J'avais présenté un article hier qui évoquait la possibilité de normaliser la guerre irrégulière aux Etats-Unis. Il semblerait que ce soit fait puisque le Pentagone a passé une directive élevant de telles opérations au même niveau d'importance que la guerre conventionnelle. Il s'agit là bien évidemment d'une adaptation de taille de l'armée américaine au nouveau contexte mondial. Néanmoins, comme je l'avais déjà exprimé, je ne suis pas entièrement convaincu que cela soit judicieux, ou du moins tout dépend du type d'opération irrégulière dont il est question. En effet, on sait désormais que les plans initiaux de gagner la guerre d'Irak version 2003 en quelques jours grâce aux groupes spéciaux n'ont pas fonctionné. De même, plusieurs opérations clandestines anciennes ou plus récentes ce sont avérées soit inefficaces soit carrément contre-productives lorsque révélées au grand jour. D'un autre côté, les leçons de la contre-insurrection en Irak et en Afghanistan aujourd'hui doivent être apprises et instituées (cf John Nagl), et à cet égard le conflit asymétrique doit gagner en importance dans les académies militaires. Donc, en résumé, je dirais qu'il faut apprendre les leçons et les enseigner aux futures générations tout en se méfiant de surestimer l'efficacité des opérations spéciales. En outre méfions-nous de la tentation de la guerre irrégulière qui sera d'autant plus grandissante qu'une nouvelle génération de soldats aura été formée pour la combattre.
vendredi 5 décembre 2008
Institutionnaliser la Guerre Irrégulière
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jeudi 4 décembre 2008
Normaliser la Guerre Non Conventionnelle
Voici quelques extraits d'un article assez intéressant publié par ISN. Je ne suis pas d'accord avec l'argument de l'auteur, mais disons que la réflexion est intéressante. Qui plus est, je retiens de différentes discussions personnelles et conférences à Washington que le rôle des forces spéciales et bel et bien en pleine expansion. Dès lors, il n'est pas inutile de considérer avec attention le scénario de l'auteur. Extraits:
Robert Martinage, a senior fellow at the Center for Strategic and Budgetary Assessments (CSBA), advocated in a Washington briefing last month an expanded role for US special forces, including, as in the battle of Tora Bora, the "use of non-state actors against other non-state actors."
The field manual for US Army special operations defines partnering with irregular forces as "unconventional warfare" during one of the missions of US special operations forces. Martinage's proposal is in sync with army thinking: The special ops field manual, which was published in September 2008, emphasizes unconventional warfare over other special operations missions such as civil affairs, foreign internal defense (which involves direct aid to local government forces), information operations and psychological operations.
(...)
If CSBA's analysis is accepted, special operations forces - elite, highly trained military units that conduct operations that exceed the capabilities of conventional forces - will become increasingly mainstream in responding to all of these emerging threats. One reason is that the US does not have a good track record of predicting where military intervention will be required, according to Andrew Krepinevich, CSBA's president and a retired army officer.
"If we can't predict future conflicts," he told ISN Security Watch, "we've got to adapt quickly to emerging threats."
The flexibility and maneuverability of special operations forces, so the argument goes, provides one answer to that challenge.
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mercredi 8 octobre 2008
ONG et COIN: Acronymes Antithétiques?
Le 5 octobre dernier, le ministre français des affaires étrangères, Bernard Kouchner, déclarait: "Officiellement, nous n'avons aucun contact avec le Hamas mais officieusement, il y a des organisations internationales qui entrent dans la bande de Gaza, en particulier des ONG françaises qui nous donnent des informations". Sans surprise, les ONG, Médecins Sans Frontières (MSF) en tête, se sont cabrées et ont accusé le ministre dans un communiqué de "semer la confusion" et "nuire à leurs activités".
La phrase de M. Kouchner, remettant officiellement en cause l'indépendance des ONG, était bien entendu maladroite, voire même dangereuse pour le personnel humanitaire présent en Palestine et ailleurs dans le monde. La réaction des ONG était donc attendue.
Cependant, cet incident ne devrait pas obscurcir le rôle important joué par les ONG, de manière générale, en contre-insurrection (COIN) et contre-terrorisme (CT). En effet, sur le terrain, entités humanitaires et unités militaires viennent souvent à cohabiter dans des zones instables. Ce qui a entraîné depuis toujours une coopération minimale, mais débouchant parfois sur davantage.
La coopération minimale et essentielle a été brillament synthétisée dans ce petit document de 2 pages, co-rédigé par les représentants de grandes ONG, des militaires américains, et des membres du gouvernement US. Concrètement, ces "guidelines" consiste à établir des lignes de contact entre ONG et militaires pour que chacune des deux institutions puisse mener au mieux ses activités dans un maximum de sécurité.
Néanmoins, ce que le document ne dit pas, c'est que les ONG jouent un rôle bien plus important en COIN. D'une part, les ONG sont présentes sur le terrain avant les militaires et partent longtemps après. Dès lors, leurs efforts pour le développement (composante intégrale de la COIN) sont bien plus durables. D'autre part, la présence des ONG et leur connaissance du terrain constituent une source d'intelligence inestimable pour les militaires. Une grande partie de ces renseignements sont donnés spontanément par les ONG sans compromettre leur indépendance (détails sur culture, terrain, besoins de la populations, tensions...). Une autre partie des renseignements (par exemple, la location d'une cache terroriste) sont parfois connus du personnel humanitaire mais transmis de manière inégale, non pré-établie aux militaires. Dans ce dernier cas, la transmission de l'information dépend surtout de la qualité de la relation s'étant établie entre humanitaires et militaires.
Certaines ONG sont également plus engagées en COIN que d'autres. Alors que beaucoup d'ONG clament leur "neutralité" (passons le débat sur ce terme, de même que le fait que certaines ONG finissent par involontairement faire perdurer les conflits et aider les forces rebelles), d'autres ONG choisissent de soutenir ouvertement un camp. C'est le cas, notamment, de WorldWide Impact Now, dont le directeur est un colonel à la retraite mais qui enseigne dans un collège militaire. WIN (les initiales sont révélatrices!) est notamment engagée dans le soutien de l'insurrection bouddhiste en Birmanie.
Notons, d'autre part, que les insurgés et les terroristes ont également recours aux ONG pour soutenir leur cause. Il existe de nombreux cas d'organisations humanitaires qui sont en réalité des vitrines pour le financement d'organisations terroristes. D'autres organisations humanitaires servent parfois de couverture pour le fonctionnement même d'une organisation, comme ce fut le cas en Bosnie dans les années 1990, lorsque plusieurs ONG islamiques étaient en réalité des groupes terroristes. Enfin, les terroristes n'hésitent pas à usurper des symboles mondialement connus (croix-rouge, ambulances...) pour perpétrer des attentats.
