«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 4 mars 2008

Bombardements Aériens en Somalie: Leçons pour les Guerres Asymétriques

Les Etats-Unis ont eu recours à une nouvelle frappe aérienne en Somalie. La cible était un leader d'al-Qaïda, selon le Pentagone. Selon des sources locales, la cible serait Saleh Ali Saleh Nabhan, un Kenyan qui est suspecté d'avoir participé aux attentats contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998. Cependant, alors que le sort du prétendu terroriste était inconnu, plusieurs civils ont trouvé la mort dans le bombardement, et des centaines ont fui la région par peur. Il s'agit de la quatrième frappe aérienne américaine en Somalie depuis la prise de contrôle par les forces éthiopiennes en Décembre 2006. Et le Pentagone a indiqué qu'il continuera à poursuivre cette stratégie.

Les Américains n'apprendront-ils donc jamais la leçon? L'expérience irakienne a enseigné l'importance du travail sur le terrain, du contact avec la population, de sa protection et du développement d'un récit narratif pour contrer celui des insurgés/terroristes. Il a fallu trois ans pour tirer les bonnes leçons en Irak, et on aurait logiquement pu espérer que ces leçons soient appliquées à l'ensemble des conflits asymétriques, moyennant quelques adaptations. Visiblement, il n'en est rien.

La culture militaire est résistante. Au Pakistan, avec le bombardement qui a coûté la vie du leader d'al-Qaïda al-Libi, et en Somalie, les Américains continuent de mettre en oeuvre des techniques qui se sont démontrées non seulement inefficaces, mais surtout contre-productives. Les dernières nouvelles de Somalie indiquent que la rancoeur à l'égard des Etats-Unis est croissante. Il est temps que l'armée américaine développe une stratégie contre-insurrectionnelle et contre-terroriste qui dépasse le simple contexte irakien. Les Etats-Unis ne peuvent tout simplement plus se permettre de répéter indéfiniment les mêmes erreurs.

4 commentaires:

Frédéric a dit…

Rappelons que les USA n'ont pas de troupes en Somalie; Une inflltration avec un sniper comme dans les films se prépare si l'on a un préavis, s'il s'agit d'une cible d'opportunité, on frappe avec ce qui est disponible sur place.

Mike a dit…

Attention, il s'agit ici d'une frappe d'opportunité (TOO), soit d'une frappe de coercition et non d'un engagement COIN impliquant, bien évidemment du Boots on the ground.

Thomas Renard a dit…

Tout à fait d'accord avec toi Mike. Et mon intention n'était pas de décrire la frappe comme un exercice COIN, ni même de lancer un appel à envoyer des troupes US au sol.
Simplement, je note que ces frappes d'opportunité sont contre-productives. Imaginons, au mieux, comme dans le cas d'al-Libi, que la cible est tuée. Aucun doute sur le fait qu'un autre individu remplacera le leader tué. Israël a une longue expérience d'assassinats ciblés qui, comme on peut le lire tous les jours dans la presse, n'a aucun effet visible sur la situation (je veux bien reconnaitre que la stratégie israélienne a eu certains résultats positifs mais de manière globale, cela n'a pas empêché la violence, au contraire). Non seulement quelqu'un d'autre remplacera la personne tuée, mais en plus les chances sont que cette personne sera plus radicale et moins connue des forces de sécurité, rendant la tâche de surveillance plus difficile. Mais, plus important, ce genre de frappes nourrit les griefs de la population locale et confirme la propagande du groupe visé.
Donc, pour conclure, quand une frappe d'opportunité est utilisée dans un contexte COIN, il s'agit rarement (gardons quand même l'éventualité ouverte pour des cas exceptionnels) de la meilleure solutions.

Anonyme a dit…

Selon un article, l'homme visé à survécu à l'attaque;