«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski
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mardi 26 mai 2009

Les Soviétiques et l’Otan en Afghanistan: des différences qui importent


Le 15 février dernier marquait le 20ème anniversaire du retrait soviétique d’Afghanistan. A tort ou à raison, le conflit actuel est souvent comparé à l’expérience de l’URSS dans les années 1980. Une telle comparaison est par essence teintée de pessimisme, et sert généralement à soutenir la thèse d’un retrait urgent des troupes otaniennes d’Asie du sud, sous prétexte qu’aucune forme de succès ne peut être atteinte et que l’échec est inévitable. Pourtant, s’il est intéressant de souligner les points communs entre les deux opérations en Afghanistan, afin d’apprendre des erreurs du passé, il est tout aussi primordial d’insister sur les différences qui peuvent laisser entrevoir une (légère) touche d’optimisme.

Au rayon des comparaisons, on notera que l’URSS considérait dès 1985, comme les Etats-Unis aujourd’hui, que les objectifs initiaux ne pourraient jamais être atteints, que « le temps n’était pas de notre côté [soviétique] » pour citer Gromyko en 1986 (via les National Security Archives de la George Washington University), alors président du Soviet Suprême, et qu’un retrait s’imposait. Côté américain aujourd’hui, le rêve d’établir une démocratie occidentale à Kaboul s’est effacé, mais l’ambition d’installer un régime stable (quitte à négocier avec les Taliban « modérés ») et d’atteindre une certaine forme de « victoire » revue à la baisse demeure (plus de bannière « Mission Accomplished » cette fois-ci).

Le retrait soviétique planifié dès 1985 était empêché par la peur d’une retraite humiliante vis-à-vis de l’ennemi américain. Aujourd’hui, les Etats-Unis on également peur d’une retraite humiliante, mais davantage vis-à-vis d’al-Qaïda que de n’importe quelle autre puissance rivale.


En outre, les Soviétiques posaient comme condition préalable à leur retrait la mise en place d’un gouvernement stable, reposant sur un large soutien populaire, et disposant d’une armée et d’une police équipées pour faire face aux moudjaheddines. La similarité avec l’objectif annoncé de la mission des forces de la coalition en Afghanistan aujourd’hui est évidente. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l’échec est inévitable.

Le point commun fondamental entre les deux expériences, comme le souligne Bruce Riedel dans le dernier numéro de CTC Sentinel, tient dans le rôle joué par le Pakistan. En effet, dans les deux cas, le Pakistan constitue la « zone de sécurité » (safe haven, en anglais) à partir de laquelle les insurgés opèrent et s’approvisionnent. Les Soviétiques n’avaient jamais réussi à convaincre le Pakistan (et donc les Américains) de mater l’insurrection (et pour cause : l’objectif américain était d’affaiblir l’URSS en finançant les insurgés via les services secrets pakistanais). Aujourd’hui, les Américains sont pris à leur propre piège : les connections qu’ils ont contribué à créer entre renseignements pakistanais et djihadistes et Taliban empêchent tout engagement crédible du Pakistan (lequel qui plus est table sur un retrait des Américains, et donc préfère garder une forme de contrôle sur l’Afghanistan).

L’autre point commun essentiel tient sans doute dans cette phrase de Gorbatchev, prononcée en novembre 1986 (toujours via les National Security Archives) : « Nos généraux n’apprennent pas leurs leçons. (…) Nous avons eu des expériences passées en Angola, en Ethiopie, au Mozambique. Il doit y avoir une courbe d’apprentissage. (…) Nous devons trouver les clés de cette guerre ». Le récent remplacement du général McKiernan en Afghanistan ne fait qu’illustrer ce même problème.

Malgré ces quelques similitudes, des différences majeures persistent qui laissent entrevoir une meilleure issue au conflit. Tout d’abord, la raison de l’intervention américaine (défense nationale, sécurité collective) est bien plus légitime que celle qui avait poussé l’invasion russe (installer un régime communiste, sécuriser la frontière sud). Résultat : la mission de l’Otan bénéficie d’un bien plus large soutien international que celle de l’URSS. En outre, cela offre une plus grande marge de manœuvre à la coalition. En effet, le type de régime mis en place importe peu (du moins en théorie) et seul compte désormais le besoin d’éviter de créer un nouveau havre de paix pour al-Qaïda ou d’autres organisations terroristes. Enfin, les opérations contre-insurrectionnelles soviétiques étaient extrêmement brutales et non adaptées à ce type de conflit asymétrique, ce qui rendait toute victoire impossible.

En conclusion, retenons qu’il y a au moins autant de différences que de similarités entre les expériences soviétiques et otaniennes en Afghanistan. Dès lors, il est erroné d’élaborer des comparaisons hâtives entre les deux conflits, même s’il est intéressant et important de tirer des enseignements des erreurs du passé pour ne pas les répéter. Une victoire reste possible en Afghanistan, même si cette victoire n’est en rien semblable à celle qui était espérée à la genèse du conflit.

Cet article est simultanément crossposté sur Alliance Geostratégique.

Image 1: Retrait soviétique d’Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.
Image 2: Hélicoptères et tanks russes en Afghanistan. Crédit: Wikimedia Commons.

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lundi 11 mai 2009

Nouvelle Publication: AfPak et Terrorisme en Europe

Suite à la publication du rapport annuel d'Europol dont j'ai déjà fait écho dans ce blog, je viens également de publier un article dans Terrorism Monitor (nouveau format et nouveau rythme pour cette publication de référence dans le domaine) qui tente d'ébaucher le lien existant entre la menace terroriste en Europe, et l'AfPak. Plus exactement, je souligne le fossé qui peut exister entre la vision américaine ou britannique des opérations en Afghanistan (être là-bas pour assurer notre sécurité ici) et la vision européenne (présence en Afghanistan minimale par simple solidarité atlantiste).

Europol Report Describes Afghanistan-Pakistan Connection to Trends in European Terrorism
By: Thomas Renard

Terrorist activities within the European Union (EU) declined in 2008 as compared to the previous year, according to the annual report published by Europol, the European Union’s criminal intelligence agency. [1] The report lists 515 failed, foiled or successful attacks reported by EU member states, a decrease from 583 attacks in 2007 but still higher than the 2006 total. The decline in terrorist activities was also observed geographically, with only seven member states reporting attacks, two less than in 2007 and four less than in 2006. There were 1009 individuals arrested last year in relation to terrorism activities, a several percent decline in comparison to 2007. Nevertheless, despite an undisputable decline, the threat of terrorism to the EU “remains high,” according to Europol deputy director Mariano Simancas (AFP, April 17).

The Varieties of Terrorism

The terrorist threat to Europe encompasses many different forms of terrorism, from left-wing to right-wing extremism, jihadi activities, ethno-separatism, and single issue terrorism. Each form of political violence saw a decline in 2008, with the notable exception of left-wing terrorism, which increased by 25 percent. Left-wing and anarchist extremists remained operational in Greece, Spain and Italy. In addition, French intelligence warned of a “resurgence” of left-wing terrorism which was confirmed by 37 arrests in 2008, significantly more than in any other European country over the last three years (Nouvel Observateur, November 25, 2008).

