«Rien n'est plus facile que de dénoncer un malfaiteur; rien n'est plus difficile que de le comprendre» ---Fédor Dostoïevski

dimanche 13 avril 2008

Terrorisme et Cyberterrorisme dans les Mondes Virtuels

Le terrorisme de demain sera cyber ou ne sera pas. Du moins, c'est ce que pensent certains spécialistes, notamment au sein du gouvernement américain. Un rapport de l'Intelligence Advanced Research Projects Activity (IARPA) - une agence gouvernementale américaine tout juste créée et spécialisée dans la très haute technologie de communication, équivalent de la DARPA militaire pour les services de renseignement - daté du 29 novembre 2007, mais déclassifié récemment, avertit des dangers potentiels de l'utilisation de mondes virtuels par des terroristes.

Ces "mondes virtuels" dont parle le rapport de la IARPA, ce ne sont pas de simples jeux informatiques en ligne, mais de véritables mondes parallèles où se cotoient des millions d'individus. Le jeu Second Life, par exemple, permet à chacun de vivre une deuxième vie, comme l'indique le titre, avec une plus belle femme (virtuelle mais pourtant réelle également puisqu'un individu se trouve à l'autre bout de l'ordinateur), une plus grande maison et une voiture plus rapide. D'autres exemples de "mondes virtuels": World of Warcraft, The Sims Online, ou encore Active Worlds.

Quels sont les risques terroristes dans ces "mondes virtuels"? Le rapport de la IARPA en identifie 5:

  1. Communications Secrètes: L'un des enjeux majeurs pour les groupes terroristes est la communication et la coordination, qu'elle soit locale ou globale. En outre, ces communications doivent demeurer secrètes. Les mondes virtuels, peu surveillés et largement ignorés, offrent potentiellement une formidable plateforme de communication aux groupes terroristes.
  2. Entraînement: Le carcatère de plus en plus réel des mondes virtuels, ainsi que leur caractère modulable (la possibilité de créer des environnements spécifiques) permet aisément aux terroristes de simuler une attaque (avant de la mettre en oeuvre dans le monde réel), et de développer de nouvelles stratégies.
  3. Transfert/Blanchiment d'Argent: Il est désormais possible pour des groupes terroristes de tranférer des fonds de manière virtuelle et de les convertir ensuite, au besoin, en argent réel. En effet, les mondes virtuels sont caractérisés par une économie virtuelle en interaction avec l'économie réelle. Dans Second Life, par exemple, un Linden dollar (la monnaie virtuelle) est échangeable à un taux variable contre des vrais dollars. Chaque mois, les transactions entre chaque joueurs se comptent en plusieurs millions de dollars.
  4. Cyberattaques: Via le monde virtuel, les terroristes peuvent lancer des attaques et mettre hors service plusieurs services informatiques. Il est également possible de pénétrer certains systèmes pour voler des informations confidentielles.
  5. Guerre Informationnelle: Les terroristes peuvent faire circuler leur propagande et recruter de nouveau membres dans un univers qui ressemble encore largement au "wild west", selon la IARPA.

Selon un expert cité dans le Washington Post, les mondes virtuels pourraient devenir le prochain "champs de bataille" entre terroristes et services de renseignement. La communauté américaine du renseignement a déjà commencé à réfléchir au développement de nouvelles "cyberarmes" qui pourraient être utilisées contre les terroristes (cyber ou non). Ces armes seront testées dans les "mondes virtuels". D'ici peu, des stratégies de cyberguerre seront sans doute mises au point.

"Qu'est-il possible de faire dans le monde virtuel, qui ne l'est pas dans le monde réel?", demande la IARPA en conclusion de son rapport. "La communauté du renseignement a besoin de créer plusieurs équipes spécialisées pour évaluer tous les scénarios possibles".

De plus en plus, les mondes virtuels deviennent indissociables du monde réel. L'économie virtuelle de Second Life est bien réelle. Les grandes compagnies se sont installées dans le monde virtuel, les candidats à la présidence américaine font campagne sur Second Life, et la CIA a ouvert un bureau virtuel dans le jeu réservé à ses agents. Dès lors, pourquoi les terroristes - qui ont déjà démontré leurs capacités technologiques - ne profiteraient-ils pas, comme les autres, des avantages du système?

NOTE: Dans un article précédent, j'avais déjà mentionnée le rôle du site de partage de vidéo YouTube dans la "guerre contre le terrorisme".

1 commentaire:

Frédéric a dit…

On approche fortement de la ''Net Force'' imaginé par Clancy...