«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 26 août 2008

Publication: Changement Climatique et Terrorisme

Dans une étude publiée dans les Cahiers du RMES de ce semestre, j'étudie les impacts probables du changement climatique sur le terrorisme. Cette étude est la première du genre, à ma connaissance, bien que divers rapports américains (notamment un rapport confidentiel du National Intelligence Committee) se sont vaguement penchés sur le sujet et ont atteint des conclusions similaires.

Après un passage en revue approfondi des causes du terrorisme, l'étude regarde comment les effets probables du changement climatique pourront affecter ces causes. L'étude conclut que le changement climatique aura un effet multiplicateur sur la menace terroriste. Non seulement le réservoir des "terroristes potentiels" (wannabe terrorists, selon l'expression de Marc Sageman) va se remplir suite aux effets du changement climatique, mais l'environnement va également devenir plus permissif (migrations, prolifération de l'instabilité), et les "événements déclencheurs" de violence politique (precipitant events, selon l'expression de Martha Crenshaw) vont se multiplier.

D'ailleurs, on aurait tort de croire que les terroristes n'utilisent pas déjà le changement climatique à leur avantage. Dans son discours lors du 6ème anniversaire du 11 septembre, Oussama Ben Laden a mentionné le changement climatique pour blâmer les Etats-Unis et l'occident, et recruter de nouveaux membres. Dans un discours daté du 17 avril, Ayman al-Zawahiri utilise la crise alimentaire globale pour recruter des combattants, et mentionne "la contamination de l'air et de la terre" par l'Occident.

Mais le changement climatique va au-delà de la simple influence sur les causes du terrorisme. En effet, la salience et la vulnérabilité de certaines cibles du terrorisme seront aussi affectées. Ainsi, l'étude prédit que le risque de quatre formes de terrorisme particulières (et rares) va augmenter:

  1. Terrorisme environnemental: Soit l'utilisation de l'environnement comme moyen (empoisonnement de l'eau potable) ou comme cible (destruction d'une forêt). Plus l'environnement devient un sujet sensible, plus sa "valeur" augmente aux yeux des terroristes. Cette forme de terrorisme est presque inexistante aujourd'hui, mais pas totalement, et pourrait devenir plus fréquente si cela se montrait efficace.
  2. Eco-terrorisme: Soit l'usage du terrorisme en défense des animaux et de l'environnement. Cette forme de terrorisme, beaucoup moins rare, pourrait bien se multiplier à mesure que le changement climatique menace l'environnement et les espèces naturelles, surtout si ces groupes attribuent le changement climatique aux actions (et inactions) de l'Homme.
  3. Terrorisme nucléaire: Changement climatique ou pas, le débat qui existe aujourd'hui a pour conséquence de faciliter la prolifération de l'énergie nucléaire. Dès lors, le nombre de cibles potentielles s'accroît (les terroristes du 11 septembre avaient inclus dans leur plan originel une centrale nucléaire), et la probabilité de voir du matériel nucléaire volé ou revendu également. Notons toutefois que le risque de terrorisme nucléaire demeure toujours extrêmement faible.
  4. Terrorisme humanitaire: On l'a vu encore récemment en Afghanistan et en Somalie, le personnel humanitaire est de plus en plus la cible d'attaques d'insurgés. Or, comme le changement climatique risque d'accroître l'instabilité mondiale, et de créer une plus grande nécessité pour des opérations humanitaires, cette forme de terrorisme pourrait devenir plus fréquente.

2 commentaires:

François Duran a dit…

Sincères félicitations, Thomas !
Je vais lire cet article avec attention, d’autant plus que nous avions eu une légère divergence de vues sur le changement climatique. La présentation que tu en fais plus haut est en tout cas aussi convaincante qu’alléchante. A suivre…
Encore bravo et bonne continuation.
PS : Au fait, l’anglais c’est parce que tu préfères écrire dans la langue de Shakespeare ou une autre raison ? Simple curiosité…

Thomas Renard a dit…

Plusieurs raisons: d'une part, ce travail était le sujet de ma thèse de Master et j'y avais travailler en anglais, donc cela me semblait plus facile, en outre ce cette façon les personnes qui m'avaient aidé pouvaient me lire également. Ensuite, comme je juge le sujet très important, je voulais le rendre accessible au plus grand nombre possible. Enfin, cela forme une certaine unité avec mon étude précédente sur le changement climatique et la sécurité internationale que j'avais rédigé pour l'armée belge, en anglais également.