Separatist terrorists remained by far the most active in Europe. They carried out a total of 397 attacks in 2008, of which 98 percent took place in France and Spain, causing the deaths of four people. The number of attacks decreased by 25 percent in comparison to 2007, mainly due to a relative lull in activity by the Fronte di Liberazione Naziunale di a Corsica (FLNC). In Spain, the Basque separatist organization Euskadi Ta Askatasuna (ETA) is thought to be encountering difficulties. The group was weakened by the arrests of three successive military leaders in the last six months, the latest being the arrest of Jurdan Martitegi (El País [Madrid], April 18). The Europol report notes that the growing use of improvised explosive devices (IEDs) by the ETA, a trend that started in 2007, indicates that it is “encountering increasing difficulties in the acquisition of commercial explosives.”

The Islamist Threat to Europe

In most European countries, however, Islamist terrorism continues to be seen as the biggest threat to security because it attempts to cause mass casualties whereas ethno-separatist terrorism generally targets material symbols rather than individuals or groups. EU counter-terrorism coordinator Gilles de Kerchove recently said; “The [European] intelligence community considers that the al-Qaeda related threat is still severe and that it is still the main threat to Europe and its internal security” (EuroparlTV, February 2).

There was only one attack in Europe attributable to Islamist terrorism in 2008, when 22-year old Muslim convert Nicky Reilly attempted to detonate a homemade bomb in a shopping mall restaurant in Exeter, South-West England, but injured only himself. Reilly is mentally ill and highly vulnerable. He apparently self-radicalized through the internet, although he had also been in contact with radical Muslims. He was jailed for life in January 2009 (Times, January 31).

In 2008, excluding the United Kingdom, 187 individuals were arrested on suspicion of involvement in Islamist terrorism, mainly in France and Spain. [2] This represents a decrease of 7 percent as compared to 2007, and an even greater decrease as compared to 2006. This continuous decrease in the number of arrests seems to indicate a relative diminution of jihadi activities in Europe, although including statistics from the UK would likely lead to a slightly less optimistic conclusion. The number of member states which reported arrests related to Islamist terrorism also decreased from 14 in 2007 to 10 in 2008. The majority of these arrested individuals came from North African countries.

For its part, the UK indicated to Europol that it arrested 256 people in relation to terrorism without providing specific details relative to the distribution of these arrests among the different forms of terrorism. However, given the level of jihadi activism in Great Britain, it can be assumed that a significant share of these arrests was related to Islamist terrorism. The 256 arrests in the UK was an increase in comparison to 2007 (201) and 2006 (156).

Two thirds of arrested individuals could not be linked to organizations known by the authorities and belonged instead to small autonomous cells. This fact seems to confirm the growing threat of self-radicalization and homegrown terrorism that Europe is facing. Part of the explanation for this shift in the radicalization pattern lies in the increasing quantity and quality of Islamist propaganda in Europe. Indeed, there is an increasing number of radical Islamist websites and forums in European languages indicating, according to Europol, an expansion of jihadi propaganda efforts to reach specific audiences. This phenomenon has been observed in Germany, for instance, with messages and videos, including calls for attacks and instructions for the building of bombs, posted directly in German or in Arabic with German subtitles (see Terrorism Focus, February 20, 2008).

Terrorist Recruitment in Europe

In its report, Europol states that “Islamist recruitment activities have largely been driven underground. Radicalization activities are noted to have moved from mosques and other public places into private spaces.” Jihadi forums constitute the archetype of such “underground” and “private spaces”. The internet can also be used as a resource-tool for jihadi training, as in the case of Britain’s Nicky Reilly.

Nevertheless, the internet has not yet replaced real-life interactions regarding radicalization, recruitment and military training, but should rather be seen as a complement or a substitute. A very good illustration of this was provided by the December 11, 2008 arrests in Belgium. [3] While some members of the cell entered into contact with Malika el-Aroud (the wife of the cell’s leader, Moez Garsallaoui), through her French-language jihadi website, “SOS Minbar,” Garsallaoui was recruiting young Muslims in person in the streets and mosques of Brussels. Through the website, a “dialogue” was established with some subscribers which could lead to a meeting with Garsallaoui. Once recruited, members were sent to the tribal areas in Pakistan, where they received religious and military training, followed by a “jihadi exposure,” i.e. following fighters to the warzone without having the authorization to take part in the fight. Eventually, members of the cell were ordered to return to Belgium to establish a sleeper cell.

The Afghanistan-Pakistan Connection

The Belgian cell illustrates another major problem, which is the connection between the Afghanistan-Pakistan region and the terrorist threat in Europe. Indeed, as the report states, “Afghanistan and Pakistan seem to have replaced Iraq as preferred destinations for volunteers wishing to engage in armed conflicts.” These recruits pose a threat to European troops deployed in Afghanistan. Germany, for instance, is particularly worried about the presence of several of its citizens (most notably Eric Breininger) in the region who are allegedly plotting operations against German troops (see Terrorism Focus, January 28).

When fighters return – such as members of the Belgian cell, or members of the Sauerland cell in Germany – they pose a direct threat to European security. As expressed by U.S. Director of National Intelligence, Dennis Blair, “the primary threat from Europe-based extremists stems from al-Qaeda and Sunni affiliates who return from training in Pakistan to conduct attacks in Europe or the United States.” [4]

Although most European countries recognize that Afghanistan and Pakistan constitute a threat to their security, they generally tend to see the military operations in Afghanistan more as a part of the problem than as a part of the solution. Mirroring this point of view, the Europol report states that “a number of member states judge that they continue to face a high-level threat from Islamist terrorism for reasons that include [a] military presence in Iraq or Afghanistan,” but nowhere does the report mention the fact that European military and civilian missions in conflict zones could help strengthen EU homeland security.

Last month, however, the European Commission, the executive branch of the EU, announced a new three-year, €225 million program aimed at combating terrorism and the trafficking of WMDs (AFP, April 17). This program will focus on Pakistan and Afghanistan, which are described as “bases for radicalization and terrorist training,” as well as the Sahel region where the threat is “growing”. In both regions, the program proposes to support the establishment of anti-terrorism structures, the formation of competent authorities, and the development of regional cooperation. Nevertheless, with only a few details of the plan available, it is not yet possible to assess whether this program inextricably links stability in the Afghanistan-Pakistan region with European security, or whether it is more a program destined to compensate for European lack of commitment to the mission or prepare for a future disengagement from Afghanistan.

Conclusion

The terrorist threat in Europe remains high, although statistics show a certain decline in terrorist activities. One should be careful, however, when interpreting these statistics because the lack of details from the UK data could be misleading and also because the year 2007 saw a dramatic increase in terrorist activities, meaning that last year’s decline could merely be a return to “normality.” Although separatist terrorism is statistically much more significant, Islamist terrorists are still seen as the biggest threat to Europe given that most of their plots involve mass-killings. Today’s threat is tightly related to the situation in the Afghanistan-Pakistan region. Nevertheless, most EU member states believe their presence in Afghanistan is more a cause of terrorism in Europe than a remedy for it.

Notes:

1. “TE-SAT 2009 – EU Terrorism Situation and Trend Report”, Europol, April 2009.
2. The statistics given to Europol by the UK contained for the first time numbers from Northern Ireland and are therefore not comparable with previous years. Moreover, the UK sends only one global number for attacks and arrests, but does not provide the specific distribution among the different forms of terrorism, rendering it harder to draw conclusions based on statistics.
3. Paul Cruickshank, “The 2008 Belgium Cell and FATA’s Terrorist Pipeline,” CTC Sentinel, April 2009.
4. Dennis C. Blair, “Annual Threat Assessment of the Intelligence Community for the Senate Select Committee on Intelligence,” U.S. Senate Select Committee on Intelligence, February 12, 2009.

