«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

lundi 25 février 2008

Musharraf: "Le Pakistan Combat la Menace Terroriste de toutes ses Forces"

C’est toujours avec grand intérêt que je lis les pages 'opinion' du Washington Post, surtout quand les articles émanent de personnes telles que Pervez Musharraf. Dans l’édition de vendredi, le président pakistanais publiait un article intitulé « Une étape importante sur la route vers la démocratie » dans lequel il revennait sur le résultat des élections parlementaires.

L’intérêt de cet article, pour moi, tenait davantage dans son propos concernant le terrorisme. « Notre nation fait face à trois grands défis : combattre le terrorisme et l’extrémisme ; construire un gouvernement stable et démocratique ; et créer une base solide pour une croissance économique durable », écrivait-il. Et de continuer : « Concernant le terrorisme, laissez-moi être parfaitement clair : le Pakistan combat cette menace de toutes ses forces ».

S’il est vrai que le Pakistan est un allié des Etats-Unis dans la lutte contre le terrorisme, beaucoup de critiques ont souligné le manque de collaboration du régime Musharraf. En fait, le bilan pakistanais en contre-terrorisme est mitigé, et complexe au premier abord. Coincé par une opinion publique anti-américaine, Musharraf est limité dans son support aux Etats-Unis, alors que ces derniers demandent une contrepartie aux millions de dollars offerts au Pakistan. Je reviendrai plus longuement dans un prochain article sur le bilan de Musharraf en matière de contre-terrorisme.

Ce qui m’a vraiment fait tiquer dans l’article de Musharraf vient quelques lignes plus loin. Premièrement, lorsqu’il écrit : « Comme l’expérience américaine en Irak a démontré, la force militaire seule n’est pas suffisante ». D’accord. « Une bonne contre-insurrection nécessite une approche multidimensionnelle – militaire, politique et économique. Notre stratégie politique met en exergue la distinction entre terroristes et citoyens qui vivent le long des régions frontalières… ». Pas d’accord. D’une part, Musharraf mélange allégrement les notions de terrorisme et d’insurrection, alors qu’il s’agit, dans l’absolu, de deux choses distinctes nécessitant des réponses distinctes. Il y a souvent des zones grises entre les deux notions, et même parfois une connexion, mais le flou terminologique, involontaire ou volontaire, nuit très certainement à une analyse correcte de la situation et à l’établissement d’une stratégie adéquate. D’autre part, la stratégie ‘politique’ de Musharraf n’a selon moi pas grand-chose de politique.

Le deuxième point qui a créé mon étonnement tient dans le même paragraphe : « Notre stratégie économique consiste à amener éducation, opportunités économiques et les bénéfices du développement à ces mêmes régions [frontalières]. Comme l’Histoire nous l’a clairement enseigné, quand les gens voient une amélioration dans leur vie quotidienne et la vie de leurs enfants, ils se détournent de la violence et préfèrent la paix et la réconciliation ». Faux. En fait, l’Histoire semble enseigner le contraire. Alexis de Tocqueville, par exemple, expliquait que la prospérité nationale française était en accroissement durant les 20 années qui ont précédé la révolution. Une croissance, tout comme une décroissance, sont souvent signe d’instabilité. Le changement, en soi, est de nature instable. Ce qui agite les individus n’est pas le désespoir, qui a plutôt un effet anesthésiant, mais l’espoir d’une vie meilleure qui vient réveiller les souvenirs d’un bonheur oublié. « Le souvenir d’une vie meilleure est comme un feu dans les veines », écrivait Eric Hoffer dans « True Believer », LE classique de la littérature sur le terrorisme.

Evidemment, cela ne veut pas dire qu’il faut laisser mourir le monde dans la misère pour éviter toute forme de violence. Le développement économique a des effets positifs à long terme. Mais il est indispensable de garder en tête que ce développement est signe d’un accroissement du risque d’instabilité à court terme. En outre, la richesse ne protège pas du terrorisme. Ben Laden et les pirates de l’air responsables du 11 septembre n’étaient pas pauvres. Ils étaient issus de la classe supérieure ou de la classe moyenne. Les liens entre économie et terrorisme sont extrêmement complexes, voire même inexistants selon certains auteurs.

4 commentaires:

Anonyme a dit…

" Ben Laden est les pirates de l’air responsables du 11 septembre n’étaient pas pauvres."
et, pas est ;)

Très bon article, très bon blog, bonne continuation !

Thomas Renard a dit…

Oups, en effet. Les lecteurs auront corrigés. Merci.

Frédéric a dit…

Ben Laden est, semble t il, toujours dans le monde des vivants.

Sinon, comme indiqué dans le lien ci joint de l'OCDE, la stratégie en matière de sécurité nationale fait de l'aide au développement l’un des trois piliers de la politique étrangère des États-Unis, aux côtés de la diplomatie et de la défense :

http://www.oecd.org/document/56/0,3343,fr_33873108_33873886_37832632_1_1_1_1,00.html

Thomas Renard a dit…

En effet, la stratégie de Bush prône le développement. De manière paradoxale cependant, puisque la même stratégie de sécurité nationale reconnaît que la pauvreté n'est pas une cause du terrorisme. Mais bon, il est connu que Bush est un idéaliste Wilsonien, c'est selon ce prisme qu'il faut interpréter l'aide au développement américaine.