«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

mardi 12 février 2008

Vers une Nouvelle Stratégie de Contre-Insurrection Centrée sur le Civil plutôt que sur le Militaire?

L’OTAN « n’est pas en train de gagner en Afghanistan » annonçait un rapport de l’Atlantic Council of the United States publié le mois dernier. En Irak, malgré quelques succès récents, la situation reste précaire et pourrait rapidement basculer à nouveau dans la violence généralisée, avertissait à son tour l’International Crisis Group, un think tank basé à Bruxelles, il y a quelques jours. Après plusieurs années d’opérations militaires dans ces deux pays, les Etats-Unis n’ont pas encore réussi à clamer la victoire. Pis, l’éventualité d’un retrait unilatéral synonyme de défaite se profile à l’horizon du calendrier électoral.

Après plusieurs années d’expériences pour la plus grande part désastreuses, les Américains ne sont toujours pas parvenus à maîtriser l’art de la guerre asymétrique. Etant donné que d’autres guerres asymétriques pourraient voir – bientôt ? – le jour, une remise en question complète du modèle contre-insurrectionnel américain s’impose. Le nouveau manuel de Petraeus était un pas dans la bonne direction. Cependant, cette nouvelle stratégie est uniquement centrée sur l’Irak et n’est donc pas généralisable, du moins dans sa totalité. En outre, il s’agit d’un manuel militaire, et donc d’un outil limité par définition. Une nouvelle étude publiée par la RAND Corporation et présentée à la presse et au Congrès ce lundi propose un nouveau modèle pour vaincre les insurrections dans le monde musulman.

L’étude constate tout d’abord que les capacités américaines en matière de contre-insurrection sont tout à fait inadaptées. Selon David Gompert (photo ci-contre), l’un des auteurs de l’étude, « le recours à des moyens militaires massifs est au mieux inadéquat et au pire contre-productif ». En lieu et place, selon RAND, les Etats-Unis devraient mettre davantage l’accent sur l’aspect civil des opérations.

Alors que la récente offensive militaire a amélioré la sécurité dans plusieurs parties de l’Irak, « ce serait une profonde erreur d’en conclure que tout ce dont les Etats-Unis ont besoin est davantage de troupes pour vaincre les insurgés islamistes », a dit Gompert, un ancien conseiller du président Bush senior. « Il suffit de regarder la situation précaire au Pakistan pour réaliser les limites de la puissance militaire américaine et des dangers de se reposer dessus ».

Le rapport se base sur l’étude de 89 insurrections depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Les auteurs ont remarqué deux choses. Premièrement, les opérations militaires à grande échelle ont historiquement échoué contre les insurrections. Deuxièmement, la probabilité de vaincre une insurrection diminue avec le temps. Autrement dit, la situation semble très mal engagée en Afghanistan et en Irak. Mais pas désespérée.

Les auteurs identifient trois domaines dans lesquels les Etats-Unis pourraient être plus efficaces : le support aux gouvernements locaux ; l’entraînement des forces de sécurité et de police ; et le partage d’information. Selon le rapport, seule l’instauration d’institutions légitimes et efficaces peut mettre un terme à une insurrection. « Les forces étrangères ne peuvent pas remplacer d’efficaces gouvernements locaux », a affirmé John Gordon (photo ci-contre), co-auteur du rapport. « Elles peuvent même affaiblir la légitimité de ces gouvernements ».

Pour mettre en œuvre ce nouveau modèle contre-insurrectionnel, le rapport estime que plusieurs milliers d’experts civils supplémentaires devront être envoyés sur le terrain pour assurer les missions d’ordre civil. En outre, entre 20 et 30 milliards de dollars supplémentaires seront nécessaires. Néanmoins, affirment les auteurs, les Etats-Unis ne doivent pas tout assumer eux-mêmes.

« Les opérations de contre-insurrection doivent impérativement être de nature multilatérale », a déclaré David Gombert. Ceci doit être vu comme une excellent nouvelle pour les Européens. En effet, les états européens et l’Union Européenne disposent d’excellentes qualités dans le domaine civil où les Etats-Unis, au contraire, sont plutôt faibles. Notamment dans le domaine judicaire et dans la formation des forces de police. Dès lors, le burden-sharing européen pourrait beaucoup plus facilement se porter vers le civil, où les réticences sont moins nombreuses que dans le domaine militaire.

2 commentaires:

Frédéric a dit…

Bizarre, rappelons que durant l'insurrection communiste en Malaysie (1948-1960), le Commonwhealt avait déployé les bombardiers lourds pour en venir à bout et déployé des dizaines de milliers d'hommes en plus des forces locales.

Stéphane T a dit…

Un autre rapport a été publié le même jour. Il porte sur la contre-insurrection menée depuis 2003 en Irak
Cordialement
Stéphane TAILLAT