En conclusion, les ONG se trouvent souvent prises en tenaille au milieu d'un champs de bataille qui les dépasse. D'un côté, les militaires cherchent à obtenir un maximum d'eux, c'est-à-dire à compromettre leur indépendance. D'autre part, les insurgés prennent souvent le personnel humanitaire pour cible, et ont même développé leurs propres ONG, semant ainsi davantage de confusion. Dans le nouveau paradigme de "guerre globale contre le terrorisme", les ONG sont bien plus au centre de ce conflit qu'elles ne le réalisent.
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Libellés : Insurrection, Militaire, Terrorisme
lundi 22 septembre 2008
Sur le Recours à l'Armée en Occident
Je lis que l'Italie va peut-être déployer l'armée pour lutter contre la mafia, une proposition qui n'est pas entièrement nouvelle. Je me demande dans quelle mesure cette proposition est liée à la revalorisation de l'armée grâce à la "guerre contre le terrorisme", et à un parallèle établit (parfois à tort, parfois à raison) entre criminalité et terrorisme?
Dans tous les cas, je suis en général peu enclin à voir des militaires déployés en Europe pour des raisons, me semble-t-il, évidentes. Qui plus est, la mafia est un phénomène criminel qui doit et peut (où sont passés Elliott Ness et Giovanni Falcone?) être combattu par les moyens policiers et judiciaires. L'outil militaire a bien des usages, mais pas celui-ci.
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jeudi 14 août 2008
Implications du Conflit en Ossétie du Sud
Le Caucase n'est pas vraiment ma région de prédilection, et le conflit actuel en Géorgie n'est pas non plus véritablement asymétrique. Néanmoins, après avoir assisté à un très intéressant meeting à la Brookings Institution, je voudrais soulever quelques points. Non pas tant sur le conflit, qui est largement couvert par ailleurs, mais plutôt sur ses implications.
Premièrement, les troupes russes ont poussé l'offensive jusque Gori, qui se trouve au-delà de la frontière de l'Ossétie du Sud, très certainement pour démontrer à la Géorgie mais aussi au reste du monde que la Russie est prête à mettre en oeuvre tous les moyens nécessaires pour défendre ses intérêts. En outre, et de manière plus anecdotique (quoique...), Gori est la ville où Joseph Stalin a vu le jour. Tout un symbole du réveil de l'Ours russe...
Deuxièmement, quelle part de responsabilité les Européens ont-ils dans ce conflit? Bien que la question paraisse absurde, elle est très sérieusement posée par les intellectuels américains. En effet, résistant aux pressions américaines, les Européens (la France et l'Allemagne en tête) avaient refusé d'engager la Géorgie dans le processus d'adhésion à l'OTAN lors du dernier sommet de Bucarest, tout en déclarant que la Géorgie était destinée à rejoindre l'Alliance Atlantique. Soit, une belle manière d'effrayer les Russes en n'offrant que peu de garanties aux Géorgiens. Dès lors, la question se pose: les Russes auraient-il réagi de la même manière si l'OTAN avait lancé un partenariat avec la Géorgie? De même, qu'aurait fait l'OTAN? Dans le meilleur scénario, la guerre était évitée. Dans le pire, la guerre était ouverte entre l'OTAN et la Russie...
Troisièmement, interrogeons-nous rapidement sur les options disponibles pour rétablir et maintenir la paix en Géorgie. Une action sous le drapeau de l'OTAN est évidemment exclue, puisque cela reviendrait à provoquer directement la Russie. Quant à une mission sous drapeau européen, cela semble peu probable pour des raisons similaires. Reste donc les Nations Unies et l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) qui ont toutes deux des contingents limités sur place depuis les années 1990. La mission de l'OSCE va être probablement étendue, mais qui va participer à cette mission? Les Russes vont-ils tolérer par exemple la présence d'anciens pays soviétiques? En outre, quel équilibre peut-être atteint en Ossétie entre troupes de maintien de la paix russes, troupes géorgiennes et troupes internationales?
Quatrièmement, quelles sont les conséquences du conflit pour la Russie? Loin de vouloir toutes les énumérer ici, disons simplement qu'il s'agit d'un message fort à tous ceux qui pensent confronter la Russie un jour. C'est en particulier un signal fort lancé aux Ukrainiens qui espèrent rejoindre l'UE et l'OTAN. Par contre, l'encouragement du séparatisme par les Russes pourraient très bien se retourner contre eux dans les diverses provinces du Caucase comme la Tchétchénie, l'Ingouchie ou le Dagestan.
Cinquièmement, le conflit a également d'importantes implications régionales. D'abord, l'Azerbaidjan regarde très certainement le conflit avec attention et en tirera les conséquences nécessaires par rapport à son conflit dans le Karabakh. De même, la Chine observe très certainement avec beaucoup d'attention la réaction de l'occident pour en tirer des conclusions relatives à ses propres objectifs (Taiwan, quelqu'un?). Enfin, l'Iran pourrait bien bénéficier des tensions entre Moscou et l'Occident qui mettent temporairement le dossier iranien entre parenthèses.
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Libellés : Militaire
mardi 1 juillet 2008
Nouvelle Publication (en Français svp!): Insurrection Dynamique
Certains l'attendaient depuis longtemps, eh bien la voici: ma première publication en français (mis à part mon blog et mes articles pour Le Soir bien entendu). Donc précipitez-vous chez votre libraire le plus proche pour vous procurer le dernier numéro de DSI (Défense et Sécurité Internationale, numéro 39) et lire avec enthousiasme (un petit peu quand même, svp) "Entre Mao et Clausewitz : évolution dynamique de la contre-insurrection en Irak (2003-2008)" que j'ai co-rédigé avec Stéphane Taillat. Bonne lecture.
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Libellés : Al-Qaïda, De Tout, Insurrection, Irak, Militaire, Moyen-Orient, Terrorisme
vendredi 27 juin 2008
C2SD: Les Militaires et le Contre-Terrorisme
Le Centre d'études en sciences sociales de la Défense (C2SD) vient de publier un nouveau rapport extrêmement instructif intitulé " Le rôle des militaires dans la lutte contre le terrorisme [Comparaisons européennes]", par Philippe Bonditti, Colombe Camus, Stephan Davidshofer, Emmanuel-Pierre Guittet, Jean-Paul Hanon et Christian Olsson. Petit résumé du rapport disponible dans son intégralité ici:
Allemagne: Prépondérance totale du civil sur le militaire, avec un fort accent mis sur la centralisation du renseignement et sur la prévention. Les auteurs rejoignent un constat que j'avais déjà dressé auparavant: Bien qu'identifiant la menace islamiste comme originaire du Moyen-Orient et d'Asie, l'Allemagne a surtout développé son appareil sécuritaire interne, bien que là aussi le débat sur les libertés civiles a freiné de nombreuses résolutions.
