«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 18 mars 2008

Cinq Ans Après: Al-Qaïda en Irak

Al-Qaïda en Irak (AQI) a connu des jours meilleurs. Cinq ans après le début de l’offensive américaine, voici un rapide retour sur l’évolution du groupe sunnite. Une histoire qui a mené al-Zarqaoui et ses fidèles de l’anonymat au devant de la scène irakienne et internationale. Jusqu’à la chute inévitable ?

Avant l’invasion américaine lancée le 19 mars 2003, plusieurs membres d’al-Qaïda étaient déjà présents en Irak où ils avaient trouvé refuge suite à l’offensive américaine en Afghanistan. Le Jordanien Abou Moussab al-Zaraqaoui figurait parmi eux. Au début des hostilités, al-Zarqaoui s’est associé avec d’autres jihadistes, essentiellement d’anciens « Arabes Afghans », pour mener la lutte contre les forces américaines. Le groupe portait alors le nom Tawhid wal Djihad. Lorsque les anciens membres du régime de Saddam Hussein ont commencé à déserter sous la pression militaire américaine, certains Baathistes ont rejoint les rangs d’al-Zarqaoui. Ce n’est que plusieurs mois après l’offensive américaine que le groupe a commencé à s’irakiser peu à peu.

Le 17 Octobre 2004, al-Zarqaoui annonçait son allégeance à Oussama Ben Laden qui a ensuite reconnu le groupe irakien rebaptisé al-Qaïda en Mésopotamie ou al-Qaïda au Pays des Deux Fleuves. Bien que formellement associés, les deux groupes conservaient plusieurs divergences idéologiques, notamment sur la priorité des cibles. Al-Zarqaoui concentrait ses forces sur l’ennemi local (apostats et Chiites), alors que Ben Laden donnait la priorité à la lutte contre l’ennemi lointain (Etats-Unis, Europe). Ce qui n’empêchait pas AQI d’attaquer les forces américaines.

AQI était lancé dans une guerre d’attrition, une 'longue guerre', destinée à affaiblir l’ennemi. D’une part, des attaques systématiques contre les forces américaines visaient la démoralisation des troupes. D’autre part, les violences contre Chiites et Sunnites étaient destinées à diminuer la légitimité de l’administration en place.

Petit à petit, AQI a grandi au rythme de ses succès. Le groupe d’al-Zarqaoui est devenu le symbole, à l’échelle internationale, de l’insurrection irakienne. La majorité des attaques contre les forces américaines lui étaient imputées, souvent sans preuve tangible. L’information relayée dans les médias internationaux a offert à AQI une renommée mondiale.

Cependant, malgré le succès international, AQI rencontrait des difficultés en Irak. La violence indiscriminée et l’extrémisme religieux prônés par al-Zarqaoui faisaient peu d’adeptes en Irak. Pour faire face à cette carence, AQI s’est transformé de groupe terroriste en groupe insurrectionnel. Cela signifie qu’AQI a commencé à prendre le contrôle de certains territoires et à concentrer certaines forces au sein de ces zones fortifiées.

En janvier 2006, AQI a fusionné avec d’autres mouvements sunnites sous le nom Majlis Shura al-Mujahidin (MSM). AQI continuait sa transformation de groupe terroriste international vers un groupe insurgé local. La mort d’al-Zarqaoui en juin 2006 n’a pas arrêté le processus. En octobre 2006, le MSM est devenu Dawlat al-Iraq al-Islamiyya, ou l’Etat Islamique d’Irak (EII), un nom qui scellait la nouvelle orientation glocale du groupe. Le nom Etat Islamique était destiné aux idéologues étrangers d’al-Qaïda, ce qui inscrivait le groupe dans la lutte jihadiste globale, alors que l’ajout du mot Irak ancrait la lutte dans le contexte local, ce qui visait à gagner le soutien de la population irakienne. La difficulté de cette structure glocale résidait dans les contradictions entre les ambitions des idéologues d’al-Qaïda et celles d’Irakiens traditionnellement sécularistes.

En développant le pôle insurrectionnel, AQI montait en puissance grâce au contrôle de régions entières, notamment dans la province d’Anbar. Cependant, AQI ne parvenait pas à créer un réel engouement populaire, ni à rallier les principaux groupes insurgés sunnites, comme indiqué dans ce graphique de la Fondation NEFA. Pire, peu à peu les Irakiens commençaient à se retourner contre AQI et à aider les militaires américains. Simultanément, AQI ne résistait pas à la pression de l’offensive américaine en 2007. Dès lors, le nombre de membres chutait considérablement, ainsi que le support matériel et financier.

Pour enrayer son déclin, AQI décidait une nouvelle fois de réadapter sa stratégie. Un document trouvé en Irak en janvier 2008 indique que le leadership d’AQI a demandé à ses membres d’arrêter les attaques indiscriminées contre les Sunnites afin de regagner le support des chefs locaux et de la population.

Désormais affaibli, AQI est retourné vers le pôle terroriste, comme indiqué par le dernier attentat perpétré à Karbala. Ce changement de pôle s’est effectué non par choix, mais par contrainte. En cinq années, AQI a oscillé entre le pôle terrorisme et le pôle insurrectionnel en fonction de ses capacités et de celles de ses adversaires. Le déclin actuel d’AQI ne mène pas automatiquement à sa fin. Il s’agit simplement d’un changement de pôle. En fait, après cinq années d’existence, l’histoire enseigne qu’AQI a de grandes chances de survivre sous une forme ou une autre pour encore plusieurs années.

1 commentaire:

Frédéric a dit…

Cette histoire est, hélas, loin d'étre finie. Méme l'Algérie connait encore des attaques de temps à autre des dhijahidistes qui, à ce qu'il me semble, n'ont plus de soutien populaire.