Lien vers l'article paru dans Terrorism Monitor le 8 mai 2009.

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mercredi 6 mai 2009

Quand les Médias se montrent Complices

Ce matin, en allumant ma radio, j'entend les journalistes de La Première, la radio nationale belge, annoncer à grands coups de fanfare une "interview exclusive avec un proche du Mollah Omar", à savoir le Taliban Sirajuddin Haqqani, fils du célèbre combattant Jalaluddin Haqqani.

A priori, comme exprimé dans la citation en-tête de ce blog, je ne suis pas contre les entretiens avec les leaders jihadistes, Taliban et autres. En effet, cela permet souvent d'en apprendre un peu plus sur eux, leurs objectifs, leurs perspectives, etc.

Le problème tient en fait, selon moi, à la manière de présenter les choses et de les mettre en forme. D'une part, assez avec ces "exclusifs"! La Première n'est ni la première (c'est le cas de la dire) ni la dernière à obtenir une interview avec des leaders Taliban (pensons à Paris-Match qui avait photographié les Taliban après la mort des 10 soldats français). Il n'y en fait que peu d'exclusivité dans cette démarche de relations publiques des Taliban! Car il s'agit bien de cela. Lorsque Haqqani se vante que des milliers d'Afghans et de Pakistanais cherchent à joindre ses rangs chaque jour, qu'il ne sait où donner de la tête et qu'il est obligé de refuser des candidatures, on est en pleine opération de démoralisation de l'ennemi (en l'occurence, nous, occidentaux mais surtout Belges). Les journalistes de La Première ne sont-ils donc pas capable de s'en rendre compte? De tels propos visent sans aucun doute à démoraliser les troupes belges en Afghanistan, mais aussi l'opinion publique belge qui à son tour peut faire pression sur le gouvernement pour rapatrier nos soldats.

D'autre part, La Première n'a même pas pris la peine de donner un contre-poids aux affirmations de Haqqani. Nous n'avons eu droit qu'à sa version des faits. Aucun spécialiste pour rappeler qu'al-Qaïda a subit de lourdes pertes ces derniers mois et souffre d'une certaine désorganisation. Personne pour dire que les frappes aériennes des drones de la CIA au Pakistan déstabilisent complètement et font peur à al-Qaïda et aux Taliban. Pas un expert pour expliquer que si les Taliban pakistanais ont certes l'initiative en ce moment, la situation des Taliban afghans n'est pas aussi bonne, sans être mauvaise non plus bien sûr (après tout, Haqqani est obligé d'opérer à partir d'un autre pays que le sien, le Pakistan, ce qui n'est tout de même pas un signe d'initiative absolue, même si l'on sait que le fait qu'ils opèrent à partir du Pakistan pose de gros problèmes aux forces de l'Alliance).

Quand les journalistes vendent la propagande "ennemie" sur nos ondes, il y a selon moi un problème éthique remarquable. Surtout lorsque cette propagande coule au travers du robinet ouvert de l'information, jusque dans nos oreilles, sans la mise en place du moindre filtre protecteur.

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lundi 4 mai 2009

Madrassas et Terrorisme au Pakistan

Le New York Times revient ce matin sur la prolifération des madrassas (écoles coraniques) au Pakistan, et plus particulièrement au Penjab. Peu de choses nouvelles dans cet article, mais cela vaut quand même de souligner (une fois de plus) que le problème de la violence et de la radicalisation n'est pas tant lié à la pauvreté qu'à la non gouvernance. Voici l'extrait le plus intéressant:

But if the state has forgotten the children here, the mullahs have not. With public education in a shambles, Pakistan’s poorest families have turned to madrasas, or Islamic schools, that feed and house the children while pushing a more militant brand of Islam than was traditional here.
Les familles dans cette région ont toujours été pauvres, mais les madrassas n'étaient pas aussi populaires et ne le sont que parce que les autorités étatiques sont totalement absentes.

L'article fait ensuite le lien entre madrassas et terrorisme. J'ai toujours été assez prudent sur les connexions trop directes entre ces deux éléments. En effet, les terroristes ne viennent pas toujours d'une éducation islamiste radicale dès l'enfance. Bien sûr, la socialisation joue un rôle très important, comme souligné de nombreuses fois dans ce blog. Mais il n'y a à cet égard pas de déterminisme. Islamisme radical n'est pas terrorisme. Et le terrorisme (même islamiste) n'a pas forcément besoin d'une structure d'éducation radicale. Le terrorisme repose en fait plutôt sur des structures informelles.

Ayant dit tout cela, et sachant qu'il existe des études statistiques montrant l'absence de lien entre terrorisme et madrassas, je suis tout de même frappé par le constat suivant, fait par la police pakistanaise:

In an analysis of the profiles of suicide bombers who have struck in Punjab, the Punjab police said more than two-thirds had attended madrasas.

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lundi 20 avril 2009

CTC Sentinel sur le Terrorisme en Belgique

Le dernier numéro du CTC Sentinel, la revue de West Point consacrée au terrorisme, est sorti. Comme toujours, je vous recommande vivement cette saine lecture! Tom Ricks et le Small Wars Journal aussi, soit dit en passant...

Dans un article court mais dense et instructif, Paul Cruickshank, chercheur à l’Université de New York, revient sur l’arrestation de 14 islamistes en Belgique, et deux en France, le 11 décembre 2008, suspectés de planifier une attaque terroriste imminente. De façon assez remarquable, puisque basé aux Etats-Unis, Paul Cruickshank offre sans doute la meilleure analyse disponible à ce jour sur ces événements et ses implications pour la Belgique et l’Europe, après avoir interrogé plusieurs membres des services de renseignement et avoir eu accès aux témoignages des suspects.

Les jeunes islamistes auraient été recrutés grâce aux efforts du couple Moez Garsallaoui/Malika el-Aroud, la veuve de l’assassin du commandant Massoud. Tandis que Garsallaoui parcourait les rues et les mosquées de Bruxelles à la recherche de jeunes recrues, el-Aroud assurait la propagande djihadiste au travers de son site internet « Minbar SOS ». Selon le témoignage de certains suspects, un groupe de volontaires seraient partis pour l’Afghanistan/Pakistan, en transitant par la Turquie (Istanbul) et l’Iran (Zahedan), ce qui correpond à l’itinéraire utilisé par d’autres cellules, notamment celles de l’Union du Djihad Islamique (UDI) en Allemagne. Toujours selon les suspects, ils auraient été recueillis avec suspicion et de façon désordonnée par les membres d’al-Qaïda, ce qui semble refléter l’affaiblissement (paranoïa, désorganisation) et la décentralisation (cellules de 10 combattants maximum) du groupe terroriste, même dans son bastion.

La raison du retour des volontaires djihadistes en Belgique demeure inconnue. Ces derniers affirment qu’ils étaient frustrés de ne pouvoir combattre en Afghanistan et qu’ils ne supportaient plus les conditions d’existence minimales. Leur arrestation, cependant, est basée sur la suspicion qu’ils constituaient une cellule opérative en Europe, prête à passer à l’action.

