitatif, as-sahab, le média d'al-Qaida a augmenté sa production de 6 vidéos annuelles en 2002 à 97 en 2007 (58 en 2006). Il s'agit donc d'une augmentation constante et régulière, une tendance qui a toutes les chances de se confirmer dans l'avenir (étant donné que la technologie est maintenant acquise et maîtrisée, et qu'en outre, la mode du "film jihadiste" s'est popularisée au sein des mouvements jihadistes).

Maintenant, on est en droit de se demander si une augmentation quantitative est une si mauvaise chose. Certains spécialistes ont assez justement souligné qu'une vidéo de Ben Laden ne suscite plus le même enthousiasme qu'en 2002. Cela revient a dire que l'effet d'attente a disparu. Cela s'est encore confirmé lors de la séance de Questions-Réponses de Zawahiri dont les médias ont un peu parlé mais ont totalement ignoré la deuxième partie (mise en ligne le mois dernier). Plus n'est pas toujours mieux, on est bien d'accord. N'empêche, il faut tout de même regarder de quel genre de vidéo on parle ainsi que s'intéresser à l'audience visée. Alors, peut-être, l'augmentation devient perturbante. Les vidéos ne sont désormais plus de simples appels au jihad de Ben Laden. Il s'agit de plus en plus de vidéos de camps d'entraînement et de vidéos d'attentats qui "héroïsent" les jihadistes, et constituent de formidables moyens de recrutement... En outre, ces vidéos se multiplient désormais géographiquement (Maghreb, Europe, Asie du sud-est) et linguistiquement (vidéos en Allemand par exemple). Donc, si les vidéos de Ben Laden ont perdu leur capacité "terrorisante", elles ont par contre gagné en pouvoir de "recrutement". Et cela est loin d'être positif.

Au niveau qualitatif, les médias jihadistes se sont également largement améliorés avec les années. Ainsi, as-sahab disposerait du dernier matériel technologique (ordinateurs vaio ultraplat, désolé pour faire de la pub...), mais aussi la qualité des films s'est améliorée, et les supports se sont multipliés (iPod, téléphones mobiles...). Ici encore, le saut qualitatif a de quoi inquiété puisque le jihad a perdu son côté "amateuriste" et gagné en "professionalisme".

Est-ce que tout cela signifie que l'on est au milieu d'une guerre de propagande globale? Les Américains tendent à le penser, bien que l'offensive de propagande américaine est plutôt ridicule. Evidemment, il faudrait s'attarder sur le concept de propagande (difficilement définissable), mais je crois que nous sommes effectivement au milieu d'une bataille de propagande, ne fût-ce que parce que les deux camps (Américaine et Jihadistes) semblent le penser. Par contre, sommes-nous au milieu d'un guerre idéologique comme le pense Stephen Ulph? A discuter...

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lundi 5 mai 2008

Réponse d'Al-Aqsa Belgique

En lien avec l'article que j'avais écris précédemment sur al-Aqsa Humanitaire en Belgique, vous pouvez lire l'interview de Mohamed El Hajjaji, président de la fondation, réalisée par Ricardo Gutierrez pour le quotidien belge Le Soir de ce lundi.

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lundi 28 avril 2008

Hassan Muhammed Sabri Al Tabbakh: Un 'Loup Solitaire' en Grande Bretagne

Roderick Jones, du Counterterrorism Blog, porte à notre attention le cas méconnu de Hassan Muhammed Sabri Al Tabbakh, un Syrien de 38 ans arrêté en Grande-Bretagne pour des faits de terrorisme en décembre dernier. Son cas est très intéressant pour au moins quatre raisons:

  1. Tabbakh, qui avait accumulé dans son appartement du matériel chimique et des instructions pour fabriquer une bombe, n'était apparemment lié à aucun groupe ou aucune cellule islamiste britannique. Il s'agirait donc d'un très rare cas de 'loup solitaire' (lone wolf), dans lequel l'individu "s'auto-radicalise" et agit seul. Un scénario terrifiant pour les services de sécurité européens puisque ces individus sont extrêmement difficiles à identifier avant qu'ils aient lancé leur première opération.
  2. A contrario, les éléments qui ont permis à la police britannique d'arrêter Tabbakh serviront de modèle dans le futur, et démontrent qu'il est possible d'identifier les 'loups solitaires'.
  3. L'homme, âgé de 38 ans, ne correspond pas vraiment au "profil typique" du jihadiste. Il sera donc intéressant d'étudier les éléments qui ont poussé à sa radicalisation.
  4. Enfin, la filière syrienne est peu fréquente, voire inexistante en Grande-Bretagne. C'est donc un autre facteur auquel il faudra s'intéresser.

Le procès de Tabbakh devrait commencer le 16 mai. Si le tribunal effectue correctement son travail, on devrait en apprendre davantage sur ce cas un peu unique, et tirer des enseignements utiles et nécessaires pour la communauté du renseignement en Europe.