Espagne: Malgré une volonté des militaires de s'engager davantage dans la lutte contre-terroriste, le domaine reste essentiellement civil. Cependant, la Guardia Civil (qui a un statut militaire) est impliquée dans la lutte contre le terrorisme, et les forces espagnoles ont été impliquées, comme les autres forces européennes, dans les territoires irakiens et afghans. La surveillance des frontières, par contre, est essentiellement devenu une affaire militaire (guardia civil) depuis les attentats de Madrid et les débats qui ont suivi sur la relation entre immigration et terrorisme.
Grande-Bretagne: Le rôle des forces militaires s'ancre historiquement dans le conflit nord-irlandais où étaient appliquées les techniques contre-insurrectionnelles britanniques, mises en oeuvre notamment par les forces spéciales. Au Royaume-Uni, contrairement à ce qui se passe dans d'autres pays européens, l'accent est mis sur l'offensive plutôt que sur la protection, ce qui explique l'investissement en Irak et en Afghanistan. Par contre, à domicile, le rôle des militaires est quasi nul, si ce n'est en terme de partage des renseignements (centralisation des renseignements).
France: L'expérience de lutte contre le terrorisme islamiste remonte aux années 1980. Dès lors, la France n'a pas eu à fondamentalement modifier sa politique contre-terroriste après les différents attentats de 2001, 2004 et 2005. Cependant, depuis le livre blance de 2006, les militaires ont commencé à demander davantage de pouvoirs, ou du moins des clarifications sur leurs missions. Le nouveau livre blanc était sensé répondre à ces attentes.
Union Européenne: Bien que l'UE dispose de quelques fonctions en matière de contre-terrorisme, son engagement demeure limité. Le rôle des militaires, encore plus. Pour l'UE, le contre-terrorisme est encore essentiellement une matière policière et judiciaire, mais plus par limite de moyens que par véritable volonté.
OTAN: La composante militaire est évidemment prépondérante au sein de l'OTAN.
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Libellés : Europe, Militaire, Terrorisme
mercredi 9 avril 2008
Témoignages de Petraeus et Crocker Devant le Congrès US
Le grand événement à Washington ce mardi, c'était bien évidemment l'arrivée du général Petraeus, chef des opérations militaires en Irak, et de l'ambassadeur américain Ryan Crocker. Les deux hommes témoignaient devant le Sénat américain ce mardi et ils témoignent devant la chambre des représentants ce mercredi. Je n'ai regardé que le témoignage de ce matin (le plus intéressant). Pas de grande surprise en soi. Petraeus a demandé pour une pause de le retrait des troupes américaines, comme annoncé depuis longtemps. Le témoignage de Petraeus est accessible ici. Ses graphes sont accessibles ici. Le témoignage de Crocker ici.
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Libellés : Etats-Unis, Irak, Militaire
dimanche 6 avril 2008
Langage et Contre-Insurrection
Les auteurs du blog Abu Muqawama soulignent de manière assez juste l'importance de la barrière linguistique dans les opérations de contre-insurrection. Dans le cas irakien, disent-ils, les Américains se sont retrouvés contraints de soutenir le mouvement pro-iranien du Conseil Suprême Islamique en Irak (CSII), aux dépends du groupe de Moqtada al-Sadr, parce que seuls les membres du CSII parlaient anglais. Le rôle de la langue souligne encore une fois, s'il le fallait, que les opérations militaires sont souvent dépendantes de facteurs inattendus et incontrôlables qui forcent certaines décisions et modifient profondément le cours des choses. Cette stratégie pourrait évidemment (a déjà) des conséquences énormes sur l'issue du conflit en Irak.
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Libellés : Etats-Unis, Insurrection, Irak, Militaire
vendredi 4 avril 2008
Débat sur les Civils en Période de Guerre
« Le sort des civils pendant la guerre est souvent négligé par la littérature scientifique », a reconnu Marc Lynch, auteur de l’excellent blog Abu Aarvark, lors du discours d’introduction pour un débat qui se tenait ce vendredi à la George Washington University concernant les victimes civiles de la guerre. « Il existe une littérature abondante sur les causes de la guerre et aussi sur les solutions, mais très peu d’études se penchent sur la conduite de la guerre, ce qui comprend le traitement de la population civile », a dit Paul Huth, professeur à l’université de Maryland.
Paul Huth, Colin Kahl et Marc Lynch débattent à la George Washington University.
Paul Huth étudie en ce moment les raisons qui poussent certains gouvernements à tuer délibérément des civils pendant des conflits interétatiques (les guerres civiles étant l’objet d’autres études). Selon lui, les guerres ayant fait un grand nombre de victimes civiles délibérées sont extrêmement rares. Généralement, les guerres font beaucoup plus de victimes délibérées parmi les soldats que parmi la population civile. Trois facteurs, selon Paul Huth, accroissent le nombre de victimes civiles délibérées : le type de guerre (les opérations de contre-insurrection tuent davantage) ; l’objectif de la guerre (les guerres de conquête sont plus meurtrières) ; et la durée de la guerre (plus la guerre est longue, plus il y a de victimes).
Pourquoi tuer délibérément des civils ? Deux raisons : mettre fin à la guerre lorsque les moyens militaires ont échoué, et réduire le coût de la guerre. Finalement, dit Huth de manière assez pessimiste, « il semble que les normes internationales n’aient aucun pouvoir restrictif sur les tueries de la population civile ».
Colin Kahl, professeur à Georgetown University et spécialiste des opérations américaines en Irak, a relayé le débat qui entoure l’estimation des victimes civiles en Irak depuis 2003. L’organisation Iraq Body Count estime le nombre de morts violentes parmi la population depuis 2003 à 90.000. Selon Kahl, « il est fort probable que ce nombre soit bien en dessous de la réalité ».
Cependant, explique Kahl, les Etats-Unis ne sont pas responsables pour toutes ces morts. Il estime entre 10.000 et 20.000 le nombre de civils tués par les Américains lors d’opérations, ou d’échanges de tirs. « Ce nombre peut paraître élevé, dit Kahl, mais en comparaison avec d’autres conflits similaires, cela reste 100 fois inférieur aux Russes en Tchétchénie et 10 fois inférieur au Vietnam ». Colin Kahl conclut en disant que cela reflète un apprentissage des Américains au niveau tactique et stratégique de l’importance de la protection de la population civile.