Comme le souligne très justement Paul Cruickshank, ces arrestations soulignent à quel point l’Afghanistan et le Pakistan (AfPak) sont devenus le nouveau point focal de la menace terroriste contre l’Europe, en parallèle, bien sûr, avec l’Afrique du Nord. En réalité, l’AfPak a remplacé l’Irak comme destination et comme inspiration pour les djihadistes en Belgique et ailleurs en Europe.

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mercredi 23 juillet 2008

Terroristes pour quelques Dollars

1,000 roupies par jour, soit 6 euros. C'est la somme qu'offrent les Taliban à quiconque veut rejoindre le jihad afghan/pakistanais. Pour les kamikazes, la prime est encore plus attrayante: 80 euros. Une belle somme dans un pays dont l'économie locale est complètement ravagée par la guerre. En outre, rapporte Arnaud de Borchgrave pour UPI, les Taliban conduisent de nombreux raids dans les régions tribales pakistanaises, se livrant à des activités de pillage et de kidnapping contre rançons.

Il s'agit là d'une dérive observée dans plusieurs autres groupes: l'évolution vers une forme de terrorisme à but lucratif. Dans un article intitulé "For-Profit Terrorism: The Rise of Armed Entrepreneurs", publié dans Studies in Conflict and Terrorism, Justine Rosenthal décrit cette tendance:

The illicit economy is on the rise. Counterfeit goods, drugs, people, and information all flow easily across increasingly porous borders. This has led to three growing phenomena: high-end criminals; the criminal state; and of particular concern in the face of a growing global insurgency, for-profit terrorists. These violent actors are groups that were originally ideologically motivated but now use this political rhetoric only to recruit and gain legitimacy; their real purpose is a bigger bottom line. For-profit terrorism is a burgeoning, but under-the-radar trend.
(…)
These terrorists are able to increase their ranks both because enrollment in the “cause” has ideological appeal and also because participation often provides a better standard of living than subsistence farming or any of the other legal economic opportunities out there—if there are any at all. Although there is much debate as to linkages between poverty and terrorism,62 low standards of living and unemployment play a predominant role in population control and recruitment because profiteering terrorists’ modus operandi involve the accumulation of wealth. When one considers that the way these groups thrive is by offering better earnings to the downtrodden, it is hard to ignore the need to raise the standard of living in some of the states that breed these terrorists. It is not, of course, a panacea. But if there is any real political grievance associated with for-profit terrorism it is the rampant poverty of much of the population.

Cette tendance vers le terrorisme lucratif renforce également la complexité du débat sur le lien entre pauvreté et terrorisme, dont j'ai déjà parlé dans ce blog. En effet, déjà sous une forme "non-lucrative", de nombreux groupes rémunèrent leurs membres, ce qui pousse certains individus marginalisés à joindre le groupe. En outre, pour de multiples raisons, le terrorisme peut parfois proliférer plus facilement dans des milieux défavorisés, comme au Maroc, où la plupart des réseaux islamistes sont profondément ancrés dans les bidonvilles.

Dès lors, dans sa forme "lucrative", le terrorisme peut exploiter encore davantage la pauvreté et les inégalités économiques pour recruter de nouveaux membres.

Tout ceci ne veut pas dire pour autant qu'il faille automatiquement connecter terrorisme et pauvreté. En fait, comme déjà souligné précédemment, le lien est complexe et indirect. Cependant, lorsqu'un groupe évolue vers une forme "lucrative", les causes économiques peuvent devenir de plus en plus importantes dans la stratégie contre-terroriste. L'évolution de l'insurrection talibane devrait être suivie de près à ce niveau.

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vendredi 18 avril 2008

Etats-Unis à la Recherche de Cohérence au Pakistan (UPDATED)

Un rapport du Government Accountability Office (GAO), l'administration en charge de la surveillance des agissements de l'exécutif américain, affirme que les Etats-Unis manquent d'une "politique cohérente" au Pakistan. Selon le GAO, seul un tel plan pourrait mettre un terme à la menace terroriste dans les zones tribales.

UPDATE: Le rapport est téléchargeable ici.

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mercredi 9 avril 2008

La Mort d'al-Masri et la Fin du Contrôle Central d'al-Qaïda

Un officiel américain a annoncé à Fox News, sous couvert d'anonymat, la mort d'Abu Ubaida al-Masri, l'un des leaders d'al-Qaïda. L'information, cependant, doit encore être confirmée. Al-Masri serait mort de façon naturelle. D'une hépatite.

Al-Masri avait joué un rôle clé dans les attentats de Londres en juillet 2005. Il avait recruté et entraîné les terroristes. Il avait également planifié plusieurs autres attentats en Europe, notamment au Danemark. Son rôle: la supervision du terrorisme international. En gros, al-Masri était l'un des derniers leaders de la structure centrale d'al-Qaïda qui avait un rôle allant au-delà de la simple inspiration idéologique. Il donnait des ordres concrets, stratégiques et techniques, et formait lui-même les futurs terroristes. Sa spécialité: les explosifs. Il avait d'ailleurs perdu deux doigts en fabriquant une bombe, ce qui lui avait valu son surnom: "Egyptien à trois doigts".

La mort d'al-Masri signifie au moins quatre choses. Premièrement, la structure centrale d'al-Qaïda semble bel et bien avoir perdu tout réel contrôle sur ses filiales régionale, se limitant à servir de modèle inspirationnel, voire éventuellement à indiquer une direction générale à suivre. Etant donné les récents développements d'al-Qaïda, son extension incontrôlée, il est peu probable d'assister à un retour en force du leadership central. Deuxièmement, bien que peu connu du grand public, c'est une nouvelle figure symbolique d'al-Qaïda qui disparaît avec al-Masri, un "jihadiste typique" ayant fait ses classes en Afghanistan contre les Soviétiques, puis en Bosnie, en Tchétchénie, en Afghanistan et enfin au Pakistan. Le renouvellement de génération au sein d'al-Qaïda atteint les plus hauts niveaux de l'organisation. C'est donc une phase critique pour al-Qaïda. Pour beaucoup de groupes terroristes, le renouvellement générationnel débouche sur une crise menant à la disparition ou à la division. Seul l'avenir pourra dire comment al-Qaïda va gérer cette transition. Cependant, et troisièmement, le fait qu'il soit mort naturellement suggère qu'il a pu préparer sa succession et donc faciliter cette transition, bien que cela soit sans certitude. Enfin, notons simplement que la mort d'un expert en explosifs et toujours un coup dur pour un groupe terroriste étant donné la "valeur" de ce "savoir technique".

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lundi 7 avril 2008

Rapport Europol: Le Dilemme Européen entre Sécurité Intérieure et Politique Etrangère

Europol, l’organe européen de coopération policière, a publié lundi son rapport annuel sur la situation et les tendances du terrorisme au sein de l’Union Européenne (UE). En le parcourant, et en le comparant avec les rapports précédents, on découvre quelques tendances claires, mais aussi quelques affirmations intéressantes.

Les terroristes ont tenté de frapper en Europe à 583 reprises, ce qui inclut les attaques manquées ou déjouées, comme les attentats jihadistes en Allemagne et en Grande-Bretagne. Ce chiffre représente une augmentation de 24 pourcent par rapport à l’année précédente. L’activité terroriste est donc en hausse. A cette hausse d’activité correspond également un plus grand nombre d’arrestations : 1044, soit 48 pourcent de plus qu’en 2006.