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jeudi 24 avril 2008

Sentinel: AQIM et Contre-Radicalisation en Grande-Bretagne

Le dernier numéro du Sentinel, le mensuel du Combating Terrorism Center (West Point), est sorti il y a quelques jours. L'occasion pour moi de recommander une fois encore la lecture de cet excellent journal.

Il y a plusieurs articles très intéressants, mais je ne vais pas tous les résumer ici. Je vais juste parler rapidement de deux articles qui ont retenu mon attention.

Premièrement, l'article d'Andrew Black sur l'évolution d'al-Qaïda au Maghreb (AQIM, ancien GSPC). Dans cet article, l'auteur compare l'importance des objectifs locaux du groupe par rapport à ses ambitions globales, sur base d'une étude statistique de l'ensemble des déclarations du groupe entre mars 2005 et mars 2008. Il découvre que avant que le GSPC ne devienne al-Qaïda en 2006, il faisait référence à des objectifs locaux (Algérie) cinq fois plus qu'à des objectifs globaux (Occident, Israël). Après 2006, le déséquilibre diminue de moitié en faveur des objectifs globaux. Finalement, en septembre 2007, AQIM ne faisait référence à ses ambitions algériennes que deux fois plus par rapport à son jihad global.

Cela signifie que, quelques soient les raisons qui ont poussé le GSPC à rejoindre al-Qaïda, le fait d'appartenir à al-Qaïda influence les objectifs du groupe. On pourrait presque parler de "pressions organisationnelles".

Deuxièmement, l'article de James Brandon sur la contre-radicalisation en Grande-Bretagne revient sur la création de la Quilliam Foundation, ce think tank britannique créé par d'anciens extrémistes islamistes du groupes Hizb al-Tahrir. Les créateurs de la fondation veulent offrir une autre vision de l'Islam, dégagée de la violence, en prônant un discours modéré. En temps qu'anciens extrémistes, les membres ont une bonne compréhension des raisons qui poussent à la radicalisation, et donc de meilleures chances de trouver une oreille attentive dans la communauté musulmane.

Bien que la Quilliam Foundation n'est pas financée par le gouvernement britannique (et donc que sa création ne fait partie d'aucune stratégie), il est clair que la Grande Bretagne est très avancée dans sa réflexion sur les moyens de lutter contre la radicalisation islamiste. Pour ce faire, il semble que le gouvernement ait opté pour une stratégie de support aux modérés, comme le témoigne les récentes déclarations de la secrétaire de l'Intérieur, Jacqui Smith, qui a annoncé que l'Angleterre allait inviter 300 imams modérés de l'Asie du sud pour prêcher dans les mosquées britanniques, et contrer ainsi les discours extrémistes.

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mardi 22 avril 2008

Menace Jihadiste Croissante aux Pays-Bas

Le directeur des services de renseignement néerlandais (AIVD) a annoncé que la menace jihadiste est croissante aux Pays-Bas, à l'occasion de la publication du rapport annuel de l'AIVD (disponible ici pour ceux qui lisent le néerlandais). Gerard Bouman identifie deux raisons pour l'accroissement de la menace: la diffusion du film islamophobe "Fitna" de Geert Wilders; et l'évolution de la situation en Afghanistan et au Pakistan qui est favorable à la prolifération du terrorisme et qui pourrait se retourner contre les Pays-Bas étant donné l'engagement croissant du pays au sein de des forces de l'OTAN.

Le rapport souligne ce que j'ai déjà souligné de nombreuses fois dans ce blog et dans d'autres articles: la sécurité européenne dépend de décisions prises en interne (sécurité intérieure) et en externe (évolution de la situation en Afghanistan et au Pakistan).

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Les Enfants du Jihad

J'ai déjà parlé dans des articles précédents de l'endoctrination et de la socialisation des enfants par les groupes terroristes (entre autres, ici ou ici). C'est un sujet qui reste au demeurant peu étudié, d'ailleurs. Laissez-moi donc partager avec vous encore deux vidéos sur lesquelles je suis tombé récemment.

La première vidéo, est mise en ligne sur le site de Laura Mansfield, qui offre par la même occasion une traduction anglaise du dialogue entre le caméraman et l'enfant au vélo. La scène qui apparaît révoltante à nos yeux, souligne cependant l'importance de la socialisation dès le plus jeune âge. Selon Laura Mansfield, la scène se passe dans un état du Golfe, peut-être en Arabie Saoudite.



Voici la traduction en français:
Caméraman à l'enfant (plusieurs fois): "Mohamed de l'organisation al-Qaïda"
L'enfant au vélo fait demi-tour et s'approche.
Le caméraman et l'enfant se saluent poliment.
Caméraman: "Quel est ton nom?"
Enfant: "Mohamed"
Caméraman: "De quel groupe es-tu membre?"
Enfant: "Al-Qaïda"
Le caméraman répète la question, et l'enfant répète à nouveau.
Caméraman: "Que signifie l'inscription sur ton vélo?"
Enfant: "Jihad"
Caméraman: Qui est ton émir?"
Enfant: "Osama Ben Laden"
Caméraman: "Qu'Allah te protège, paix et salutations aux moudjahidinnes"
L'enfant fait signe à la caméra et s'éloigne.