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Explosion des IEDs...sur le marché
L'utilisation de bombes improvisées (Improvised Explosive Devices - IED) est en augmentation à travers le monde, selon un rapport TRITON. L'IED est l'une des armes favorites des insurgés irakiens. Chaque mois, environ 600 de ces engins explosifs explosent, principalement le long des routes contre des convois militaires de la coaltion. Les IED sont aussi utilisés en Afghanistan.
TRITON, cependant, prévient que l'utilisation des IED se propage au-delà des théâtres irakiens et afghans. Il y aurait entre 200 et 300 explosions d'IED à travers le monde, en dehors de ces deux pays. Principalement en Somalie, au Sri Lanka, en Inde et en Thailande. Les experts militaires craignent que les IED deviennent, globalement, l'arme de prédilection des insurgés/terroristes. Les IED sont faciles à construire, difficiles à détecter, et extrêmement meurtriers.
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Libellés : Afghanistan, Insurrection, Irak, Militaire, Terrorisme
mardi 1 avril 2008
La Cyberguerre Aura Lieu sur YouTube
Les groupes terroristes sont passés maîtres dans l’utilisation d’internet. Que ce soit pour recruter de nouveaux membres et communiquer leurs messages via des forums spécialisés, ou carrément pour lancer des cyberattaques contre des sites gouvernementaux. De leur côté, les services de renseignement ont appris à s’adapter. D’une part en surveillant, en infiltrant, et éventuellement en piratant les nombreux forums terroristes ; d’autre part, plus récemment, en se lançant dans des campagnes de recrutement/séduction via internet, comme indiqué par le nouveau blog du Shin Bet israélien, ou par la dernière campagne de recrutement de l’US Air Force intitulée « Un Monde Changeant ».
Grâce à YouTube, le site populaire de partage de vidéos, la guerre de propagande sur internet atteint désormais des niveaux jamais égalés. Depuis plusieurs mois, on remarque un accroissement important du nombre de vidéos jihadistes postées sur YouTube. En janvier 2007, par exemple, al-Qaïda en Irak (AQI) a créé sa propre chaîne télévisée sur le site. La chaîne comprend un grand nombre de vidéos d’attaques contre les forces de la coalition en Irak. Un certain nombre de discours propagandistes est également disponible. En outre, dans une stratégie de conquête des « cœurs et des esprits » des Irakiens, la chaîne télévisée comprend également un clip vidéo intitulé « Prendre soin de la population civile pendant le Jihad » dans lequel les terroristes décident de ne pas faire exploser une bombe au moment du passage d’un convoi militaire en raison de la présence de civils à proximité.
Le problème de la propagande terroriste sur YouTube est pris très au sérieux étant donné la capacité du site de partage à toucher des millions de téléspectateurs à travers le monde. YouTube constitue un nouveau casse-tête pour les services de renseignement qui doivent chaque fois apprendre à s’adapter aux nouvelles stratégies des groupes terroristes. Le nombre élevé de nouvelles vidéos postées chaque jour rend un contrôle effectif du flux presque impossible, aussi bien pour les administrateurs du site, que pour les agences de surveillance.
Dès lors, la solution pourrait bien résider dans le développement d’une intense campagne de contre-propagande. Du moins, c’est ce que semble suggérer le journal The Marker. Selon le journal économique israélien, le gouvernement d’Ehud Olmert serait l’instigateur de la mise en ligne de trois vidéos liées à l’attaque de la Yeshiva Mercaz Harav sur YouTube. L’un des films montre les lieux de l’attentat avec en sous-titre l’appel aux urgences passé par un étudiant pendant l’attaque. La vidéo a été visionnée plus de 5.300 fois en une nuit. L’objectif de ces vidéos est de montrer les horreurs du terrorisme et ainsi dénier toute légitimité aux groupes terroristes.
Selon The Marker, cette nouvelle stratégie pourrait se généraliser lors de futures attaques. Et peut-être d’autres pays choisiront-ils de suivre le modèle israélien s’il s’avère efficace. YouTube devient ainsi le dernier support en date où s’opposent propagandes et contre-propagandes.
Tous à vos postes (informatiques) : la cyberguerre aura lieu sur YouTube.
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Libellés : Al-Qaïda, Cyber, Etats-Unis, Irak, Militaire, Proche-Orient, Terrorisme
jeudi 27 mars 2008
Bombardements Aériens au Pakistan en Augmentation
Les Etats-Unis ont accru le nombre de bombardements aériens via drones au Pakistan. Ces bombardements devraient encore s'accentuer, selon des militaires américains, qui craignent la fin du support pakistanais à ce genre d'opérations. Dès lors, les Américains espèrent frapper al-Qaïda aussi fort que possible grâce à la technique appelée "secouer l'arbre". Le mois dernier, un bombardement aérien orchestré par la CIA avait permis d'éliminer l'un des chefs d'al-Qaïda. Cependant, cette technique prsente de nombreux désavantages, notamment en accroissant la colère de la population locale contre les Etats-Unis et le gouvernement pakistanais, ce qui conforte les terroristes et les insurgés dans leurs positions.
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Libellés : Al-Qaïda, Etats-Unis, Militaire, Pakistan, Terrorisme
mardi 25 mars 2008
Briser les Mythes
Ces derniers jours, je suis tombé sur deux lectures assez intéressantes. Non pas que ce soit quelque chose d'inhabituel, mais je trouve important de mentionner ici ces deux articles parce qu'ils brisent deux mythes tenaces, et l'un des objectifs avoué de ce blog est de briser ces mythes.
Le premier article s'intitule "Exposure", paru dans le magazine The New Yorker. Il raconte le cheminement singulier qui a mené des hommes et des femmes ordinaires à commettre les pires atrocités dans la sombre enceinte d'Abu Ghraib. Les auteurs expliquent, par exemple, comment Sabrina, passionée de photos (en levant toujours les pouces en l'air sur chaque photo) et qui ne ferait littéralement "pas de mal à une mouche", s'est retrouvée à participer aux atrocités et à figurer sur des photos humiliantes avec des prisonniers irakiens les deux pouces en l'air...
Les auteurs de l'article ont également produit un documentaire intitulé "Standard Operating Procedure" sur le sujet, grand prix du jury à Berlin, bientôt en salles aux Etats-Unis. Voici la bande-annonce:
Le docteur Zimbardo de l'université de Stanford a déjà commenté à de nombreuses reprises sur les événements d'Abu Ghraib, en faisant référence à sa célèbre expérience qui démontre la facilité avec laquelle des êtres tout à fait normaux peuvent être amenés à commetre des actes qu'ils désapprouvent.