La grande majorité des attaques terroristes (91 pourcent) sont attribuables à des groupes séparatistes, essentiellement en Espagne (ETA – Pays Basque) et en France (FLNC – Corse). Les autres groupes séparatistes actifs en Europe durant l’année 2007 sont le PKK kurde, les Tigres Tamils (LTTE – Sri Lanka) et l’Armée de Libération Nationale Irlandaise (ALNI).

Le nombre d’arrestations liées au terrorisme séparatiste a doublé par rapport à 2006, alors que le nombre d’arrestations liées au terrorisme islamiste a diminué. En outre, un tiers des terroristes islamistes poursuivis en justice ont été acquittés, contre seulement un cinquième des terroristes séparatistes. Cela traduit ce que j’avais déjà souligné auparavant : une surévaluation de la menace islamiste par rapport à d’autres formes de terrorisme, ce qui conduit à un plus grand nombre d’arrestations non confirmées par le système judiciaire. Le plus faible nombre d’acquittements liés au terrorisme séparatiste traduit également une meilleure connaissance de ces dossiers par les services de sécurité et, a contrario, une plus grande ignorance de la menace jihadiste. Néanmoins, la qualité du travail des forces de l’ordre et des services de renseignement a permis de déjouer plusieurs attentats majeurs, notamment en Allemagne.

Si la menace jihadiste demeure perçue comme étant la principale menace terroriste contre les membres de l’UE, ce qui est confirmé par la part prépondérante du rapport qui lui est consacrée, ce n’est pas à cause d’une hausse de l’activité islamiste, mais plutôt à cause du danger potentiel de ces attaques. En effet, les jihadistes cherchent à « frapper fort » en Europe en tuant un maximum de gens, contrairement aux séparatistes. Les échecs en Angleterre et en Allemagne ne font que renforcer cette volonté chez les jihadistes, même si des attaques de moindre ampleur restent possibles, et sont même plus probables étant donné le niveau d’alerte élevé des services de sécurité européens.

Concernant la menace jihadiste, Europol note le danger grandissant des « terroristes domestiques » (homegrown terrorists). De plus en plus, en effet, comme je l’ai déjà noté précédemment, la menace ne vient pas de l’extérieur (via des jihadistes étrangers) mais de l’intérieur (via des terroristes convertis). Cette tendance est très significative car cela indique que le jihad prend racine en Europe. L’enracinement serait facilité par deux facteurs : les conflits en Irak et en Afghanistan qui continuent d’être interprétés comme une « guerre de civilisation » par certains individus et donc facilitent la radicalisation et le recrutement d’une (infime) partie de la jeunesse européenne ; et un développement quantitatif et qualitatif de la propagande jihadiste en Europe, notamment grâce à la traduction de forums jihadistes en anglais, en français et en allemand, ce qui rend le message jihadiste plus accessible. A ce propos, notons que le site islamiste al-Ikhlas, l’un des principaux sites de recrutement, vient de lancer une version française et une version italienne du site.

Dans son rapport, Europol reconnaît également le rôle prépondérant joué par le Pakistan dans la sécurité européenne. Beaucoup de combattants jihadistes sont formés dans des camps pakistanais avant d’aller combattre en Irak, en Afghanistan ou de revenir en Europe. En outre, Europol souligne le danger représenté par l’éventualité du retour en Europe des « combattants irakiens », qui pourraient enseigner leur savoir aux jeunes aspirants terroristes européens. L’importance accordée par Europol à l’Irak, au Pakistan et à l’Afghanistan, est extrêmement intéressante car cela souligne une nouvelle fois que l’UE situe bel et bien la source d’une partie de ses problèmes sécuritaires dans cette région du monde. Dès lors, la sécurité de l’UE est dépendante de l’évolution de la situation dans ces pays. Pourtant, l’indécision européenne en Afghanistan et en Irak demeure énorme, et la prise de responsabilités bien inférieure à ce qu’elle devrait être. J’avais déjà souligné ce dilemme européen entre sécurité intérieure et politique étrangère dans le cas d’un article sur l’Allemagne pour Terrorism Focus magazine.

Enfin, d’autres évolutions notées par Europol valent la peine d’être relevées. En vrac :

  • L’organisation séparatiste basque ETA a commencé à faire usage de vidéos de propagande destinées à recruter parmi la jeunesse basque. Cela pourrait signaler un nouveau modus operandi. En outre, le copiage sur les techniques de recrutement d’al-Qaïda est évident.
  • L’utilisation d’explosifs commerciaux par ETA est en diminution alors que l’utilisation d’explosifs « faits maison » est en croissance.

  • L’accroissement des tensions entre le PKK et la Turquie a eu des répercussions sur l’activité terroriste kurde en Europe.

  • Le terrorisme d’extrême-gauche est en déclin, mais toujours actif. En Italie, la menace est même en hausse.

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dimanche 6 avril 2008

La Montée du Jihadisme Allemand

Les services de renseignement allemands ont averti que deux hommes de nationalité allemande pourrait être en train de préparer un attentat en Afghanistan. Eric B. est un jeune allemand de 20 ans, converti à l'islam, Houssain al-M est un Allemand de 24 ans, d'origine libanaise. Les deux hommes seraient liés à la cellule du Sauerland qui avait planifié plusieurs attentats en Allemagne l'année dernière.

On notera dans cette affaire plusieurs constantes: une radicalisation apparement tardive, une moyenne d'âge jeune et un passage par les camps d'entraînement pakistanais. On remarquera également que Houssain avait été arrêté et interrogé par les services pakistanais puis renvoyé en Allemagne d'où il s'est directement enfui vers le Pakistan à nouveau, de peur d'être arrêté par la police allemande. Ce qui démontre une nouvelle fois les difficultés et les limites de la collaboration internationale en matière de contre-terrorisme.

Enfin, il est important de souligner que les deux hommes avaient des liens avec la cellule de Sauerland, bien que ces liens soient peu clairs. Le premier kamikaze allemand, Cüneyt Ciftci, était également lié à la même cellule. Cela nous rappelle un nouvelle fois qu'il faut relativiser la théorie des "terroristes isolés" de Marc Sageman, qui s'applique à certains cas, mais ne peut pas être généralisée.

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vendredi 28 mars 2008

Cüneyt Ciftci: le Premier Kamikaze Allemand

L’Allemagne se sent de plus en plus menacée par l’extrémisme islamique. Une nouvelle vidéo obtenue par Spiegel Online confirme les soupçons des investigateurs allemands sur l’explosion contre un poste militaire américain le 3 mars dernier qui avait tué deux soldats US et deux civils en Afghanistan. L’attaque a, comme le craignaient les enquêteurs, bel et bien été orchestrée par Cüneyt Ciftci, un jeune Turc de 28 ans, né et élevé en Bavière, en Allemagne. Cüneyt Ciftci est ainsi devenu le premier kamikaze allemand.

La vidéo montre la préparation du martyre, la préparation du camion avec les explosifs, les dernières prières avant la mission, suivies par l’explosion extrêmement puissante du camion. Comme souvent dans le cas d’attentats-suicides, il ne restait rien pour ainsi dire de Cüneyt Ciftci, ce qui rendait l’identification du corps difficile. Jusqu’à l’obtention de la vidéo.

L’histoire de Cüneyt Ciftci ressemble très fort à celle d’autres terroristes formés en Europe. Une vie discrète et sans problèmes, une bonne éducation (ce qui le distingue même du reste de la population turque en Allemagne, généralement discriminée scolairement), un mariage avec deux enfants, et un job stable à la mairie locale. Bref, rien n’indiquait que Cüneyt dissimulait des accointances avec des terroristes.

