
Le 15 février dernier marquait le 20ème anniversaire du retrait soviétique d’Afghanistan. A tort ou à raison, le conflit actuel est souvent comparé à l’expérience de l’URSS dans les années 1980. Une telle comparaison est par essence teintée de pessimisme, et sert généralement à soutenir la thèse d’un retrait urgent des troupes otaniennes d’Asie du sud, sous prétexte qu’aucune forme de succès ne peut être atteinte et que l’échec est inévitable. Pourtant, s’il est intéressant de souligner les points communs entre les deux opérations en Afghanistan, afin d’apprendre des erreurs du passé, il est tout aussi primordial d’insister sur les différences qui peuvent laisser entrevoir une (légère) touche d’optimisme.
Au rayon des comparaisons, on notera que l’URSS considérait dès 1985, comme les Etats-Unis aujourd’hui, que les objectifs initiaux ne pourraient jamais être atteints, que « le temps n’était pas de notre côté [soviétique] » pour citer Gromyko en 1986 (via les National Security Archives de la George Washington University), alors président du Soviet Suprême, et qu’un retrait s’imposait. Côté américain aujourd’hui, le rêve d’établir une démocratie occidentale à Kaboul s’est effacé, mais l’ambition d’installer un régime stable (quitte à négocier avec les Taliban « modérés ») et d’atteindre une certaine forme de « victoire » revue à la baisse demeure (plus de bannière « Mission Accomplished » cette fois-ci).
Le retrait soviétique planifié dès 1985 était empêché par la peur d’une retraite humiliante vis-à-vis de l’ennemi américain. Aujourd’hui, les Etats-Unis on également peur d’une retraite humiliante, mais davantage vis-à-vis d’al-Qaïda que de n’importe quelle autre puissance rivale.
En outre, les Soviétiques posaient comme condition préalable à leur retrait la mise en place d’un gouvernement stable, reposant sur un large soutien populaire, et disposant d’une armée et d’une police équipées pour faire face aux moudjaheddines. La similarité avec l’objectif annoncé de la mission des forces de la coalition en Afghanistan aujourd’hui est évidente. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’échec est inévitable.
Le point commun fondamental entre les deux expériences, comme le souligne Bruce Riedel dans le dernier numéro de CTC Sentinel, tient dans le rôle joué par le Pakistan. En effet, dans les deux cas, le Pakistan constitue la « zone de sécurité » (safe haven, en anglais) à partir de laquelle les insurgés opèrent et s’approvisionnent. Les Soviétiques n’avaient jamais réussi à convaincre le Pakistan (et donc les Américains) de mater l’insurrection (et pour cause : l’objectif américain était d’affaiblir l’URSS en finançant les insurgés via les services secrets pakistanais). Aujourd’hui, les Américains sont pris à leur propre piège : les connections qu’ils ont contribué à créer entre renseignements pakistanais et djihadistes et Taliban empêchent tout engagement crédible du Pakistan (lequel qui plus est table sur un retrait des Américains, et donc préfère garder une forme de contrôle sur l’Afghanistan).
L’autre point commun essentiel tient sans doute dans cette phrase de Gorbatchev, prononcée en novembre 1986 (toujours via les National Security Archives) : « Nos généraux n’apprennent pas leurs leçons. (…) Nous avons eu des expériences passées en Angola, en Ethiopie, au Mozambique. Il doit y avoir une courbe d’apprentissage. (…) Nous devons trouver les clés de cette guerre ». Le récent remplacement du général McKiernan en Afghanistan ne fait qu’illustrer ce même problème.