Le deuxième article intitulé "Shadowplays" paru dans The Nation, fait état de la "collaboration" palestinienne avec Israël. Brisant le mythe d'une résistance palestinienne unifiée, l'auteur (se basant sur un livre israélien qui vient d'être traduit en anglais) explique que de nombreux Palestiniens ont collaboré avec Israël (même avant l'indépendance israélienne), fournissant des renseignements permettant, entre autres, des frappes militaires. D'un autre côté, l'auteur souligne le caractère parfois (souvent?) involontaire de cette collaboration: soins hospitaliers contre renseignements. Ceux qui ne collaborent pas sont alors interdits dans les hôpitaux...
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jeudi 20 mars 2008
Irak-Afghanistan : La Guerre par les Airs
NOTE: L'article suivant avait été écrit à la demande du journal Le Soir il y a plus d'un mois. Comme il n'a finalement jamais été publié, je le met à votre disposition.
Dans le cadre des opérations militaires au Moyen-Orient, les Etats-Unis ont de plus en plus recours à la force aérienne. En 2007, il y a eu cinq fois plus de bombardements aériens en Irak que l’année précédente. Le nombre de bombes est passé de quatre par semaine à quatre par jour. En Afghanistan, les frappes aériennes étaient 20 fois plus nombreuses en 2007 que deux ans auparavant. Cette tendance pourrait se confirmer cette année.
Dernière illustration : l’opération « Phantom Phoenix ». Le 10 janvier, afin d’appuyer l’offensive américaine contre la branche irakienne d’al-Qaïda, deux bombardiers B-1 et quatre chasseurs F-16 larguaient 20 tonnes de bombes en 10 minutes dans la périphérie de Bagdad.
Une stratégie offensive
L’accroissement des bombardements aériens en Irak correspond au changement de stratégie initié par le général David Petraeus qui commande la force multinationale. La nouvelle stratégie, plus agressive, recommande de poursuivre les insurgés jusque dans les endroits les plus reculés. Tout en protégeant la population locale.
En Afghanistan, par contre, l’augmentation des bombardements a été plutôt réactive. Elle a fait suite à l’offensive talibane de 2006. En Irak comme en Afghanistan, le recours accru à l’aviation correspond à un nombre plus élevé de combats au sol. Mais pas seulement.
« Nous disposons d’un meilleur système de renseignements », explique le lieutenant-colonel James Gavrilis, expert en contre-insurrection. « Grâce à un nombre croissant d’alliés au sein de la population, nous recevons davantage d’informations sur l’ennemi et les endroits où il se cache. Nous pouvons alors lancer plus de bombes, avec plus de précision ».
Colin Kahl, professeur spécialisé sur l’Irak à l’université de Georgetown, souligne également que « certaines frappes aériennes sont destinées à protéger les troupes au sol. Pas à décimer des villages. » Une bombe qui explose à plusieurs mètres au dessus d’une route permet de faire sauter toutes les mines et autres explosifs qui jalonnent les dangereuses routes irakiennes.
L’utilisation des frappes aériennes présente aussi des inconvénients. En fait, elles sont généralement déconseillées, du moins en partie, lors d’opérations contre-insurrectionnelles. L’objectif militaire de ces dernières consiste très souvent à chasser des insurgés qui se cachent parmi la population. Cet objectif militaire se double d’un objectif politique : gagner le soutien de la populations locale. Difficile, dans de telles conditions, d’utiliser la force aérienne.
Le général Petraeus lui-même, dans son manuel sur la contre-insurrection, explique que « les bombardements, même avec les armes les plus précises, peuvent tuer par mégarde des civils. (…) Une frappe aérienne peut causer des dommages collatéraux qui vont provoquer le mécontentement de la population et servir la propagande des insurgés. (…) Pour toutes ces raisons, la force aérienne doit être utilisée avec précaution ».
« Bombarder n’est pas la meilleure option »
Les risques liés aux bombardements aériens sont déjà apparus clairement en Afghanistan. « Lorsque les bombardements ont quadruplé, le nombre de victimes civiles a triplé », explique Marc Garlasco, expert militaire pour l’organisation Human Rights Watch. « En Irak, le nombre de victimes civiles lié aux bombardements n’est pas disponible. Mais je suis très inquiet ».
« Le bombardement n’est pas la meilleure option dans le cadre d’opérations de contre-insurrection », reconnaît James Gavrilis, des forces spéciales américaines. « Mais ils peuvent être très efficaces. A condition d’être précis. Et de se justifier auprès de la population. Je crois que les bombardements de 2007 ont eu des conséquences positives en Irak ».
Les frappes aériennes offrent un dernier avantage. Lorsqu’un avion tire un missile sur un repère où se cachent des terroristes, cela évite un combat dangereux pour les troupes au sol. Une bombe peut épargner la vie de plusieurs soldats. Cet argument seul ne suffit pas à expliquer l’augmentation des bombardements. Au contraire, la nouvelle stratégie du général Petraeus expose les soldats à beaucoup plus de risques qu’auparavant. Ainsi, 2007 a été l’année la plus meurtrière pour les militaires américains en Irak.
Difficile de savoir si l’augmentation des bombardements est une manœuvre consciente pour épargner les soldats ou pas. Mais, politiquement, l’importance de l’argument ne fait aucun doute. Le support populaire pour la guerre en Irak est au plus bas. La pression pour « ramener les troupes à la maison » s’accroît. Et Petraeus est conscient que le soutien politique ne tient peut-être qu’à une vie.
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Libellés : Afghanistan, Etats-Unis, Insurrection, Irak, Militaire
mercredi 19 mars 2008
COIN: Soccer vs Football?
Je viens de tomber par hasard sur ce très court article datant de 2003, paru dans le Armed Forces Journal. Bien que je ne sois pas entièrement d'accord avec l'argument des auteurs, je trouve le concept très original et amusant.
Les deux auteurs expliquent que la culture américaine COIN est fortement imprégnée par la passion pour le football américain. Les joueurs sont concentrés en un groupe compact, et les avancées reposent sur la force, les ordres de l'entraîneur et la technologie (protections des joueurs, modes de communication élaborés).
A l'inverse, la stratégie des terroristes est plus proche du football (soccer). Les joueurs utilisent l'espace au maximum, une grande place est laissée à l'improvisation, les leurres sont fréquents, l'attaque de front marche rarement, et donc l'attaque surprise, rapide et indirecte est préférée.