C’est à la mosquée que va commencer son « itinéraire jihadiste ». Près de Nuremberg, il fréquente une mosquée assez radicale, peuplée par plusieurs individus suspects. C’est à ce moment que Cüneyt entre aussi dans le radar des renseignements allemands qui surveillent précisément cette même mosquée. Il est fort probable que le passage dans cette mosquée ait radicalisé le discours de Cüneyt, tout en le mettant en contact avec des individus membres ou proches des milieux extrémistes.

D’une manière ou d’une autre, Cüneyt entre en contact avec Adem Yilmaz, l’un des membres de la cellule de Sauerland démantelée l’année dernière pour avoir planifié des attaques notamment contre l’aéroport de Francfort et la base militaire américaine de Ramstein. En avril 2007, Cüneyt décide de quitter l’Allemagne avec sa famille. A-t-il alors déjà pris la décision de se lancer dans le jihad ? Se sent-il menacé par les services de renseignement et la police qui l’a convoqué pour un interrogatoire ? Impossible de répondre à ces questions. Des suppositions sont possibles néanmoins. Sans doute, n’est-il pas encore certain en avril de vouloir rejoindre le jihad. Sinon, pourquoi ne pas simplement s’associer à la cellule de Sauerland et devenir un « héros » dans son propre pays ?

Son voyage est organisé par Adem Yilmaz. Après avoir pris le soin de s’être désinscrit du registre communal, annonçant ainsi officiellement son départ du pays (un signe d’une certaine sérénité tout de même), il part pour le Pakistan. C’est probablement dans un camp d’al-Qaïda que Cüneyt rencontre les responsables de l’Union Jihadiste Islamique (UJI), un groupe ouzbek qu’il décide de rejoindre. L’engrenage est alors irréversible. Il passe la frontière et rejoint l’Afghanistan où il accomplit sa mission « divine ».

Le cas de Cüneyt souligne une fois de plus la menace terroriste croissante qui pèse sur l’Allemagne, comme je l’ai déjà écrit dans un article pour Terrorism Focus magazine.

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jeudi 27 mars 2008

Bombardements Aériens au Pakistan en Augmentation

Les Etats-Unis ont accru le nombre de bombardements aériens via drones au Pakistan. Ces bombardements devraient encore s'accentuer, selon des militaires américains, qui craignent la fin du support pakistanais à ce genre d'opérations. Dès lors, les Américains espèrent frapper al-Qaïda aussi fort que possible grâce à la technique appelée "secouer l'arbre". Le mois dernier, un bombardement aérien orchestré par la CIA avait permis d'éliminer l'un des chefs d'al-Qaïda. Cependant, cette technique prsente de nombreux désavantages, notamment en accroissant la colère de la population locale contre les Etats-Unis et le gouvernement pakistanais, ce qui conforte les terroristes et les insurgés dans leurs positions.

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lundi 10 mars 2008

La Politique Contre-Terroriste Ambigüe de Musharraf

Le terrorisme au Pakistan est une matière complexe et délicate. Islamabad a parfois ouvertement supporté des groupes terroristes/insurgés pour servir ses intérêts. C’était le cas dans les années 80 quand le Pakistan soutenait les moudjahiddines, ou dans les années 90 en soutenant les Taliban. Cependant, depuis le 11 septembre, Musharraf se trouve dans une situation embarrassante : allié des Etats-Unis, il veut faire bonne figure dans la « guerre contre le terrorisme », ce qui l’oblige à se retourner contre ses anciens alliés. Cette politique a créé quelques tensions au sein de l’armée, mais aussi beaucoup d’amertume parmi les groupes terroristes qui se sont retournés à leur tour contre le régime pakistanais. En bref, le 11 septembre et la guerre américaine contre le terrorisme s’est traduite au Pakistan par une intensification du « front asymétrique », c’est-à-dire un accroissement de la lutte entre le gouvernement et les groupes terroristes/insurgés, mais aussi par le développement d’une stratégie ambigüe qui ne peut se comprendre que lorsque vue dans sa totalité.

Les groupes terroristes au Pakistan

De manière générale, les groupes terroristes pakistanais peuvent être regroupés dans cinq grandes catégories :

  1. Groupes sectaires : Organisations ethniques qui se battent contre des ethnies opposées à l’intérieur du Pakistan. Par exemple, le groupe sunnite Sipah-e-Sahaba ou le groupe chiite Tehrik-e-Jafria.
  2. Groupes Kashmiri : Organisations présentes dans la région du Kashmir, disputée entre l’Inde et le Pakistan. Ces groupes ont été historiquement soutenus par le gouvernement et les services de renseignement pakistanais. En fait, une seule insurrection kashmiri est réellement originaire du Kashmir : Hizbul Mujahideen. Les autres mouvements sont composés de Pakistanais. Par exemple, Harakat ul-Mujahedeen, Jaish-e-Muhammad, ou Lashkar-e-Taiba.
  3. Taliban Afghans : Une partie des Taliban afghans se cache au Pakistan pour échapper à la contre-insurrection menée par les forces de l’Otan.
  4. Taliban Pakistanais : L’organisation talibane pakistanaise se distingue de son homologue afghane. Malgré des connivences idéologiques et un soutien mutuel, les deux groupes obéissent à différents leaderships et suivent des agendas divergents. Depuis décembre 2007, plusieurs petits groupes taliban se sont regroupés sous l’appellation Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP). Baitullah Mehsud est le chef du groupe. Hassan Abbas rappelle que les Taliban pakistanais ne s’identifiaient pas comme Taliban avant l’invasion américaine de 2001. Aujourd’hui, non seulement ils combattent le gouvernement pakistanais (36 attaques suicides contre l’armée pakistanaise en 2007), mais ils font également face à l’offensive de l’Otan.
  5. Al-Qaïda et Affiliés : Oussama Ben Laden et de nombreux membres d’al-Qaïda sont soupçonnés de se cacher au Pakistan. Cette hypothèse a été en partie confirmée par la mort d’al-Libi, leader de l’aile libyenne d’al-Qaïda.

Les dilemmes de Musharraf

Dans un article publié par Carnegie Endowment, Ashley Tellis explique la stratégie complexe du régime Musharraf en matière de contre-terrorisme. Tout d’abord, en rejoignant la coalition américaine contre le terrorisme, Musharraf s’est donné la légitimité nécessaire à l’éradication de groupes terroristes présents au Pakistan. Cependant, il a agi de manière sélective, en réprimant les groupes qui posaient un danger potentiel contre Islamabad, tout en épargnant voire en soutenant d’autres groupes utiles à la politique étrangère du Pakistan. Les efforts en matière de contre-terrorisme se sont donc concentrés dans un premier temps sur les groupes sunnites Lashkar-e-Jhangvi, Sipah-e-Sahaba Pakistan, Harkat-ul-Mujahideen al-Alami, Jundullah, et Harkat-ul-Jihad-e-Islami, ainsi que sur le groupe chiite Sipah-e-Muhammad.