Malgré ces quelques similitudes, des différences majeures persistent qui laissent entrevoir une meilleure issue au conflit. Tout d’abord, la raison de l’intervention américaine (défense nationale, sécurité collective) est bien plus légitime que celle qui avait poussé l’invasion russe (installer un régime communiste, sécuriser la frontière sud). Résultat : la mission de l’Otan bénéficie d’un bien plus large soutien international que celle de l’URSS. En outre, cela offre une plus grande marge de manœuvre à la coalition. En effet, le type de régime mis en place importe peu (du moins en théorie) et seul compte désormais le besoin d’éviter de créer un nouveau havre de paix pour al-Qaïda ou d’autres organisations terroristes. Enfin, les opérations contre-insurrectionnelles soviétiques étaient extrêmement brutales et non adaptées à ce type de conflit asymétrique, ce qui rendait toute victoire impossible.
En conclusion, retenons qu’il y a au moins autant de différences que de similarités entre les expériences soviétiques et otaniennes en Afghanistan. Dès lors, il est erroné d’élaborer des comparaisons hâtives entre les deux conflits, même s’il est intéressant et important de tirer des enseignements des erreurs du passé pour ne pas les répéter. Une victoire reste possible en Afghanistan, même si cette victoire n’est en rien semblable à celle qui était espérée à la genèse du conflit.
Cet article est simultanément crossposté sur Alliance Geostratégique.
Image 1: Retrait soviétique d’Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.
Image 2: Hélicoptères et tanks russes en Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.
mardi 26 mai 2009
Les Soviétiques et l’Otan en Afghanistan: des différences qui importent
Publié par
Europe in the World
à
16:15
2
commentaires
Libellés : Afghanistan, Etats-Unis, Insurrection, Pakistan, Talibans
mercredi 13 mai 2009
Nouvelle Publication: Engager l'OCS en Afghanistan
Dans le numéro de DSI de ce mois de mai, vous pourrez trouver un article de votre serviteur consacré au narcotrafic en Afghanistan, mais aussi le long des "routes de l'opium", et au rôle possible que peut jouer l'Organisation de Coopération de Shanghai dans cette lutte contre le trafic de drogue qui a d'importantes répercussions sur la sécurité en Afghanistan (lien narcotrafic-insurrection), en Asie (poches d'instabilités en Asie Centrale) et en Europe (problème de santé publique).
En-tête de l'article:Dans le cadre de la lutte contre la production illégale d’opium en Afghanistan, les débats se limitent trop souvent au problème de la culture et de son éradication. Or, le trafic de drogue crée aussi des poches d’instabilité tout le long des « routes de l’opium ». Dès lors, il est intéressant de se pencher sur le possible rôle de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) dans la lutte contre le narcotrafic et sur les conséquences d’une telle collaboration OTAN-OCS.
Publié par
Europe in the World
à
07:01
0
commentaires
Libellés : Afghanistan, Talibans
mercredi 6 mai 2009
Quand les Médias se montrent Complices
Ce matin, en allumant ma radio, j'entend les journalistes de La Première, la radio nationale belge, annoncer à grands coups de fanfare une "interview exclusive avec un proche du Mollah Omar", à savoir le Taliban Sirajuddin Haqqani, fils du célèbre combattant Jalaluddin Haqqani.
A priori, comme exprimé dans la citation en-tête de ce blog, je ne suis pas contre les entretiens avec les leaders jihadistes, Taliban et autres. En effet, cela permet souvent d'en apprendre un peu plus sur eux, leurs objectifs, leurs perspectives, etc.
Le problème tient en fait, selon moi, à la manière de présenter les choses et de les mettre en forme. D'une part, assez avec ces "exclusifs"! La Première n'est ni la première (c'est le cas de la dire) ni la dernière à obtenir une interview avec des leaders Taliban (pensons à Paris-Match qui avait photographié les Taliban après la mort des 10 soldats français). Il n'y en fait que peu d'exclusivité dans cette démarche de relations publiques des Taliban! Car il s'agit bien de cela. Lorsque Haqqani se vante que des milliers d'Afghans et de Pakistanais cherchent à joindre ses rangs chaque jour, qu'il ne sait où donner de la tête et qu'il est obligé de refuser des candidatures, on est en pleine opération de démoralisation de l'ennemi (en l'occurence, nous, occidentaux mais surtout Belges). Les journalistes de La Première ne sont-ils donc pas capable de s'en rendre compte? De tels propos visent sans aucun doute à démoraliser les troupes belges en Afghanistan, mais aussi l'opinion publique belge qui à son tour peut faire pression sur le gouvernement pour rapatrier nos soldats.