Un article divertissant ;))
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vendredi 7 mars 2008
Le 'Marchand de Mort' Arrêté
Viktor Bout, le plus célèbre marchand d’armes de la planète, a été arrêté ce jeudi en Thaïlande. Des agents de la DEA (agence anti-drogue américaine) se sont fait passer pour des membres de la guérilla marxiste colombienne FARC et ont arrêté le « businessman » russe, prétextant un achat d’armes pour plusieurs millions. Viktor Bout était l’un des hommes les plus recherchés au monde, figurant sur la liste noire d’Interpol. Malgré cela, il vivait en toute impunité, en Russie, sous haute protection.
Le personnage de Bout est assez fascinant en soi. Mais ce sont surtout ses activités qui sont intéressantes, offrant un exceptionnel reflet de l’évolution de la guerre dans l’ ‘après-Guerre Froide’. Lorsque les Etats-Unis et la Russie ont arrêtés de fournir les multiples rébellions à travers le monde, coupant ainsi l’offre d’armes de manière abrupte, la demande n’en a pas pour autant diminué. Viktor Bout a alors saisi l’opportunité. Il était l’un des pionniers de ce que l’on appelle aujourd’hui la « privatisation de la guerre ».
Démarrant par le commerce de fleurs (achetées 1 dollar, revendues 100 dollars), Viktor Bout a développé son entreprise rapidement et, suite à divers contacts, il a réorienté ses affaires vers un commerce moins romantique : les armes. Au fil des années, il est devenu l’un des principaux fournisseurs en armement de différents groupes armés (y compris l’alliance du Nord en Afghanistan et les FARC en Colombie) et de gouvernements (il était très proche de nombreux dictateurs africains).
Surveillé depuis très longtemps (notamment par des enquêteurs belges), il n’avait cependant jamais été arrêté. Deux raisons peuvent expliquer cela. D’une part, il semble que ses activités s’inscrivaient dans le néant du droit international. Autrement dit, aucune loi n’interdisait à Bout de poursuivre son petit business. D’autre part, plusieurs gouvernements semblaient profiter des services de Viktor Bout.
Deux excellents articles sur Viktor Bout sont à mentionner ici. Le premier est de Douglas Farah, journaliste au Washington Post et auteur du livre « Marchand de Mort », sur Viktor Bout. Extraits :"9/11 changed Bout from an international pariah into a potential asset for U.S. intelligence services, and he quickly sensed the shift in his fortunes. Through an associate, he secretly contacted the CIA numerous times about providing weapons, helicopters, trucks and communications to the anti-Taliban Northern Alliance, according to U.S. documents and officials."
(...)"Two things make Bout unique: his airlift capacity and his easy access to stores of weapons that include the ubiquitous AK-47, attack helicopters and surface-to-air missiles. By the mid-1990s, this former Soviet air force officer had amassed more than 60 aircraft -- a fleet larger than the air forces of many NATO nations. Most of the airplanes were plucked from the former Soviet air fleet; scores of aircraft, from biplanes to super cargo carriers, had been left to rust on airstrips for lack of fuel and maintenance."
(...)"According to a 2006 Amnesty International report, Aerocom, a Moldovan-registered company linked to Bout, obtained a U.S. military contract in 2004 to fly 200,000 AK-47 assault rifles and millions of rounds of ammunition from Bosnia to Iraq. The day before the first Aerocom flight that August, the Moldovan government canceled its air-operations certificate, making any flights illegal. Bout was already on a U.N. and Treasury Department blacklist and was wanted by Interpol; Aerocom had been publicly cited in U.N. reports for illicit weapons trafficking. The flights took off nonetheless, but there are no records showing that they ever actually landed in Iraq. In other words: An international outlaw using unlicensed aircraft took control of U.S. government-purchased weapons -- which then disappeared."
Le second article est de Peter Landesman, paru dans le New York Times Magazine. Extraits :"Often, traffickers simply assume that authorities won't bother to check their cargo. In late September 2001, two weeks after the terrorist attacks in New York and Washington, a Hungarian trading company in Budapest filed a request to ship Ukrainian cargo to an American firm based in Macon, Ga. No one had ever heard of the Ukrainian company with the vanilla name -- ERI Trading and Investment Company -- and for good reason. A Hungarian bureaucrat making a random inspection of the cargo discovered that the shipment included 300 Ukrainian surface-to-air (SAM) missiles and 100 launchers. SAM's are light, mobile and easily hidden, and American agents later feared that they were going to be distributed to terrorists near America's major airports. (The cargo wasn't permitted to take off; the American buyer was arrested in June.)"
(...)"Bout flew U.N. peacekeepers to East Timor and Somalia, and possibly to Sierra Leone. (''The U.N. always goes for the cheapest contracts,'' Peleman said.) In 1994, during the Rwandan genocide, Bout said, the French government asked him to help implement Operation Turquoise to halt the fighting and facilitate aid shipments to refugees. Bout told me that he flew in 2,500 elite French troops. He also told me that he extracted Mobutu from Congo."
(...)"There is simply not a lot of law -- American, international or otherwise -- on arms trafficking. Since the mid-1990's, not one U.N. arms embargo has resulted in the conviction of an arms trafficker. The U.N. has no power to arrest. Interpol depends on the cooperation of local authorities. Astonishingly, despite having the toughest arms-trafficking laws in the world, the U.S. has not prosecuted a single case of arms trafficking."
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Libellés : Insurrection, Militaire, Terrorisme
mardi 4 mars 2008
Active Denial System: La Technologie Non-Létale dans la Guerre Asymétrique
Depuis quelques années, l’armée américaine a développé une technologie d’armement non-létale, connue sous le nom de « Active Denial System » (ADS). Cette technologie permet de rendre un ou plusieurs individus inoffensifs, sans faire ni mort ni blessé. Les promesses de cette technologie sont énormes, principalement dans le contexte asymétrique (terrorisme, insurrections ou mouvements populaires).
Etre capable de maîtriser un terroriste sans mettre en danger la vie de la population aux alentours demeure l’objectif ultime de tout expert contre-terroriste. Dans le cadre d’une insurrection, l’utilisation d’armes non létale permet d’éviter la violence indiscriminée et favorise la conquête des « cœurs et des esprits ». En outre, en Irak, cela renforcerait le récit narratif américain (poursuite des insurgés mais protection de la population). Dans le cadre de mouvements populaires, l’ADS permet de disperser une foule sans avoir à tirer un seul coup de feu. Drôlement efficace pour protéger une ambassade en évitant un bain de sang, par exemple. Bref, les usages seraient multiples et variés.