La relation entre Musharraf et les groupes terroristes du Kashmir est ambigüe. Le Pakistan avait de longue date financé et armé ces nombreux groupes qui attaquent l’Inde depuis le Kashmir pakistanais. En joignant la coalition contre le terrorisme, Musharraf n’a pas interrompu son soutien, mais plutôt remplacé son soutien matériel par un soutien moral. Néanmoins, depuis l’amélioration des relations entre l’Inde et le Pakistan, Musharraf a dû aller encore un cran plus loin dans son contrôle sur les terroristes kashmiri. Désormais, il tente dans la mesure du possible de moduler l’action des groupes terroristes en fonction de l’état des relations entre l’Inde et le Pakistan, de manière à rejeter la faute sur le manque de volonté indien lors d’attentats terroristes.

La relation entre le Pakistan et les Taliban afghans est fort similaire à celle avec les Kashmiri. Dans les années 1990, le Pakistan avait participé à la montée des Taliban dans un souci d’établir un régime amical le long de sa frontière Ouest, et surtout d’éviter une interférence de l’Inde. Dès lors, le régime Musharraf s’est montré assez peu enclin à poursuivre les Afghans qui se sont réfugiés dans les zones tribales pakistanaises. Il semble que l’armée laisse une relative liberté aux Taliban afghans, ce que semble confirmer les statistiques : le Pakistan a capturé et tué nettement plus de membres d’al-Qaïda que de Taliban. En outre, le Pakistan est inquiet au regard du rôle grandissant de l’Inde dans la reconstruction de l’Afghanistan, simultanément à une détérioration des relations entre Kaboul et Islamabad. Le Pakistan reste toujours préoccupé par l’instauration d’un régime hostile à sa frontière occidentale.

A l’inverse, la relation avec les Taliban pakistanais est beaucoup plus tendue puisque ces derniers ont lancé de nombreuses attaques contre le gouvernement, et Musharraf a accusé Mehsud pour l’assassinat de Benazir Bhutto. Le Pakistan a aussi développé des efforts considérables contre al-Qaïda, malgré les liens – directs ou indirects – qui unissaient jadis le groupe de Ben Laden au Pakistan, et malgré l’impopularité de cette action auprès d’une partie de la population pakistanaise acquise à la cause d’al-Qaïda. Le Pakistan a actuellement plus de 85.000 militaires déployés le long de la frontière avec l’Afghanistan, dont 600 ont déjà perdu la vie.

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lundi 25 février 2008

Musharraf: "Le Pakistan Combat la Menace Terroriste de toutes ses Forces"

C’est toujours avec grand intérêt que je lis les pages 'opinion' du Washington Post, surtout quand les articles émanent de personnes telles que Pervez Musharraf. Dans l’édition de vendredi, le président pakistanais publiait un article intitulé « Une étape importante sur la route vers la démocratie » dans lequel il revennait sur le résultat des élections parlementaires.

L’intérêt de cet article, pour moi, tenait davantage dans son propos concernant le terrorisme. « Notre nation fait face à trois grands défis : combattre le terrorisme et l’extrémisme ; construire un gouvernement stable et démocratique ; et créer une base solide pour une croissance économique durable », écrivait-il. Et de continuer : « Concernant le terrorisme, laissez-moi être parfaitement clair : le Pakistan combat cette menace de toutes ses forces ».

S’il est vrai que le Pakistan est un allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, beaucoup de critiques ont souligné le manque de collaboration du régime Musharraf. En fait, le bilan pakistanais en contre-terrorisme est mitigé, et complexe au premier abord. Coincé par une opinion publique anti-américaine, Musharraf est limité dans son support aux Etats-Unis, alors que ces derniers demandent une contrepartie aux millions de dollars offerts au Pakistan. Je reviendrai plus longuement dans un prochain article sur le bilan de Musharraf en matière de contre-terrorisme.

Ce qui m’a vraiment fait tiquer dans l’article de Musharraf vient quelques lignes plus loin. Premièrement, lorsqu’il écrit : « Comme l’expérience américaine en Irak a démontré, la force militaire seule n’est pas suffisante ». D’accord. « Une bonne contre-insurrection nécessite une approche multidimensionnelle – militaire, politique et économique. Notre stratégie politique met en exergue la distinction entre terroristes et citoyens qui vivent le long des régions frontalières… ». Pas d’accord. D’une part, Musharraf mélange allégrement les notions de terrorisme et d’insurrection, alors qu’il s’agit, dans l’absolu, de deux choses distinctes nécessitant des réponses distinctes. Il y a souvent des zones grises entre les deux notions, et même parfois une connexion, mais le flou terminologique, involontaire ou volontaire, nuit très certainement à une analyse correcte de la situation et à l’établissement d’une stratégie adéquate. D’autre part, la stratégie ‘politique’ de Musharraf n’a selon moi pas grand-chose de politique.

Le deuxième point qui a créé mon étonnement tient dans le même paragraphe : « Notre stratégie économique consiste à amener éducation, opportunités économiques et les bénéfices du développement à ces mêmes régions [frontalières]. Comme l’Histoire nous l’a clairement enseigné, quand les gens voient une amélioration dans leur vie quotidienne et la vie de leurs enfants, ils se détournent de la violence et préfèrent la paix et la réconciliation ». Faux. En fait, l’Histoire semble enseigner le contraire. Alexis de Tocqueville, par exemple, expliquait que la prospérité nationale française était en accroissement durant les 20 années qui ont précédé la révolution. Une croissance, tout comme une décroissance, sont souvent signe d’instabilité. Le changement, en soi, est de nature instable. Ce qui agite les individus n’est pas le désespoir, qui a plutôt un effet anesthésiant, mais l’espoir d’une vie meilleure qui vient réveiller les souvenirs d’un bonheur oublié. « Le souvenir d’une vie meilleure est comme un feu dans les veines », écrivait Eric Hoffer dans « True Believer », LE classique de la littérature sur le terrorisme.

Evidemment, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser mourir le monde dans la misère pour éviter toute forme de violence. Le développement économique a des effets positifs à long terme. Mais il est indispensable de garder en tête que ce développement est signe d’un accroissement du risque d’instabilité à court terme. En outre, la richesse ne protège pas du terrorisme. Ben Laden et les pirates de l’air responsables du 11 septembre n’étaient pas pauvres. Ils étaient issus de la classe supérieure ou de la classe moyenne. Les liens entre économie et terrorisme sont extrêmement complexes, voire même inexistants selon certains auteurs.

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mardi 19 février 2008

Le Cas Al-Libi Révélateur des Relations Etats-Unis/Pakistan

Un article paru dans le Washington Post de ce mardi donne de plus amples informations sur l'assassinat de Abu Laith Al-Libi. Le leader de la branche lybienne d'al-Qaïda avait été tué le 29 janvier par deux missiles Hellfire tirés depuis un drone (avion sans pilote) de la CIA, l'agence d'espionnage américaine.

Selon des officiels américains, la CIA a agi de son propre chef, ne prévenant le gouvernement pakistanais qu'une fois l'opération lancée. Les mêmes sources ont dit au Post qu'il s'agissait là d'une stratégie de plus en plus privilégiée par la CIA. Des informations sont fournies par des agents américains et pakistanais sur le terrain, la CIA lance une opération et puis seulement avertit le président Pervez Musharraf.

Ces déclarations soulignent une nouvelle fois les relations ambigües entre Washington et Islamabad en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme. Richard Clarke, un ancien conseiller en contre-terrorisme pour les présidents Bush et Clinton a déclaré: "Les Etats-Unis se retrouvent dans une situation où ils doivent envoyer une délégation de haut niveau pour taper sur les doigts de Musharraf, et apprendre alors dans la semaine qui suit qu'une cible [terroriste] importante a été identifiée. Ensuite, Musharraf nous ignore à nouveau, jusqu'à l'envoi d'une autre délégation".