D'autre part, La Première n'a même pas pris la peine de donner un contre-poids aux affirmations de Haqqani. Nous n'avons eu droit qu'à sa version des faits. Aucun spécialiste pour rappeler qu'al-Qaïda a subit de lourdes pertes ces derniers mois et souffre d'une certaine désorganisation. Personne pour dire que les frappes aériennes des drones de la CIA au Pakistan déstabilisent complètement et font peur à al-Qaïda et aux Taliban. Pas un expert pour expliquer que si les Taliban pakistanais ont certes l'initiative en ce moment, la situation des Taliban afghans n'est pas aussi bonne, sans être mauvaise non plus bien sûr (après tout, Haqqani est obligé d'opérer à partir d'un autre pays que le sien, le Pakistan, ce qui n'est tout de même pas un signe d'initiative absolue, même si l'on sait que le fait qu'ils opèrent à partir du Pakistan pose de gros problèmes aux forces de l'Alliance).
Quand les journalistes vendent la propagande "ennemie" sur nos ondes, il y a selon moi un problème éthique remarquable. Surtout lorsque cette propagande coule au travers du robinet ouvert de l'information, jusque dans nos oreilles, sans la mise en place du moindre filtre protecteur.
Publié par
Europe in the World
à
03:22
2
commentaires
Libellés : Afghanistan, Pakistan, Talibans
mardi 10 mars 2009
Recommendations pour de Futures Négociations avec les Taliban en Afghanistan
Alors que le Pakistan a signé un accord de paix avec les Taliban dans la vallée du SWAT, offrant à ces derniers l'entièreté du pouvoir sans demande de contrepartie, ce sont maintenant les Américains qui songent de plus en plus à passer des accords avec les Taliban. Cela fait un certain temps que les alliés européens suggéraient cette idée, mais il aura fallu attendre l'arrivée combinée d'Obama à la présidence et du Général Petraeus au commandement des forces en Afghanistan pour prendre cette mesure au sérieux.
Comme souligné ici lors de l'accord pakistanais, il y a un danger inhérent à signer un accord avec les Taliban: c'est un signe de défaite contre les insurgés, ce qui risque d'encourager et de renforcer les forces rebelles; il y a un risque de créer un "terroristan", surtout lorsque cet accord ne comprend aucune contrepartie; il y a un dilemme éthique à remettre le pouvoir à un groupe dont le non respect des valeurs humanistes et démocratiques est évident; enfin cela envoie un signal clair aux populations locales, à savoir que le gouvernement n'est pas capable d'assurer leur protection.
D'un autre côté, il faut bien reconnaître que dans la situation de chaos actuelle, et étant donné la faible probabilité d'un accroissement considérable des forces internationales en Afghanistan, il est inévitable de collaborer avec les acteurs de pouvoir locaux. Sans l'aide de ces derniers, jamais les forces de la coalition n'arriveront à stabiliser l'Afghanistan et à gagner "le coeur et les esprits" des populations locales. Ces acteurs locaux ne sont généralement pas les gouverneurs ou les policiers (souvent corrompus et ne bénéficiant d'aucune légitimité locale) mais plutôt les chefs tribaux et, dans certains cas, les Taliban.
Dès lors, il convient d'étudier plus en profondeur les structures tribales de l'Afghanistan et les différents courants présents au sein des Taliban. En effet, comme très bien expliqué dans cet article, les Taliban ne forment pas un groupe homogène. Evidemment, même le Taliban le plus modéré a des valeurs complètement antagonistes aux nôtres, et ils considèrent même sans doute l'occident comme un ennemi. Mais en offrant de négocier à certains groupes tribaux et à certains Taliban modérés, tout en exigeant des garanties fortes et en assurant un suivi poussé (contrairement à ce qu'ont fait les Pakistanais), il est encore possible d'éviter une faillite totale de l'état afghan.