Evidemment, l’ADS ne remplacera jamais les armes létales, qui demeurent indispensables dans certaines missions. Il s’agit plutôt, pour l’armée, de trouver un équilibre idéal au niveau de l’armement qui corresponde au mieux aux besoins sur le terrain.
L’année dernière, l’armée faisait la démonstration de sa nouvelle arme : un radar monté sur un humvee, capable d’émettre des radiations à très haute température avec une très grande précision et qui vont instantanément maîtriser la cible. Un genre de rayon laser en quelque sorte. Les ondes ne pénètrent que quelques micro-millimètres sous la peau (l’épaisseur de trois feuilles de papier) sans causer aucune blessure, mais en créant l’impression d’être brûlé. Un autre type d’armement non-létal, déjà utilisé en Irak, consiste à émettre des ondes sonores insupportables, paralysant momentanément la personne visée. Cette technologie est connue sous le nom de « Long Range Acoustic Device » (LRAD).
L’ADS, à l’inverse du LRAD, n’est pas encore prêt à être utilisé en Irak ou en Afghanistan. L’émission 60 minutes de ce dimanche sur CBS expliquait que l’ADS, malgré sa capacité à sauver des vies, n’a toujours pas la confiance des militaires justement à cause de son caractère non-létal. L’ADS irait contre la culture interne militaire.
Pour le moment, l’ADS souffre surtout d’un problème de financement : le Pentagone ne veut pas investir plus d’argent tant que l’arme n’a pas fait ses preuves sur le terrain, mais l’ADS a besoin de fonds pour pouvoir être opérationnalisé. Le rayon laser en Irak, ce n’est pas encore pour tout de suite.
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jeudi 28 février 2008
La Culture Militaire et le Manque de Stimulation pour les Opérations de Contre-Insurrection
Par Chris Kucharski*
Opinion. Le problème rencontré par les Etats-Unis en Irak aujourd’hui est dû au fait que notre armée, en temps qu’institution, et l’infanterie, en temps que culture interne, ne disposent d’aucun incitant pour maintenir la paix. La formation des soldats dans le domaine du maintien de la paix est également négligée. Je suis d’accord que les choses sont en train de changer lentement, grâce à notre expérience en Irak et en Afghanistan, mais il subsiste quelques résistances.
Chris Kucharski (à droite) avec un policier irakien et un compagnon de peloton à Kirkouk en octobre 2005.
Préserver la paix à l’aide de moyens militaires est vu comme une aberration par rapport au rôle fondamental de l’infanterie qui consiste à rechercher activement et ‘tuer ou capturer l’ennemi’. Aucune médaille n’est décernée à une unité d’infanterie pour avoir maintenu le calme. Les médailles récompensent les actes héroïques dans des moments dangereux. Par exemple, le plus haute médaille qu’un soldat peut recevoir (la médaille d’honneur du Congrès) est remise en temps de guerre uniquement, et cela seulement s’il a fait quelque chose d’aussi honorable que sacrifier sa vie, se faire martyre, pour protéger les autres. En temps de paix, il n’y a que des exploits dérisoires et des médailles ‘d’éloge’. S’il n’y a pas de danger, comment peut-il y avoir des actes héroïques ? Pour beaucoup de personnes occupant des positions au sein du commandement, l’Irak offre une opportunité de faire carrière et de gagner des récompenses de valeur. Tout cela a un impact direct sur notre approche contre-insurrectionnelle.
De 2003 à 2004, j’étais stationné près de Mossoul [en Irak], assigné à la 101ème Aéroportée. J’étais un Lieutenant d’infanterie, chef de Peloton, avec pour mission d’arrêter les pillages dans une université et d’imposer la paix dans les quartiers avoisinants. Durant cette période, j’ai été témoin de deux approches contre-insurrectionnelles différentes, l’une agressive l’autre passive, et j’ai remarqué la tendance naturelle de notre culture militaire à préférer le style agressif au style passif.
J’étais dans la Compagnie Alpha, Brigade d’infanterie ‘Bastogne’ (notre nom venait de la bataille des Ardennes). Nous avions un système de rotation tous les mois avec la Compagnie Charlie (une Compagnie comprend 130 hommes d’infanterie) dans le bâtiment de l’université qui nous servait de quartier général. Lors de la première rotation, les gars de la Compagnie Charlie nous disaient à quel point la ville était chaotique, qu’on leur tirait dessus la nuit, et qu’on leur tirait dessus constamment durant les patrouilles de jour. Ils avaient l’air de prendre du plaisir à raconter leurs récits de guerre. Ils nous recommandaient de faire beaucoup de patrouilles et des raids de nuit parce qu’il y avait énormément de « méchants ».
Dès que nous avons pris le contrôle des patrouilles, nous avons essuyé peu de tirs et de bombardements comparé à l’expérience nocturne de la Compagnie Charlie. Cela nous a pris un certain temps pour comprendre pourquoi. Il est apparu que le commandant de la Compagnie Charlie avait opté pour une approche offensive afin de résoudre le problème de l’insurrection. Ce qui énervait beaucoup la population locale. Il était également dédaigneux à l’égard des autorités de la ville et des habitants. Afin de mettre un terme aux fusillades contre ses troupes, le commandant de la Compagnie Charlie avait accru le nombre de patrouilles à pied, et conduit davantage de raids nocturnes – appelés Isoler et Chercher – qui rendaient les habitants encore plus furieux. Cependant, du côté américain, la Compagnie Charlie était perçue comme plus productive puisqu’elle faisait plus de patrouilles et capturait plus de « méchants ». Quantitativement, la Compagnie Charlie était plus productive que la Compagnie Alpha.
Ma Compagnie, d’un autre côté, se concentrait sur le maintien de la paix, sans mettre le feu aux poudres. Nous avons rencontré des officiels locaux. Pas pour donner des ordres mais pour voir ce qu’on pouvait faire pour aider. A nouveau, cela n’était pas vu comme ‘productif’ au moment de remplir les rapports pour la chaîne de commandement. Conduire raid après raid, et capturer « l’ennemi » constitue la fonction de l’infanterie, sa seule raison d’être.
Après un certain temps, la situation bipolaire s’est accentuée. Les Irakiens locaux pouvaient dire quand la Compagnie Charlie était en charge parce que leur commandant postait deux fois plus de gardes sur le toit [de l’université] et conduisait deux fois plus de patrouilles, parce qu’il y avait deux fois plus d’activité. Sachant que la Compagnie Charlie était en charge, les locaux attaquaient plus souvent. Ensuite, lorsque la Compagnie Alpha arrivait, nous n’avions que la moitié du travail à faire parce qu’il y avait deux fois moins d’attaques.
