«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 12 février 2008

Sur la Menace Islamique en Europe

L'un de mes objectifs en créant ce blog était de briser plusieurs mythes largement répandu concernant, entre autres, le terrorisme. Quelques récentes lectures dans la presse m'ont encouragé à dénoncer l'un des plus grands mythes sur le terrorisme qui court actuellement. La plus grande menace directe contre l'Europe et les Etats-Unis (sur leurs territoires) n'est pas le terrorisme islamiste.

La ministre française de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie a déclaré récemment "craindre le terrorisme d'extrême gauche". Elle a mentionné deux interpellations "le 14 et le 16 janvier (qui) nous ont fait arrêter des gens en possession de matériels, de produits, qui peuvent servir à faire des bombes et sur la dernière nous avons trouvé dans la voiture des manuels pour fabriquer des bombes, nous avons trouvé des plans". Selon la ministre, ces individus pouvaient être reliés à l'extrême gauche.

Les groupes terroristes séparatistes restent sans aucun doute les plus actifs en Europe. En Espagne, la police a lancé un coupe de filet d'envergure la semaine dernière pour arrêter 14 personnes soupçonnées d'être impliquées dans des activités radicales. En Corse, un attentat a fortement endommagé une villa près de Porto-Vecchio.

La menace terroriste vient aussi parfois de groupes beaucoup moins connus et pourtant tout aussi actifs. Le mois dernier, pas moins de 11 actions ont été menées en Belgique par le Groupe de Libération des Animaux, ce qui a obligé la cellule anti-terroriste de la police à une vigilance accrue. Les attaques allaient de simples actes de vandalisme à l'incendie d'un bâtiment de l'université d'Hasselt. En 2005, aux Etats-Unis, le FBI avait affirmé que les mouvements radicaux liés à la défense des animaux et de l'environnement constituaient la principale menace domestique.

Pour avoir une meilleure idée de la différence d'échelle entre la menace islamiste en Europe comparée aux autres types de menace terroriste, il suffit de regarder les statistiques fournies par Europol. En 2006, selon l'organe de coordination des polices européennes, il y a eu 498 attaques terroristes. Dont une seule était liée au terrorisme islamiste. 424 attaques avaient été menées par des groupes séparatistes, et 55 par des groupes d'extrême gauche.

La menace islamiste n'est évidemment pas inexistante. Le risque existe. Par exemple, toujours selon Europol, près de la moitié des personnes arrêtées en lien avec le terrorisme en Europe en 2006 avaient un lien présumé avec des groupes radicaux islamistes. Ces chiffres traduisent donc un certain niveau d'activité jihadiste en Europe. Mais ces chiffres traduisent également l'importance accrue portée sur la surveillance des cellules islamistes et qui mène parfois à une peu de zèle. Les cas de présumés terroristes islamistes libérés faute de preuve sont fréquents. Aux Pays-Bas, six individus ont été acquittés le mois dernier.

La peur du terrorisme islamique est basée sur les expériences collectives du 11 septembre, de Madrid ou de Londres. Le traumatisme va sans doute persister longtemps encore. D'autres attaques pourraient encore - et vont probablement - se produire. Demain ou dans 10 ans. Pendant ce temps, d'autres menaces auront été bien plus significatives.

Je ne dis pas qu'il ne faut rien faire, ni qu'il faille sous-estimer le danger jihadiste. Des réseaux islamiques se créent à travers l'Europe dans l'objectif de mener la prochaine grande attaque. Je dis simplement que la peur du terrorisme islamique est exagérée et, dans l'ensemble, néfaste puisqu'elle fait le jeu des terroristes.

8 commentaires:

ZeusIrae a dit…

hum, vous reconnaitrez tout de même qu'assimiler le FLNC et autres groupes séparatistes plus ou moins exotiques aux responsables des attentats de Londres et Madrid est un peu spécieux.

Du point de vue qualitatif, seul l'ETA(et encore..) a des activités comparables.

Comparé aux islamistes, à quand remonte le dernier attentat d'extrême gauche significatif?Le temps des brigades rouges est terminés, les séparatistes quittent lentement et difficilement la scène mais il semble qu'en tout cas leur age d'or est terminé.

Quand aux défenseurs des animaux......nous sommes vraiment sensés avoir peur?Quel est le corpus idéologique de ces messieurs? en ont-ils seulement un?Je ne sous-estime pas le potentiel qui existe dans les divers groupes écologistes et apparentés pour une radicalisation violente mais on ne les a pas encore vu faire exploser des bombes dans le metro.

Qui possède des moyens, une idéologie, une volonté et un pouvoir de séduction(au près du public visé) comparable aux Islamistes?