En d'autres mots, il s'agit d'encourager les forces modérées tout en continuant de chasser les extrémistes. Au fond, que cela nous plaise ou non, avons-nous encore d'autre choix?
Cet accord devra également se faire sur une base régionale, au risque, sinon, de ne faire que repousser les problèmes. En effet, si les Pakistanais signent des accords avec les Talibans anti-Américains et que les forces internationales négocient avec les Taliban anti-Pakistais, on risque de créer non pas un, mais deux "terroristan". Il convient donc d'inclure les puissances régionales voisines dans toute stratégie de négociation afin de trouver un deal solide et durable.
Publié par
Europe in the World
à
05:39
2
commentaires
Libellés : Afghanistan, Insurrection, Talibans
jeudi 26 février 2009
Guerre Civile Britannique en Afghanistan
Petite "anecdote" intéressante, bien que non surprenante: THE British Army is facing increasing numbers of British Muslims fighting for the Taliban in Afghanistan.
La suite ici...
Senior officers claim they are engaged in a "surreal mini civil war", having to face fighters from the West Midlands and Yorkshire.
Dozens of British-born Muslims, mainly of Pakistani and Somali origin, are believed to have travelled to the country to wage holy war against British troops in Helmand province and other parts of southern Afghanistan, according to intelligence reports.
Interceptions of Taliban communications have revealed "seemingly committed jihadists" speaking with "West Midlands accents"
Publié par
Europe in the World
à
12:21
0
commentaires
Libellés : Afghanistan, Europe, Talibans
mardi 17 février 2009
Sur la Prise de Pouvoir des Taliban au Pakistan
Alors que tout le monde attendait la défaite américaine en Afghanistan, c'est le Pakistan qui le premier a dû déclarer forfait...Le gouvernement a annoncé hier qu'il laissait les régions tribales à la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan aux mains des Taliban, après de longues négociations entre les deux parties. Ces régions, et leurs populations, tomberont donc désormais sous le coup de la Shariah, la loi coranique, appliquée de main de fer par les Talibans, ce qui inclut sévices physiques, violation des droits les plus élémentaires, et mises à mort publiques. Selon le Pakistan, la loi des Taliban n'entre pas en contradiction avec la Constitution pakistanaise...de quoi s'interroger sur cette constitution...
Cet accord est clairement une victoire des Taliban puisqu'ils gagnent sur tous les tableaux. Ils deviennent maîtres des régions tribales, pouvant ainsi étendre leur domination, bénéficient d'une relative impunité vis-à-vis des forces pakistanaises (bien que c'était déjà en partie vrai depuis longtemps), et ne doivent rien donner en contrepartie. Quand on pense que la guerre en Afghanistan avait commencé pour chasser les Taliban qui hébergaient al-Qaïda, on ne peut que constater l'échec dans la mesure où ces mêmes Taliban n'ont fait que se déplacer vers l'Est, et qu'ils sont toujours de mêche avec les membres d'al-Qaïda (c'est-à-dire les derniers cadres survivants, ainsi que certains groupes affiliés comme le groupe ouzbek de l'Union du Djihad Islamique).
La légitimité du Pakistan comme allié des Etats-Unis dans la (défunte) "guerre contre la terreur" (dites aujourd'hui "lutte en cours contre le terrorisme et l'extrémisme") n'en est que davantage remise en cause. Le Pakistan affirme ne pas être capable de mener une guerre de guérilla...et pourtant, ces Taliban et al-Qaïda, ainsi que d'autres groupes extrémistes basés au Pakistan comme Lashkar-e-Taiba à l'origine des attaques de Mumbai/Bombay, n'en veulent pas seulement aux Etats-Unis ou à l'Inde. Ils s'en prennent ausi directement au Pakistan, pays à la fois créateur, hôte, facilitateur et victime du terrorisme islamiste. En renforçant les Taliban, c'est sa propre sécurité que le Pakistan met à mal...sans compter les risques de dérapages avec l'Inde si les Taliban venaient à héberger les groupes anti-Indiens...