La NEFA Foundation a récemment mis en ligne une autre vidéo très intéressante, montrant l'entraînement de jihadistes membres du groupe ouzbek Union du Jihad Islamique (UJI ou IJU en anglais). Ce groupe est très important, notamment parce qu'il semble que ce soit dans leurs camps pakistanais que plusieurs jihadistes allemands se sont entraînés. Mais dans cette vidéo disponible ici, on assiste également à un entraînement spécifique de jeunes enfants qui tirent à l'arme automatique.

Enfin, toujours dans le sujet des enfants à la guerre, mentionnons que le dernier numéro de Air & Space Power Journal est dédié aux enfants-soldats.

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Le Hamas et les Frères Musulmans en Belgique

Un rapport publié par la NEFA Foundation la semaine dernière affirme avoir mis à jour « une infrastructure belge des Frères Musulmans plus élaborée que ce qui était connu précédemment ». Il ne s’agit pas là d’une petite affirmation, et je me suis donc attelé avec attention à la lecture du document…pour réaliser que l’affirmation est exagérée. Le rapport reste intéressant, néanmoins, parce qu’il souligne quelques points importants de la stratégie contre-terroriste belge.

Les Frères Musulmans ont été présents en Europe depuis les années 1960. En Allemagne d’abord, avant de s’étendre à l’ensemble de l’Europe. « La Belgique est devenu un important centre pour les Frères Musulmans en Europe », affirme la NEFA.

Trois raisons expliquent la présence des Frères Musulmans en Belgique, selon la NEFA : une importante concentration de musulmans (puisque les Frères sont orientés vers la prêche et la conversion) ; la présence d’institutions européennes (pour le lobbying) ; et le fait que la Belgique est le dernier pays européen à ne pas avoir condamné la branche locale du Hamas palestinien. C’est précisément ce dernier point qui est, selon moi, le plus intéressant et sur lequel je vais un peu m’attarder. En effet, une grande partie du rapport tente (sur base de beaucoup de suppositions) de reconstituer le réseau des Frères Musulmans en Belgique. Mais les seuls organes et individus mis à jour par la NEFA semblent tout ce qu’il y a de plus commun, d’autant plus que certaines de ces organisations ont reçu un statut officiel des Nations Unies, de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe. Le deuxième point, le lobbying, fait partie du jeu démocratique également, et donc est largement positif.

La branche belge du Hamas, Al-Aqsa Humanitaire (à différencier des brigades des martyres d’al-Aqsa), a été créée en septembre 1993. Elle avait des liens avec les branches établies plus tôt en Allemagne et aux Pays-Bas. Le but de l’organisation était de lever des fonds pour supporter les actions humanitaires en Palestine. Cependant, peu à peu, des voix s’élèvent dans différents pays contre les organisations liées au Hamas, accusées de supporter les actions politiques et terroristes du Hamas, et non les actions humanitaires. En 1998, un rapport allemand dit que la branche allemande d’al-Aqsa « via les dons humanitaires en Palestine supporte les objectifs du Hamas, indirectement mais efficacement ». Après le début de la seconde intifada et surtout après le 11 septembre, les pressions allemandes sur al-Aqsa s’accroissent et se confirment en 2002 avec l’interdiction d’al-Aqsa en Allemagne et l’annonce par le ministre de l’Intérieur que les fonds d’al-Aqsa servaient à rémunérer les familles des terroristes kamikazes.

Al-Aqsa aux Pays-Bas a été banni en 2003. En mai 2003, les gouvernements américains et britanniques désignent la fondation al-Aqsa, y compris la branche belge, comme organisation terroriste. En octobre 2004, le Département américain du Trésor déclarait que la branche belge d’al-Aqsa était liée à l’Islamic African Relief Agency, une organisation accusée de financer al-Qaïda et le terrorisme palestinien. En décembre 2004, un nouveau rapport d’une Cour allemande souligne que al-Aqsa, y compris la branche belge, finance le terrorisme palestinien, via un fond britannique. Et pourtant, à ce jour, la Belgique n’a toujours pas interdit al-Aqsa, ce qui permet au groupe de poursuivre ses activités au grand jour.

En 2006/2006, Al-Aqsa Humanitaire a changé de nom pour AKSAHU. Selon les autorités belges, c’était pour éviter la confusion avec les brigades des martyres d’al-Aqsa. Selon la NEFA, cela serait dû à des difficultés croissantes de transfert de fonds à cause de la surveillance américaine accrue. AKSAHU a un bureau à Molenbeek, et un autre à Verviers.