Comparé à eux, je suis désolé mais les défenseurs des animaux ne sont vraiment pas crédibles.

Thomas Renard a dit…

Zeusirae,
Je n' "assimile" certainement pas le FLNC à al-Qaïda! Relisez l'article.
L'ETA est le plus célèbre et le plus actif des groupes séparatistes européens, mais loin d'être le seul.
Quant au terrorisme d'extrême gauche, il n'y a aucun doute que l'"âge d'or" était il y a quelques décennies, mais un certain nombre de ces groupuscules sont encore actifs à travers l'Europe (France, Espagne, Italie...). Même s'ils ne passent pas à l'action, ils sont toujours là...

L'objectif de cet article n'est pas de dire qu'il faut avoir peur des écologistes ou de l'ETA. Au contraire. Mais, qu'il ne faut pas avoir plus peur des Islamistes que d'autres terroristes. Et, comme vous l'avez dit: Qui a peur des écologistes???

Pour répondre à votre dernière question, "Qui possède des moyens, une idéologie, une volonté et un pouvoir de séduction(au près du public visé) comparable aux Islamistes?", je dirais ceci:

Les moyens des jihadistes ne sont pas si énormes que cela (sinon ils auraient déjà élaborés une attaque massive); l'idéologie islamiste progresse en Europe, mais ATTENTION, un islamiste n'est pas un terroriste et, en fait, le lien entre religion et terrorisme est loin d'être évident; quant à la volonté, il est difficile de faire mieux que les groupes séparatistes qui poursuivent le même combat depuis des décennies!

François Duran a dit…

Vous avez raison de signaler que le terrorisme islamiste n’est pas le seul qui nous menace, raison aussi de noter que la peur est bien l’allié des terroristes, quelles qu’ils soient d’ailleurs : par nature déraisonnable, elle pousse à des actes contre productifs dont ils profitent. Je suis plus dubitatif sur la dangerosité des uns ou des autres.
D’une part, il me semble délicat de juger une mouvance sur le nombre d’actes qu’elle est en mesure de commettre : il est clair que les islamistes sont dans la ligne de mire des services de sécurité ce qui complique singulièrement leur tache. Je ne dis pas que les autres mouvements ne sont pas sous surveillance (la lutte contre l’ETA est tout de même assez féroce), mais le terrorisme d’obédience islamiste semble concentrer contre lui l’essentiel des moyens disponibles ce qui réduit, de facto, sa liberté d’action.
D’autre part, il y a une différence dans les moyens employés : les terroristes islamistes visent des innocents qu’ils cherchent à tuer en grand nombre dans des lieux publics ; les autres mouvements tuent pas ou peu (l’ETA est une exception) et s’attaquent de préférence à des cibles choisis pour ce qu’elles représentent (l’autorité, le « capitalisme » et ses suppôts pour les mouvements d’extrême gauche des années 70). L’utilisation des « martyrs » et autres kamikazes pour assassiner des civils renforce encore un peu plus le dégout et l’impact de leurs actes dans la conscience collective.
Enfin, les mouvements que vous décrivez sont généralement revendicatifs (ils veulent tel ou tel chose dans des domaines bien précis) mais ils ne cherchent pas à détruire ou à modifier la société dans son entier. Le terrorisme islamiste désigne la totalité du corps social comme son ennemi et n’exprime que des revendications fort vagues ou si délirantes qu’elles sont inacceptables. Il n’est pas « raisonnable » dans le sens où ce qu’il réclame ne peut lui être donné d’aucune manière.
Si on rajoute à cela qu’il est transnational, actif militairement parlant contre nos forces ou celles de nos alliés (en Afghanistan et en Irak notamment) et qu’il est fortement prosélyte, on peut comprendre qu’il soit perçu comme la menace terroriste principale. Le fait que ces actions soient moins nombreuses doit sans doute plus à la vigilance policière et à la coopération internationale qu’à une absence de volonté de leur part.
Ceci étant, la vigilance s’impose également vis-à-vis des mouvements minoritaires violents que vous décrivez…

Thomas Renard a dit…

Il est vrai que compter le nombre d'attaque n'est pas le meilleur moyen de calculer l'activite d'un groupe, mais c'est tout de meme un indicateur important. Connaitre le nombre d'attentats dejoues serait aussi un bon indicateur, malheureusement ces donnees ne sont pas toujours disponibles, ni meme tres fiables (a partir de quel moment a-t-on reellement dejoue un attentat?)
Pour le reste, il est vrai que les differents groupes terroristes ont un rapport different a la violence.
Par contre, je serais plus prudent quant a la nature "irrationnelle" des terroristes, qui mene tres vite a la conclusion: "il n'est pas possible de negocier avec les terroristes". Je suis aussi generalement sceptique a la representation unifiee d'al-Qaida...