Avec cette nouvelle annonce, la guerre américaine en Afghanistan semble encore à la fois plus mal embarquée, mais aussi d'autant plus nécessaire qu'il faut empêcher les Taliban de contrôler une région plus grande encore. Pas seulement parce que les Taliban prônent des valeurs complètement antagonistes aux nôtres, mais parce que le risque de voir l'Afghanistan redevenir un sanctuaire pour terroristes est une menace directe pour l'Europe. Il est donc grand temps que les Européens s'investissent davantage en Afghanistan.
Publié par
Europe in the World
à
02:08
3
commentaires
Libellés : Al-Qaïda, Asie, Europe, Insurrection, Talibans
mercredi 23 juillet 2008
Terroristes pour quelques Dollars
1,000 roupies par jour, soit 6 euros. C'est la somme qu'offrent les Taliban à quiconque veut rejoindre le jihad afghan/pakistanais. Pour les kamikazes, la prime est encore plus attrayante: 80 euros. Une belle somme dans un pays dont l'économie locale est complètement ravagée par la guerre. En outre, rapporte Arnaud de Borchgrave pour UPI, les Taliban conduisent de nombreux raids dans les régions tribales pakistanaises, se livrant à des activités de pillage et de kidnapping contre rançons.
Il s'agit là d'une dérive observée dans plusieurs autres groupes: l'évolution vers une forme de terrorisme à but lucratif. Dans un article intitulé "For-Profit Terrorism: The Rise of Armed Entrepreneurs", publié dans Studies in Conflict and Terrorism, Justine Rosenthal décrit cette tendance:
The illicit economy is on the rise. Counterfeit goods, drugs, people, and information all flow easily across increasingly porous borders. This has led to three growing phenomena: high-end criminals; the criminal state; and of particular concern in the face of a growing global insurgency, for-profit terrorists. These violent actors are groups that were originally ideologically motivated but now use this political rhetoric only to recruit and gain legitimacy; their real purpose is a bigger bottom line. For-profit terrorism is a burgeoning, but under-the-radar trend.
(…)
These terrorists are able to increase their ranks both because enrollment in the “cause” has ideological appeal and also because participation often provides a better standard of living than subsistence farming or any of the other legal economic opportunities out there—if there are any at all. Although there is much debate as to linkages between poverty and terrorism,62 low standards of living and unemployment play a predominant role in population control and recruitment because profiteering terrorists’ modus operandi involve the accumulation of wealth. When one considers that the way these groups thrive is by offering better earnings to the downtrodden, it is hard to ignore the need to raise the standard of living in some of the states that breed these terrorists. It is not, of course, a panacea. But if there is any real political grievance associated with for-profit terrorism it is the rampant poverty of much of the population.
Cette tendance vers le terrorisme lucratif renforce également la complexité du débat sur le lien entre pauvreté et terrorisme, dont j'ai déjà parlé dans ce blog. En effet, déjà sous une forme "non-lucrative", de nombreux groupes rémunèrent leurs membres, ce qui pousse certains individus marginalisés à joindre le groupe. En outre, pour de multiples raisons, le terrorisme peut parfois proliférer plus facilement dans des milieux défavorisés, comme au Maroc, où la plupart des réseaux islamistes sont profondément ancrés dans les bidonvilles.
Dès lors, dans sa forme "lucrative", le terrorisme peut exploiter encore davantage la pauvreté et les inégalités économiques pour recruter de nouveaux membres.
Tout ceci ne veut pas dire pour autant qu'il faille automatiquement connecter terrorisme et pauvreté. En fait, comme déjà souligné précédemment, le lien est complexe et indirect. Cependant, lorsqu'un groupe évolue vers une forme "lucrative", les causes économiques peuvent devenir de plus en plus importantes dans la stratégie contre-terroriste. L'évolution de l'insurrection talibane devrait être suivie de près à ce niveau.