En conclusion, le rapport de la NEFA pose une question à laquelle il faut une réponse claire : Pourquoi la Belgique n’a-t-elle pas pris des mesures contre al-Aqsa, alors que d’autres pays l’ont fait ? Il me semble qu’une enquête poussée sur le groupe, ses agissements, et ses mouvements financiers serait de rigueur.

La Belgique a souvent montré une position relativement modérée vis-à-vis du Hamas palestinien, avec une certaine réticence à considérer le groupe comme mouvement terroriste. Est-ce là la raison du manque d’action contre al-Aqsa ? Le groupe n’a-t-il vraiment aucun lien avec le terrorisme ? Il est temps d’avoir des réponses claires. Car il serait mal vu pour la Belgique, qui se défend haut et fort d’être une plaque tournante du terrorisme en Europe, d’être reconnue coupable d’un manque d’action dans la lutte contre le terrorisme.

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lundi 31 mars 2008

Renseignements Canadiens: Radicalisation et Jihad en Occident

Le premier procès de l’un des 15 individus suspectés d’appartenir à une cellule jihadiste au Canada a débuté mardi dernier. La cellule avait été démantelée en juin 2006 à Toronto. Selon les autorités canadiennes, la cellule avait planifié plusieurs attaques, dont l’assaut du parlement qui se serait achevé par la décapitation du premier ministre, Stephen Harper.

A l’occasion du début de ce procès, la Fondation NEFA publie un document secret du Canadian Security Intelligence Service (CSIS), le service de renseignements canadien, qui a fait l’objet d’une fuite. Le rapport est désormais disponible, bien qu’une partie du document soit cachée. Le document, intitulé « Radicalisation et Jihad en Occident », avait été rédigé en juin 2006, juste après la révélation du complot. Extraits et commentaires :

« La menace de l’extrémisme islamiste domestique contre le Canada est croissante. (…) Les phénomènes de ‘radicalisation’ et ‘jihadisation’ sont très complexes. La radicalisation a lieu lorsque les musulmans rejettent les croyances et les pratiques communes, et adoptent une interprétation de l’islam étroite, littérale, et fondamentaliste. La jihadisation a lieu lorsque les musulmans radicalisés croient que la violence en défense de l’islam devient justifiée. Chaque radicalisé ne va pas se jihadiser, mais la transition peut se dérouler assez rapidement. (…) Les jeunes membres sont de plus en plus auto-radicalisés. »

Cette vision en deux temps de la ‘radicalisation’ et de la ‘jihadisation’ semble être la vision partagée au sein de la communauté du renseignement. Un modèle progressif similaire avait déjà été développé par les services de renseignement néerlandais dans un rapport plus élaboré. Cette vision est très intéressante parce qu’elle permet, d’une part, de nuancer la vision parfois simpliste connotée par l’expression « extrémisme islamiste », et, d’autre part, de rendre compte du faible nombre de combattants jihadistes comparé à la population musulmane globale. L’idée que la jihadisation soit liée à un changement perceptif par rapport à la violence est, selon moi, centrale. Enfin, la notion "d’auto-radicalisation" fait clairement référence aux travaux de Marc Sageman.

« (…) Lorsque quelqu’un se radicalise, il y a souvent un changement physique et psychologique comme se laisser pousser la barbe, adopter la mode vestimentaire musulmane, critiquer tous ceux qui ne partagent pas les mêmes vues, et s’isoler du monde extérieur. »

Le rapport du CSIS précise que l’isolement est le fruit de la radicalisation et non l’inverse. Dans la littérature sur le terrorisme, la radicalisation est parfois décrite comme étant le résultat d’un isolement du monde extérieur, donc l’opposé de ce qu’affirme le CSIS. Pourtant, les derniers grands complots en Europe ont été le fait d’individus souvent décrits comme bien intégrés. Une partie de la littérature précise que ce n’est pas l’isolement en temps que tel, mais la rupture avec l’environnement originel (la famille qui vit encore à l’étranger dans le cas d’immigrés par exemple) qui explique la radicalisation. Mais ici encore, cela n’explique pas la radicalisation des individus nés et élevés en Europe. Dans tous les cas, il est certain qu’il y a un processus de renforcement mutuel entre isolement et radicalisation, quel que soit le facteur initiant.

« (…) Les facteurs de radicalisation identifiés par le CSIS et d’autres services de renseignement occidentaux comprennent la croyance dans la nécessité de défendre l’islam contre la perception d’une agression occidentale, l’influence d’un leader spirituel, l’influence d’un membre de la famille déjà radicalisé, et la participation dans des camps d’entraînement à l’étranger. »

Il s’agit ici d’un échantillon restreint des causes de la radicalisation. On notera également l’absence de mention de possibles ‘causes profondes’, telles que les facteurs socio-économiques. La mention de la participation dans des camps d’entraînements est assez intéressante car elle suppose que cette participation peut précéder la décision de prendre part au jihad. En règle générale, cependant, la jihadisation précède l’entraînement jihadiste.