Sica a dit…

Bonjour,

Plusieurs remarques:

Il ne faut pas écouter les effets d'annonce des politiques (Alliot-Marie) qui jouent de la peur quand leur parti est en perte de vitesse. Gardons l'esprit critique!

L'extrême gauche activiste est très faible en France et moyennement faible en Europe. Les points chauds du terrorisme restent l'ETA, les actions anarcho-terroristes (essentiellement arson) en Grèce et quelques unes (plus anarchistes que terroristes) en Italie.

La Corse ne correspond plus au paradigme du terrorisme nationaliste et/ou d'extrême gauche. Il s'agit uniquement de mafia pseudo nationaliste.

Quant à la Belgique, même s'il y a eu un avis d'alerte concernant l'ALF, sur les 11 "actions citées", seule une concernait un incendie (les 10 autres sont des tags) et il est possible que toutes soient le fait du même individu/groupe ?). On est loin d'actions terroristes...ce n'est actuellement que de l'activisme et il doit être surveillé, bien évidemment.

Reste donc la menace de l'Islam radical et de l'instrumentalisation de sa religion. S'il n'y a pas eu d'attentat dans nos régions en 2007 c'est parce qu'il y a eu beaucoup d'arrestations. Enfin, ce n'est pas parce que l'on relâche (après garde à vue) ou que l'on acquitte (après procès) des individus, qu'ils ne sont pas liés au terrorisme. Je m'explique: lorsque l'on arrête préventivement ou préemptivement des individus, nous prenons le risque de ne pas avoir de "smoking gun" et l'on doit relâcher les personnes. Par contre, un attentat a pu - éventuellement - être évité !

Que l'on ne doive pas exagérer la menace islamiste, je suis d'accord avec vous mais en contrepartie, ne créez pas une menace inexistante (pour l’instant) de l'extrême gauche :-)

Sica

François Duran a dit…

Il est vrai que l’expression employée n’était pas très heureuse et source de confusions. Je me permets donc de préciser : je faisais en fait référence (fort maladroitement) à la nomenclature proposée dans le document FT-01 qui classifie (p18 et 19) les adversaires non-étatiques en trois systèmes aux objectifs différents : prédateurs (criminels et tournés vers la quête du profit) ; revendicatifs (qui poursuivent des buts politiques localisés, les mouvements séparatistes par exemple) ; subversifs qui, pour citer la définition exacte, « emploient une violence sans frein dans un but politique global, généralement fondé sur l’avènement sans compromis possible d’une société nouvelle ». Cela peut se discuter, mais le terrorisme islamiste me semble plutôt appartenir à la dernière catégorie, par définition la plus difficile à combattre et qui n’offre que peu d’espace à une possible négociation.
D’autre part, vous avez raison d’être méfiant sur le caractère unifié d’Al Quaida : nous ne sommes pas ici en présence d’un organisme rassemblé, doté d’une direction unique et qui offrirait donc des centres de gravité identifiables sur lesquels nous pourrions porter nos coups en espérant provoquer une rupture fatale de la chaîne décisionnelle. La force de ce mouvement c’est justement son caractère vaporeux qui unifie des cellules décentralisées et fugaces autour d’une symbolique et d’une idéologie commune, des « cibles » par essence non matérielles et donc extrêmement difficiles à contrer.

Athéna et moi... a dit…

Ah, je reconnaît là la trisectioin du général Francart (revendicatif/subversif/prédateur) ;o)

Ceci dit, il me semble, Thomas, que le nombre d'attentat n'est pas un indicateur valable en soi. Rik Coolsaet avait, en son temps, utilisé ce même indicateur pour tenter de dégonfler la menace djihadiste (à l'époque, j'avais répliqué dans La Libre avec André Dumoulin). Mais ce faisant, la nature même de l'indicateur évacue les tentives et les opérations en court arrêtées par l'action des services.

Par ailleurs, il existe également une différence d'amplitude fondamentale entre l'action de la plupart des groupes terro (les villas, généralement inoccupées et les commissariats corses attaqués de nuit ou les attaques de l'ETA) et des attaques simultanées en pleine ville, généralement aux heures de pointe : le "death toll" - effectif ou escompté par les terros - est foncièrement plus élevé.

Ceci dit, vous avez raison de noter que le terrorisme islamiste n'est pas la seule menace potentielle.

Frédéric a dit…

Zeusirae à oubliez les terroristes grecques qui n'ont étaient arrétaient que ces dernières années.