Publié par
Europe in the World
à
23:25
1 commentaires
Libellés : Afghanistan, Insurrection, Pakistan, Talibans, Terrorisme
dimanche 4 mai 2008
Glissement de Pôle Tactique en Afghanistan
Un article paru dans le dernier numéro de l'Economist indique un glissement tactique de la part des Taliban en Afghanistan. Selon l'hebdomadaire britannique, le nombre d'actes de terrorisme a augmenté en comparaison aux actes de guérilla. Cela semble confirmer l'idée de "dynamique insurrectionnelle" dont j'ai déjà parler dans ce blog et qui sera davantage développée dans un article que j'ai écrit avec Stéphane Taillat, à paraître dans un prochain numéro de Défense et Sécurité Internationale.
Concernant la récente tentative d'attentat contre le président afghan Hamid Karzaï, je recommende la lecture de cet article de John Mackinley (du King's College) et la réponse de Nick Walton (de la BBC) sur l'objectif de "propagande" de cette attaque.
Publié par
Europe in the World
à
18:49
0
commentaires
Libellés : Afghanistan, Insurrection, Talibans, Terrorisme
lundi 10 mars 2008
La Politique Contre-Terroriste Ambigüe de Musharraf
Le terrorisme au Pakistan est une matière complexe et délicate. Islamabad a parfois ouvertement supporté des groupes terroristes/insurgés pour servir ses intérêts. C’était le cas dans les années 80 quand le Pakistan soutenait les moudjahiddines, ou dans les années 90 en soutenant les Taliban. Cependant, depuis le 11 septembre, Musharraf se trouve dans une situation embarrassante : allié des Etats-Unis, il veut faire bonne figure dans la « guerre contre le terrorisme », ce qui l’oblige à se retourner contre ses anciens alliés. Cette politique a créé quelques tensions au sein de l’armée, mais aussi beaucoup d’amertume parmi les groupes terroristes qui se sont retournés à leur tour contre le régime pakistanais. En bref, le 11 septembre et la guerre américaine contre le terrorisme s’est traduite au Pakistan par une intensification du « front asymétrique », c’est-à-dire un accroissement de la lutte entre le gouvernement et les groupes terroristes/insurgés, mais aussi par le développement d’une stratégie ambigüe qui ne peut se comprendre que lorsque vue dans sa totalité. Les dilemmes de Musharraf
Les groupes terroristes au Pakistan
De manière générale, les groupes terroristes pakistanais peuvent être regroupés dans cinq grandes catégories :
Dans un article publié par Carnegie Endowment, Ashley Tellis explique la stratégie complexe du régime Musharraf en matière de contre-terrorisme. Tout d’abord, en rejoignant la coalition américaine contre le terrorisme, Musharraf s’est donné la légitimité nécessaire à l’éradication de groupes terroristes présents au Pakistan. Cependant, il a agi de manière sélective, en réprimant les groupes qui posaient un danger potentiel contre Islamabad, tout en épargnant voire en soutenant d’autres groupes utiles à la politique étrangère du Pakistan. Les efforts en matière de contre-terrorisme se sont donc concentrés dans un premier temps sur les groupes sunnites Lashkar-e-Jhangvi, Sipah-e-Sahaba Pakistan, Harkat-ul-Mujahideen al-Alami, Jundullah, et Harkat-ul-Jihad-e-Islami, ainsi que sur le groupe chiite Sipah-e-Muhammad.