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vendredi 28 mars 2008

Fitna: Racisme et Provocation

Le film du député néerlandais d'extrême droite Geert Wilders, Fitna, a été mis en ligne hier. Le premier ministre Balkenende a condamné le film, ainsi que d'autres personnalités politiques. La presse, par contre, a affiché un certain "soulagement" déplacé, affirmant que le film n'est pas aussi extrême qu'on pouvait le craindre.

Après vision du film qui est diponible en ligne, je suis littéralement choqué que la presse puisse diminuer ainsi la caractère raciste et provocateur de ce film. Attention, pour tous ceux qui voudraient le visionner, les images sont extrêmement violentes. Âmes sensibles s'abstenir.

Wilders associe Islam et Jihad. C'est évidemment un association aussi simpliste que mensongère. Fitna cite quelques extraits du Coran appelant à la violence (isolés de leur contexte et des nombeux passages qui s'opposent à la violence), et associe ces passages avec les images de Madrid, du 11 septembre, d'exécution sommaires... Wilders joue clairement sur l'émotion pour rallier à sa cause raciste.

En outre, le film de Wilders ne s'embarrasse pas de comprendre ou d'expliquer les contextes géopolitiques, socio-économiques, culturels, ou historiques... Pour lui, la violence est le simple résultat du Coran. Ahmenidjad et Ben Laden? Tous les deux sont motivés par la même haine de l'occident incitée par le même Coran, selon Wilders.

Enfin, Wilders prend clairement plaisir à se décrire en temps que "cible" du Jihad, à se dépeindre en temps que martyre (quelle ironie).

Le terrorisme islamique ne sera certainement pas combattu par une telle propagande. L'Islam n'est pas une idéologie qui peut être combattue comme le nazisme et le communisme, comme affirmé dans la conclusion du film Fitna. Ce film va au contraire enflammer la violence. Aucun doute que c'est ce que Wilders recherche: la provocation pour justifier son discours. Espérons que les appels au calme de la communauté musulmane néerlandaise seront entendus.

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mardi 25 mars 2008

Femmes et Jihad (2)

Le rôle de la femme dans le terrorisme est très largement négligé. Et pourtant, les femmes tiennent une place cruciale dans le processus de socialisation des enfants, en temps que mères, mais aussi dans leur pouvoir d’influence sur les hommes, en temps qu’épouses. En outre, ces dernières années, on constate une augmentation de l’implication directe des femmes dans le jihadisme, en devenant martyres, que ce soit en Palestine, en Tchétchénie ou en Irak.

Les causes de cet accroissement sont complexes et en partie dépendantes du contexte local, comme indiqué dans mon analyse sur les femmes kamikazes en Irak. Cependant, l’une des causes de cet accroissement tient dans le développement d’une campagne de propagande d’al-Qaïda destinée spécifiquement aux femmes. Un nombre croissant de forums sur internet sont dédiés aux femmes et à leur rôle dans le jihad. De manière assez intéressante, une étude de fréquentation de ces forums indique que ce sont essentiellement des hommes qui participent. Dès lors, il s’agit essentiellement d’un recrutement de femmes par des hommes. Le processus de recrutement femmes-femmes ne semble pas encore institutionnalisé.

De manière systématique, la propagande à destination des femmes souligne le caractère ambivalent de la femme dans le jihad. La femme est vue à la fois comme un adjuvent et comme un obstacle au jihad.

Dans le livre intitulé Le Manuel de Recrutement d’al-Qaïda, Mathieu Guidère et Nicole Morgan traduisent l’un des textes les plus lus sur internet, qu’ils qualifient « d’épître », destiné aux femmes. Le texte d’une vingtaine de pages commence par un rappel à l’ordre : « Honorable sœur, tu as un rôle important et crucial à assumer. Il faut te lever pour accomplir ton devoir dans la guerre que nous menons aujourd’hui ». Plus loin, l’auteur souligne : « Tu dois être consciente que ta mission est plus importante que tout ce que tu peux imaginer. Tu portes aujourd’hui une grande part de responsabilité dans la défaite de l’Islam ».

« L’épître » contraste l’influence positive de la femme dans le passé avec la responsabilité qu’elle porte, selon l’auteur, dans la « défaite actuelle de l’Islam ». « Si la femme ne prodigue pas ses encouragements pour s’engager dans le conflit ou bien si elle reste à l’écart ou encore si elle décourage carrément les autres de s’y investir, alors ce sera le début de la défaite et le cheminement vers l’échec. C’est ce qui arrive à notre Nation aujourd’hui. Par le passé, l’Islam a pu vaincre les Etats mécréants les plus puissants que lorsque la femme était à la hauteur de ses responsabilités. C’est elle qui éduquait ses enfants à l’amour du Jihad. C’est elle qui protégeait l’honneur de l’homme et ses biens lorsqu’il partait au Jihad. C’est elle enfin qui résistait et qui apprenait la patience à ses enfants et à son époux pour qu’ils persistent dans cette voie. Tout cela fait que le dicton ‘Derrière chaque grand homme se cache une femme’ s’applique parfaitement aux femmes musulmanes de l’époque. (…) Quant aux femmes de notre temps, que dire d’elles ? (…) Elles sont totalement absentes et quelle absence ! Une absence à cause de la mode. Une absence à cause des vogues. Une absence à cause des parures et des choses licencieuses. Pis, certaines sont absentes parce qu’elles baignent dans les choses illicites ».