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mardi 12 février 2008

Vers une Nouvelle Stratégie de Contre-Insurrection Centrée sur le Civil plutôt que sur le Militaire?

L’OTAN « n’est pas en train de gagner en Afghanistan » annonçait un rapport de l’Atlantic Council of the United States publié le mois dernier. En Irak, malgré quelques succès récents, la situation reste précaire et pourrait rapidement basculer à nouveau dans la violence généralisée, avertissait à son tour l’International Crisis Group, un think tank basé à Bruxelles, il y a quelques jours. Après plusieurs années d’opérations militaires dans ces deux pays, les Etats-Unis n’ont pas encore réussi à clamer la victoire. Pis, l’éventualité d’un retrait unilatéral synonyme de défaite se profile à l’horizon du calendrier électoral.

Après plusieurs années d’expériences pour la plus grande part désastreuses, les Américains ne sont toujours pas parvenus à maîtriser l’art de la guerre asymétrique. Etant donné que d’autres guerres asymétriques pourraient voir – bientôt ? – le jour, une remise en question complète du modèle contre-insurrectionnel américain s’impose. Le nouveau manuel de Petraeus était un pas dans la bonne direction. Cependant, cette nouvelle stratégie est uniquement centrée sur l’Irak et n’est donc pas généralisable, du moins dans sa totalité. En outre, il s’agit d’un manuel militaire, et donc d’un outil limité par définition. Une nouvelle étude publiée par la RAND Corporation et présentée à la presse et au Congrès ce lundi propose un nouveau modèle pour vaincre les insurrections dans le monde musulman.

L’étude constate tout d’abord que les capacités américaines en matière de contre-insurrection sont tout à fait inadaptées. Selon David Gompert (photo ci-contre), l’un des auteurs de l’étude, « le recours à des moyens militaires massifs est au mieux inadéquat et au pire contre-productif ». En lieu et place, selon RAND, les Etats-Unis devraient mettre davantage l’accent sur l’aspect civil des opérations.

Alors que la récente offensive militaire a amélioré la sécurité dans plusieurs parties de l’Irak, « ce serait une profonde erreur d’en conclure que tout ce dont les Etats-Unis ont besoin est davantage de troupes pour vaincre les insurgés islamistes », a dit Gompert, un ancien conseiller du président Bush senior. « Il suffit de regarder la situation précaire au Pakistan pour réaliser les limites de la puissance militaire américaine et des dangers de se reposer dessus ».

Le rapport se base sur l’étude de 89 insurrections depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les auteurs ont remarqué deux choses. Premièrement, les opérations militaires à grande échelle ont historiquement échoué contre les insurrections. Deuxièmement, la probabilité de vaincre une insurrection diminue avec le temps. Autrement dit, la situation semble très mal engagée en Afghanistan et en Irak. Mais pas désespérée.

Les auteurs identifient trois domaines dans lesquels les Etats-Unis pourraient être plus efficaces : le support aux gouvernements locaux ; l’entraînement des forces de sécurité et de police ; et le partage d’information. Selon le rapport, seule l’instauration d’institutions légitimes et efficaces peut mettre un terme à une insurrection. « Les forces étrangères ne peuvent pas remplacer d’efficaces gouvernements locaux », a affirmé John Gordon (photo ci-contre), co-auteur du rapport. « Elles peuvent même affaiblir la légitimité de ces gouvernements ».

Pour mettre en œuvre ce nouveau modèle contre-insurrectionnel, le rapport estime que plusieurs milliers d’experts civils supplémentaires devront être envoyés sur le terrain pour assurer les missions d’ordre civil. En outre, entre 20 et 30 milliards de dollars supplémentaires seront nécessaires. Néanmoins, affirment les auteurs, les Etats-Unis ne doivent pas tout assumer eux-mêmes.

« Les opérations de contre-insurrection doivent impérativement être de nature multilatérale », a déclaré David Gombert. Ceci doit être vu comme une excellent nouvelle pour les Européens. En effet, les états européens et l’Union Européenne disposent d’excellentes qualités dans le domaine civil où les Etats-Unis, au contraire, sont plutôt faibles. Notamment dans le domaine judicaire et dans la formation des forces de police. Dès lors, le burden-sharing européen pourrait beaucoup plus facilement se porter vers le civil, où les réticences sont moins nombreuses que dans le domaine militaire.

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dimanche 3 février 2008

Hôtel Serena: le Ministre Norvégien Etait la Cible

Le porte-parole des Talibans a confirmé à un membre de la fondation NEFA, une organisation spécialisée dans le terrorisme islamique, que le ministre des affaires étrangères norvégien, Jonas Gahr Stoere, était bien la cible de l'attentat qui a frappé l'hôtel Serena à Kaboul le 14 janvier dernier. Sept personnes étaient mortes lors de l'attaque.

Zabiullah Mujahid a déclaré que les quatre Talibans responsables de l'opération visaient précisément le ministre norvégien. "Notre cible était ces étrangers qui ont un rôle militaire en Aghanistan et menacent l'indépendance du pays", a-t-il dit lors de l'interview dont la transcription est disponible sur le site de la fondation NEFA.

Concernant la récente vague de violence au Pakistan et l'assassinat de Benazir Bhutto, le porte-parole taliban nie toute implication des insurgés afghans. "Les moujahidines afghans n'ont joué aucun rôle dans la crise pakistanaise", a-t-il affirmé. "Les Talibans afghans se concentrent sur l'Afghanistan, ils n'interfèrent pas dans les affaires pakistanaises. (...) Les Moujahidines de l'Emirat Islamique sont basés en Afghanistan, le leadership est en Afghanistan, et nos activités ont lieu en Afghanistan. Cette élection [présidentielle pakistanaise] est une affaire interne au Pakistan. (...) Cela ne nous intéresse pas qui gagne les élections pakistanaises".

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jeudi 31 janvier 2008

Un Leader d'al-Qaïda Tué au Pakistan

Selon un site internet associé à al-Qaïda, Abu Laith Al-Libi, le chef du Groupe Islamique de Combat en Libye (GICL) et l'une des figures les plus importantes d'al-Qaïda est mort dans un bombardement aérien au Waziristan, Pakistan. Le GICL est un groupe qui a prêté allégeance à al-Qaïda officiellement en novembre 2007, même si les connexions entre les deux groupes étaient déjà anciennes.

Les circonstances de la mort d'Al-Libi sont encore peu claires, mais il semblerait qu'il ait été tué lors d'une opération menée sans doute en collaboration entre la CIA et les militaires pakistanais. La CIA utilise des avions sans pilote qui survolent le territoire pakistanais avec l'accord des militaires et sont capables de lancer des missiles avec plus ou moins de précision.

Le GICL a mené une insurrection en Libye pendant plus d'une décennie contre le régime de Mouammar Khadafi. La transition d'un mouvement de guérilla vers un mouvement terroriste s'est initiée à la fin des années 1990.

De manière très intéressante, les membres du GICL ont depuis longtemps trouvé refuge en Grande-Bretagne, hostile au regime Khadafi - surtout depuis l'attentat de Lockerbie en 1988. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne n'a toujours pas formellement reconnu le GICL comme groupe terroriste, même si les renseignements britanniques coopèrent avec la CIA depuis plusieurs années.

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