Lors de mon second tour en Irak, à Kirkouk de 2005 à 2006, j’ai remarqué le même effet dissuasif contre la passivité alors que les unités qui faisaient plus de missions « Isoler et Chercher » et qui avaient un taux plus élevé d’ennemis tués ou capturés recevaient plus d’accolades, plus de médailles et plus de droits à la vantardise. Ils avaient le droit de jouer avec les plus gros jouets – ils recevaient le support aérien et tous les nouveaux gadgets – parce qu’ils en avaient le plus besoin. Ceux qui avaient une préférence pour le « maintien de la paix », qui cherchaient à engager un dialogue avec les leaders locaux et faisaient preuve de patience étaient perçus comme moins productifs que les unités agressives. Ce faible niveau de productivité était en outre mis en évidence lors des briefings hebdomadaires pour les commandants où tous les accomplissements de chaque Compagnie étaient comparés sur un document PowerPoint projeté devant leurs pairs, leurs supérieurs et leurs subordonnés. Les plus hauts commandants remettraient alors en question l’existence des commandants de Compagnies à faible productivité – Que faisaient-ils en Irak ?
Il n’est pas bon d’être vu comme passif ou diplomatique dans une unité d’infanterie. Il n’y a pas de récompense pour cela. En gros, dans l’armée il y a des incitants à être agressif. Ces sentiments agressifs s’accroissent quand quelqu’un essaye de vous tuer. Ensuite, lorsque l’ennemi est introuvable, c’est la population entière qui devient l’ennemi.
C’est là que se trouve la difficulté : en contre-insurrection, une unité agressive est en fait contre-productive, mais notre culture militaire doit encore le reconnaître.
* Chris Kucharski était un officier d'infanterie dans la 101ème Aéroportée de août 2003 à février 2007 durant lesquels il a fait deux tours en Irak. Il poursuit actuellement un Master à la Johns Hopkins University School of Advanced International Studies, Washington DC.
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Lack of Incentives to Conduct a Counter-Insurgency
By Chris Kucharski*
Opinion. The United States’ problem in Iraq lies in the fact that our Army as an institution, and the infantry as an inner culture, does not create incentives for keeping the peace, nor does it emphasize training soldiers to keep the peace. I do agree that it is slowly changing due to our experiences in Iraq and Afghanistan, albeit with some resistance.
Keeping the peace through military means is seen as an aberration to the fundamental job of the infantry, which is to actively seek out and “kill or capture the enemy”. An infantry unit is not rewarded valorous medals for keeping the calm, but for heroic acts in a time of danger. For example, the highest medal a soldier can achieve is only in wartime (the Congressional Medal of Honor) and that is only if he does something as honorable as martyring himself for the sake of protecting others. In peacetime there are only paltry achievement and commendation medals. If there are no times of danger, then how can there be heroic acts to fulfill? For many in commanding positions, Iraq gives them an opportunity to make their career and earn badges of valor. This directly translates into our counterinsurgency approach.
In 2003 through 2004, I was stationed near Mosul, assigned to the 101st Airborne. I was a Lieutenant Infantry Platoon Leader tasked with stopping the looting of a university and to impose peace on the local neighborhoods. During this time, I witnessed two different approaches to counter-insurgency, aggressive or passive, and took note on how our military culture would naturally accept the aggressive style over the passive style.
I was in Alpha Company, Bastogne Infantry Brigade (our namesake comes from our adventure in the Battle of the Bulge). We would rotate once a month with Charlie Company (a company consists of 130 Infantrymen) out of this university building that we used as our headquarters. As we did the exchange, the guys from Charlie Company would tell us how unruly the town was, that they were shot at nightly, and how they
were constantly shot at while on day time patrols. It seemed like they enjoyed sharing their war-stories. They recommended many patrols and nightly raids because there were a lot of “bad guys”.
Chris Kucharski (on the right) with an Iraqi policeman and a fellow platoon leader in Kirkuk in October 2005.
Once we took responsibility of the patrols we were hardly shot at and rarely mortared, as compared to the nightly experience of Charlie Company. It took us a little while to figure out why this was happening. It turned out that the commander of Charlie Company was taking an offensive approach to solving the insurgency problem, which angered a lot of the locals. He also was disdainful towards the town leadership and townspeople. To stop the locals from shooting at his troops the Charlie Company commander increasing the foot patrols, and conduct more nightly raids—called Cordon and Searches—which infuriated the locals even more. However, on the American side of the fight, the Charlie Company Commander was seen as more productive because he was conducting more patrols and capturing more “bad guys.” Quantitatively, Charlie Company was producing more than Alpha Company.
My company, on the other hand, focused on keeping the peace, not to stir up the hornet’s nest. We met with local officials not to issue demands but to see what we could do to help. Again, this was not seen as productive when filling out the reports to the higher chain of command. Doing raid after raid, and capturing the “enemy” is what the infantry was made to do, that is its sole purpose for existing.
After a while the bipolar situation deepened. The local Iraqis could tell when Charlie Company was in charge because their commander had twice the amount of guards on the roof and conducted twice as many patrols, because there was twice as much activity. So the locals knowing that Charlie Company was in charge would attack them more often. Then when Alpha Company was in charge, we essentially did half the work because there were half the attacks.
During my second tour to Iraq, in Kirkuk 2005-2006, I noticed the same disincentive for passivity, where those units that conducted more Cordon and Searches and produced higher numbers in killing or capturing the “enemy” received more accolades, more medals, and more bragging rights. They got to play with the bigger toys—had air support and all the newer gadgets—because they needed them the most. Those who were interested in “keeping the peace” and talking to leaders and exercising patience were seen as less productive than the aggressive unit. This low productivity level was further highlighted at the weekly commanders briefing when each company’s weekly accomplishments were put side-by-side on a PowerPoint slide in front of their peers, superiors, and subordinates. The higher commanders would question the existence of a low producing company commander—what were they doing in Iraq?
It is not good to be seen as more passive or diplomatic in an infantry unit, there are no rewards for that. Basically, in the military there is an incentive to be aggressive. These aggressive feelings mount when people are trying to kill you. Then when you cannot find the enemy, the entire population is seen as the enemy.
This is where the difficulty rests: in counter-insurgency, an aggressive unit is actually counter-productive, and our military culture has yet to recognize that.
* Chris Kucharski was an infantry officer in the 101st Airborne from August 2003 to February 2007 where he completed two tours in Iraq. He now is pursuing an MA at Johns Hopkins University School of Advanced International Studies in Washington, DC.
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