Cependant, l’auteur de « l’épître » ne souhaite qu’un engagement limité des femmes dans le jihad. Il n’essaye pas de recruter des femmes pour des attaques-suicides. « Nous ne voulons pas que tu entres sur le champs de bataille, et cela pour t’éviter toute humiliation et toute sédition ; nous voulons seulement que tu suives l’exemple des femmes d’antan dans leur incitation au Jihad ». Cette vision machiste du rôle de la femme est largement dominante dans les forums islamiques.

Le rôle de la femme dans le processus de socialisation de l’enfant est mis en évidence par cet article paru dans le magazine Sada Al-Jihad, mis en ligne par MEMRI. « L’éducation des enfants commence lorsqu’ils sont encore dans le ventre de leur mère. Un enfant sent l’amour de l’Islam même lorsqu’il est dans l’utérus – au travers de l’amour de la mère et de sa dévotion à la religion… Et lorsqu’elle écoute le coran de manière régulière… ses émotions sont transmises au fœtus… Cela a été prouvé par la recherche moderne ».

La glorification du rôle de certaines femmes dans le jihad est l’une des techniques les plus fréquentes pour recruter les femmes. Généralement, comme dans « l’épître » mentionné précédemment, le recrutement visait essentiellement le soutien (actif ou passif) des femmes au jihad. Plus récemment, un nombre croissant d’articles appellent à la participation directe des femmes aux opérations militaires. Cette campagne de propagande ciblée peut expliquer, en partie, l’augmentation du nombre de femmes kamikazes observé ces dernières années sur les théâtres jihadistes.

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jeudi 20 mars 2008

Terrorisme et Sécurité Energétique

En ouvrant le Washington Post mercredi, certains lecteurs ont pu être surpris par l'énorme publicité d'une page entière demandant de mettre fin à la dépendance américaine vis-à-vis du pétrole. Ce n'est pas le message qui est surprenant, cependant, mais plutôt son porte-parole: l'ancien directeur de la CIA, James Woolsey, dont la photo figurait en grand sur la page.

Un lecteur peu familier avec les questions d'indépendance énergétique peut se demander "Bon sang, qu'est ce qu'un ancien directeur de la CIA a à voir avec un problème environnemental?". La raison est simple: Woolsey considère que la sécurité nationale des Etats-Unis est mise en danger par la dépendance énergétique américaine à l'égard des pays du Moyen-Orient.

Je ne vais pas détailler ici toute l'argumentation de Woolsey qui est accessible via un autre article que j'ai écrit, disponible ici. Je veux simplement souligner les connexions qu'il fait entre pétrole et terrorisme. Très intéressantes, certaines connexions n'en sont pas moins controversées.

Premièrement, selon Woolsey, l'argent du pétrole finance des régimes tels que l'Arabie Saoudite qui participent à la radicalisation islamique, notamment via le financement de madrassas (écoles coraniques). Ces madrassas contribueraint à leur tour à la formation de générations de terroristes. Si la première partie de l'argument de Woolsey est correcte, la seconde partie le semble moins. En effet, j'ai déjà souligné précédemment que la religion n'est pas le facteur prédominant dans le terrorisme islamique.

Deuxièmement, l'économie américaine est fortement influencée par le cours du pétrole. Or, les puits de pétrole sont la cible d'al-Qaïda. Pour Woolsey, l'Amérique n'est pas à l'abri d'une flambée du pétrole directement causée par une attaque terroriste. Ici, je dois avouer les limites de mon expertise, mais je sais que beaucoup d'économistes sont en désaccord avec Woolsey.

Troisièmement, la dépendance au pétrole est une faiblesse que les terroristes peuvent exploiter. En Irak, par exemple, les convois de pétrole sont souvent la cible d'attaques terroristes. Les infrastructures sont également exposées.

Enfin, l'argument le plus intéressant de Woolsey tient sans doute dans sa proposition: penser la sécurité énergétique, la lutte contre le changement climatique et la lutte contre le terrorisme de manière conjointe, et non de manière séparée.