La relation entre Musharraf et les groupes terroristes du Kashmir est ambigüe. Le Pakistan avait de longue date financé et armé ces nombreux groupes qui attaquent l’Inde depuis le Kashmir pakistanais. En joignant la coalition contre le terrorisme, Musharraf n’a pas interrompu son soutien, mais plutôt remplacé son soutien matériel par un soutien moral. Néanmoins, depuis l’amélioration des relations entre l’Inde et le Pakistan, Musharraf a dû aller encore un cran plus loin dans son contrôle sur les terroristes kashmiri. Désormais, il tente dans la mesure du possible de moduler l’action des groupes terroristes en fonction de l’état des relations entre l’Inde et le Pakistan, de manière à rejeter la faute sur le manque de volonté indien lors d’attentats terroristes.
La relation entre le Pakistan et les Taliban afghans est fort similaire à celle avec les Kashmiri. Dans les années 1990, le Pakistan avait participé à la montée des Taliban dans un souci d’établir un régime amical le long de sa frontière Ouest, et surtout d’éviter une interférence de l’Inde. Dès lors, le régime Musharraf s’est montré assez peu enclin à poursuivre les Afghans qui se sont réfugiés dans les zones tribales pakistanaises. Il semble que l’armée laisse une relative liberté aux Taliban afghans, ce que semble confirmer les statistiques : le Pakistan a capturé et tué nettement plus de membres d’al-Qaïda que de Taliban. En outre, le Pakistan est inquiet au regard du rôle grandissant de l’Inde dans la reconstruction de l’Afghanistan, simultanément à une détérioration des relations entre Kaboul et Islamabad. Le Pakistan reste toujours préoccupé par l’instauration d’un régime hostile à sa frontière occidentale.
A l’inverse, la relation avec les Taliban pakistanais est beaucoup plus tendue puisque ces derniers ont lancé de nombreuses attaques contre le gouvernement, et Musharraf a accusé Mehsud pour l’assassinat de Benazir Bhutto. Le Pakistan a aussi développé des efforts considérables contre al-Qaïda, malgré les liens – directs ou indirects – qui unissaient jadis le groupe de Ben Laden au Pakistan, et malgré l’impopularité de cette action auprès d’une partie de la population pakistanaise acquise à la cause d’al-Qaïda. Le Pakistan a actuellement plus de 85.000 militaires déployés le long de la frontière avec l’Afghanistan, dont 600 ont déjà perdu la vie.
Publié par
Europe in the World
à
01:09
0
commentaires
Libellés : Afghanistan, Al-Qaïda, Insurrection, Pakistan, Talibans, Terrorisme
dimanche 3 février 2008
Hôtel Serena: le Ministre Norvégien Etait la Cible
Le porte-parole des Talibans a confirmé à un membre de la fondation NEFA, une organisation spécialisée dans le terrorisme islamique, que le ministre des affaires étrangères norvégien, Jonas Gahr Stoere, était bien la cible de l'attentat qui a frappé l'hôtel Serena à Kaboul le 14 janvier dernier. Sept personnes étaient mortes lors de l'attaque.
Zabiullah Mujahid a déclaré que les quatre Talibans responsables de l'opération visaient précisément le ministre norvégien. "Notre cible était ces étrangers qui ont un rôle militaire en Aghanistan et menacent l'indépendance du pays", a-t-il dit lors de l'interview dont la transcription est disponible sur le site de la fondation NEFA.
Concernant la récente vague de violence au Pakistan et l'assassinat de Benazir Bhutto, le porte-parole taliban nie toute implication des insurgés afghans. "Les moujahidines afghans n'ont joué aucun rôle dans la crise pakistanaise", a-t-il affirmé. "Les Talibans afghans se concentrent sur l'Afghanistan, ils n'interfèrent pas dans les affaires pakistanaises. (...) Les Moujahidines de l'Emirat Islamique sont basés en Afghanistan, le leadership est en Afghanistan, et nos activités ont lieu en Afghanistan. Cette élection [présidentielle pakistanaise] est une affaire interne au Pakistan. (...) Cela ne nous intéresse pas qui gagne les élections pakistanaises".
Publié par
Europe in the World
à
23:34
5
commentaires
Libellés : Afghanistan, Insurrection, Pakistan, Talibans