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dimanche 2 mars 2008

Terrorisme et Contre-Terrorisme dans les Prisons Britanniques

Un article paru dans le Guardian ce lundi révèle l'inquiétude grandissante des directeurs de prison vis-à-vis de l'influence néfaste des terroristes sur les autres détenus. Le problème de la radicalisation dans les prisons n'a rien de nouveau et est bien connu des experts ès terrorisme. Une petite nuance dans ce cas-ci: les terroristes sembleraient former des alliances avec les gangs de prisonniers menaçant ainsi sérieusement la sécurité de l'établissement. En outre, la radicalisation des gangs est potentiellement dangereuse quand ceux-ci sont libérés.

La radicalisation des prisons est un phénomène inquiétant qui doit être étudié et résolu. Quelles sont les raisons de cette radicalisation, et comment y faire face? Faut-il isoler les terroristes? Ou faut-il trouver des moyens de contrer leur propagande? Des méthodes de renseignement doivent également être développées à l'intérieur des prisons. Il est important que le personnel des prisons développent des "réseaux" parmi les prisonniers afin d'identifier les potentiels "terroristes convertis", surtout parmi ceux dont la fin de peine approche. La communication de ces informations avec les services de police et de renseignement doit ensuite être organisée.

La police britannique vient de faire un pas dans la bonne direction en développant un nouveau programme qui vise à enrayer la radicalisation parmi les prisonniers et les étudiants, soit deux des cibles préférées des terroristes-recruteurs.

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vendredi 29 février 2008

Glenn Audenaert et l'Ouverture des Renseignements

La Dernière Heure publiait mercredi une interview du « grand patron de la police belge ». Petit extrait et commentaire :

Au troisième mois aujourd'hui de la menace terroriste, le maintien de l'état d'alerte « se justifie » en Belgique, et spécifiquement à Bruxelles. « En temps utile », le pays sera informé de la nature de cette menace « et ce jour-là, chacun comprendra et acquiescera. »
(…)
Glenn Audenaert, 52 ans, directeur judiciaire de la police judiciaire fédérale de Bruxelles, lance une proposition surprenante. Il se dit disposé à aller expliquer lui-même dans les mosquées, les écoles, les centres culturels, les milieux associatifs et même les réunions de mariage, la politique menée par sa police contre le terrorisme. Cinq règles basiques pour Glenn Audenaert :
« 1. Nous n'avons aucun problème avec l'exercice d'une religion; 2. Aucun problème avec le radicalisme qui tombe sous la liberté d'expression; 3. L'islamisme fondamentaliste n'affecte qu'une minorité : une majorité écrasante de la communauté rejette le terrorisme; 4. Des frustrations légitimes peuvent exister au sein de la communauté mais 5. Aucune discussion n'est possible avec des criminels qui violent la Convention européenne des droits de l'homme, la Constitution belge et le code pénal ».

Sur la première partie de l’extrait, disons simplement que peut-être l’état d’alerte se justifie-t-il, peut-être pas. Et j’espère que l’on sera un jour, « en temps utile », informé. Et j’espère également que l’on « comprendra ». Je suis tout à fait conscient que certaines matières du renseignement doivent demeurer secrètes, au risque de faire capoter une mission, ou de mettre en danger la vie d’individus. Le problème dans le cas belge, c’est que la menace a été médiatisée et puis plus rien. Soit le pire scénario en terme de communication. Le mieux aurait été de ne rien dire, ou de ‘tout’ dire. Je crois qu’il est tout à fait possible de donner certaines informations qui, d’une part, rassurent la population et, d’autre part, ne mettent pas une opération en péril. De manière générale, je suis plutôt partisan d’une plus grande ouverture des services de renseignement parce que je crois que l’échange d’informations offre plus d’avantages que d’inconvénients. En outre, cela renforce la crédibilité et la dissuasion des services de renseignement. Dans un modèle « classique » de relations internationales, les services secrets se jugent par leur capacité à « découvrir sans être découvert », par une très grande ‘secrètivité’. Face à la menace terroriste, le modèle doit évoluer (tout en tenant compte que les relations inter-étatiques demeurent largement dominantes). Les terroristes jugent les services de renseignement d’un état (pour évaluer le risque d’être découvert) via des informations disponibles dans des sources déclassifiées. Les terroristes n’ont pas (ou peu) accès à des informations confidentielles.

Sur la deuxième partie de l’extrait, soulignons le côté positif de « l’ouverture » affichée par Glenn Audenaert, même si elle n’est que symbolique. Juste une petite précision important tout de même sur son troisième point : l’islamisme fondamentaliste n’affecte effectivement qu’une minorité, mais l’islamisme fondamentaliste n’est pas le terrorisme. Certains fondamentalistes (une majorité d’entre eux en fait) prêchent une vision radicale mais pacifiste de l’Islam.

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mercredi 27 février 2008

Bugs Bunny au Service de la Propagande du Hamas

Depuis près d’un an, les enfants palestiniens peuvent suivre les aventures de Bugs Bunny et Mickey Mouse, version locale, derrière leurs écrans de télévision. A priori, rien d’anormal. Sauf lorsque l’ersatz palestinien de Mickey Mouse appelle au jihad et au meurtre des caricaturistes danois. En fait, la souris s’appelle Farfour, et le lapin Assoud. Et le programme n’est pas produit par Walt Disney, mais par le mouvement islamiste palestinien Hamas.

Farfour, la souris, est apparu pour la première fois en avril 2007 dans un show télévisé intitulé « Les Pionniers de Demain » sur Al-Aqsa TV, la chaîne télévisée du Hamas. Le programme, destiné aux enfants entre 9 et 13 ans, est diffusé tous les vendredis. Présenté par une jeune fille de 11 ans, voilée, « Les Pionniers de Demain » est l’outil de propagande du Hamas à destination du jeune public. Il prône la destruction d’Israël, le jihad et le martyre.


Quoi de neuf Docteur? Un lapin aux airs de Bugs Bunny appelle au boycott des produits danois et au meurtre des caricaturistes.

Le titre de plusieurs épisodes est révélateur du ton de l’émission : « Farfour contre Bush, Olmert et Condoleeza », « Farfour et le AK-47 », ou encore « Assoud contre le Danemark ». L’émission incite à la haine contre les juifs, à la violence, au terrorisme, au sacrifice ultime et… à boire du lait. La mise en scène dramatique des épisodes (la musique lors de la mort de Nahoul par exemple, voir vidéo après) confronte directement les enfants avec des réalités graves, mais surtout biaisées.

Dans le cinquième épisode, par exemple, Farfour discute avec son grand-père de l’histoire de la Palestine. Le vieil homme explique à la souris que les juifs ont envahi une terre qui appartient aux Arabes, avant de lui offrir des clés et des documents qui prouvent ses dires. Ensuite, des Israéliens arrêtent Farfour, l’interrogent et le battent à mort.


Farfour, le Mickey Mouse du Hamas, est battu à mort par un interrogateur israélien.

Dans l’épisode suivant, Nahoul l’abeille, le cousin de Farfour, prend la relève. Mais il meurt à son tour quelques épisodes plus tard d’une maladie en s’écriant : « Tous les enfants palestiniens meurent sans avoir droit à un traitement. Je ne peux pas mourir, je ne veux pas mourir,… Papa… ». Nahoul est à son tour remplacé par Assoud le lapin, son frère, qui vivait dans un autre pays du monde arabe, abordant ainsi la question du retour des réfugiés. Le lapin rose au sourire figé est bien moins sympathique qu’il n’y paraît puisqu’il prétend « manger les juifs ».


Nahoul l'abeille meurt sans avoir pu être transféré vers un hôpital égyptien.

« Les Pionniers de Demain » aborde toutes les grandes thématiques qui guident l’idéologie du Hamas. L’émission choque non seulement par son contenu, mais surtout par la forme adoptée, la mise en scène et le public visé. Les décors sont très colorés et plein de dessins d’enfants. Les personnages ont l’air inoffensifs et sympathiques. Sans le son, on croirait regarder Casimir. « Les Pionniers de Demain » souligne l’importance des médias et de la socialisation dans la formation des futurs terroristes, comme déjà expliqué dans un article précédent.

Saraa Barhoum, la jeune présentatrice de 11 ans, rêve de devenir docteur. Si elle n’y arrive pas, elle deviendra martyre, dit-elle. A elle seule, elle incarne cette partie de la jeunesse palestinienne convertie à l’idéologie du Hamas. Une jeunesse politisée dès l’enfance, lobotomisée, pour qui le martyre n’est plus seulement une alternative, mais constitue un idéal.

Le programme a créé beaucoup de réactions. Israël et le Fatah, le parti du président palestinien Mahmoud Abbas, ont condamné « Les Pionniers de Demain ». Le manager de la station télévisée, al-Sharawi, a répondu : « Nous n’incitons à rien. Nous présentons des faits. On ne peut pas isoler nos enfants des réalités qu’ils vivent tous les jours ».

Notons quand même, pour conclure, que la propagande à destination des enfants n’est ni nouvelle, ni l’apanage des terroristes. Il suffit de regarder ce vieux Donald Duck de 1943 pour s’en convaincre (bon il avait été censuré par après, mais quand même). Donald reçoit de l’argent et il est déchiré entre deux idées : épargner (pour le bien des Etats-Unis) ou dépenser (et supporter le nazisme). Un délice de propagande.


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dimanche 17 février 2008

La CIA en Echec en Europe

Après 2001, la CIA a ouvert un certain nombre de compagnies pour servir de couverture à un certain nombre de ses agents. Objectif: pénétrer la société européenne, et plus particulièrement la population musulmane. Six ans plus tard, c'est un constat d'échec. La CIA a dû fermer presque toutes ces compagnies, sauf deux. Et les agents n'ont pas réussi leur objectif. Excellent article à lire dans le Los Angeles Times.

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